6.5/10

Ushuaïa TV : une Terre, des Paradis

Une Terre, des Paradis n'est pas un catalogue publicitaire des endroits de rêve de la planète. Bien qu'un des DVD s'intéresse aux Empreintes de l'Homme, celui qui se dit « moderne » ne figure pas dans les différents documentaires de cette série...

Mieux connaître la nature pour mieux la respecter.

Ben voyons ! Moi qui pensais que nous étions en conflit contre la Dame, que le bon sauvage était un mythe et que les bonhommes avaient construit leur barricade citadine pour se protéger de son hostilité, confronté à la devise de Ushuaïa TV - chaîne du développement durable - j'en pleurerais presque tellement je suis trop longtemps resté caché dans ma caverne d'ivoire. Et à en croire ces protecteurs de la Terre et leur présent message dont nous allons parler, les paradis tant convoités par l'homme ne se trouvent pas dans les centres commerciaux, les clubs de vacance ou vers un au-delà nébuleux... Sapristi ! M'aurait-on mystifié une fois encore ?

Pas tout à fait. Une Terre, des Paradis n'est pas un catalogue publicitaire des endroits de rêve de la planète. Bien qu'un des DVD s'intéresse aux Empreintes de l'Homme, celui qui se dit « moderne » ne figure pas dans les différents documentaires de cette série (d'1h45 chaque, environ). Les trois autres disques, dispatchés par tonalités, font la part belle aux paysages idylliques : le vert des espaces sylvestres et le bleu des milieux aquatiques, le rouge des monts volcaniques et le blanc immaculé de la glace, le jaune des étendues désertiques. Derrière cette palette de couleur, la mise en scène oscille en permanence entre le médiocre et le magnifique. Aux côtés de brillantes transpositions d'atmosphère, certains cadrages et mouvements de caméra incertains font dans l'amateurisme, du moins, semblent avoir été réalisés à la va-vite. Les transitions entre les différentes parties passent sans modération, si vous me permettez cette facilité, du coq à l'âne. J'ai eu beau chercher une armature réfléchie, une évolution intelligente dans les morceaux de vie capturée, même en décortiquant le chapitrage thématique, je n'ai rien trouvé (ou compris ?) d'harmonieux ou de complémentaire dans la structure générale de chaque documentaire. Ce côté bourrin se révèle également à plusieurs reprises lorsque la faune détale face aux prises de vue maladroites de l'équipe technique. Ainsi, l'éléphant se met sur la défensive, les poissons fuient comme l'anguille, les oiseaux sont indisposés à faire un joli coucou. La présence balourde de l'homme dans ces sanctuaires ne passe pas inaperçu. Nous sommes bien loin des maîtrisés documentaires de la National Geographic, pour ne citer que cette illustre enseigne. Cela dit, la table de montage construit un portrait angélique de l'ensemble des environnements, collant avec emphase avec sa thématique du paradis terrestre. Il est toutefois regrettable que cette vision à la Walt Disney soit déchargée de la réalité féroce de la faune et de la flore. Car en dehors de quelques paroles de prévention, Une Terre, des Paradis ne représente jamais par l'image les dangers, l'instinct de survie et la brutalité de ces mondes, aussi beaux et envoûtants soient-ils.

Chaque DVD propose trois accompagnements sonores distincts. Le premier est une piste 5.1 exclusivement agrémentée par les quelques bruitages et les compositions musicales. Si l'intérêt d'une telle option paraît bizarre pour les néandertaliens, les homo sapiens trouveront l'intégration de mélodies omniprésentes de qualité vraiment aléatoire et la pauvreté incontestable des sons d'ambiance tout autant curieux. Cette directive artistique est bien entendu en adéquation avec l'idée de sublimer la réalité des environnements filmés, mais en aseptisant cette Nature des richesses auditives qui font une grande partie de ses attributs, n'est-ce pas aller à l'encontre d'une meilleure et authentique connaissance écologique de celle-ci ? Les deux pistes stéréo suivantes sont heureusement un tout petit peu moins végétatives. Elles contiennent les commentaires destinés respectivement aux adultes (voix masculine monotone et ennuyeuse) et aux enfants (voix féminine enjouée et légèrement plus loquace). Ces commentaires ont la particularité d'être très sporadiques et peu précis par rapport à la masse d'images défilant à l'écran. C'est le second enseignement que nous tirerons de ce Une Terre, des Paradis, décidément loin d'être le meilleur média pour nous apprendre à mieux connaître la Nature, l'aimer, la respecter mais aussi s'en méfier (un peu). Cette volonté d'être dans la contemplation atteint des sommets de passivité avec le documentaire Paradis Blanc, muet comme une glace à l'eskimo ou un DiCaprio surgelé. Evidemment, je ne m'attendais pas à des explications scientifico-soporifiques ou à une illustration sonore digne des détournements pipi-caca de Patrick Bouchitey. Mais il faut bien avouer que le réalisateur Nicolas Thomä et l'éditeur GEDEO Programmes signent là une série inhabituelle, plus proche d'un programme de relaxation que d'un documentaire éducatif. En tout cas, une section interactive et informative manque à l'appel. Le support DVD aurait en effet été idéal pour incorporer en bonus une liste exhaustive des nombreuses espèces aperçues dans les documentaires, avec quelques approfondissements, photos et lien vidéo interne à la clé. Peut-être alors que le coffret aurait gagné en pertinence...

Après visionnage de ce coffret contemplatif, il m'est difficile de déterminer quel public trouvera son bonheur devant ce genre de documentaires à la qualité belle mais inégale, minimaliste dans ses explications, timide dans son message écologique, rêveur dans sa représentation. Mais en cherchant un peu, il est possible de discerner diverses utilités à cette édition. Pour ceux qui détestent manger en silence et ont en permanence leur téléviseur allumé, Une Terre, Des Paradis sera le compagnon idéal pour combler les blancs de conversation au cours d'une soirée entre amis. Les parents qui n'ont plus la force de trouver des solutions radicales à l'hyperactivité de leurs rejetons devraient également se pencher sur ce produit, au même titre que les insomniaques à la recherche d'un profond repos. Zzz... Enfin, d'autres pourront à moindre frais s'en servir pour visiter virtuellement les plus beaux sites de notre Terre, et pourquoi pas, faire de leurs captures d'écran de fausses photos de leur voyage imaginaire.

A propos de l'auteur

3 commentaires

  • Otis

    26/10/2006 à 13h09

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    Ce fut une critique posément grinçante signée par notre gremlins

  • kou4k

    26/10/2006 à 13h40

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    Il a quand même mis 6.5

  • gyzmo

    26/10/2006 à 13h51

    Répondre

    Mon bon coeur de mogwaï me perdra

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