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Urgences - Saisons 1 à 8

Critique des saisons 1 à 8 de Urgences

En 1994 (1996 pour la France) débarquait une série annoncée à grand renfort de publicité comme le nouveau bébé de Steven Spielberg et de Michael Crichton. Le duo gagnant de Jurassic Park n'a pourtant jamais été le moteur de la série, puisque le premier se contente de la produire via sa société Amblin, tandis que le second a créé les personnages et écrit l'épisode pilote, avant de laisser les commandes à la véritable équipe créative. Une équipe composée de John Wells, chef de guerre d'Urgences de la première saison jusqu'à aujourd'hui, de quelques scénaristes chevronnés et surtout de vrais médecins, comme Joe Sachs et Lance Gentile. Côté réalisation, on trouve de vieux routards de la série télé (David Nutter, un habitué de X-Files), une découverte qui connut une brève heure de gloire au cinéma par la suite (Mimi Leder, réalisatrice du Pacificateur et de Deep Impact), un guest prestigieux (Quentin Tarantino, à la fin de la première saison) et certains acteurs de la série, qui passent derrière la caméra le temps de quelques épisodes (Anthony Edwards dès la saison 2, Laura Innes par la suite, et finalement Paul McCrane, qui restera un réalisateur régulier au-delà de la disparition de son personnage).
Retour sur les huit premières saisons : ...

Attention ! La critique saison par saison peut nuire à l'effet de surprise

Saisons 1 et 2 : la quintessence

George Clooney
George Clooney
L'épisode pilote, pour le spectateur de la première heure, était une claque : avec son réalisme sans concession, sa propension à passer sans ménagement du coq à l'âne, à laisser en suspens certains cas pour passer à d'autres, et son efficacité dans la présentation des personnages clés, ce téléfilm de 80 minutes était une introduction en or pour la première saison. Deux personnalités attiraient particulièrement la sympathie et l'identification : Mark Greene (Anthony Edwards), l'interne débordé que l'on découvrait au réveil d'une sieste en salle de repos avant de le suivre pendant 24 heures au terme desquels il avait droit à une nouvelle sieste dans la même salle ; et John Carter (Noah Wyle), le jeune externe propre sur lui, fraîchement débarqué de sa fac de médecine, qui est de l'aveu même de Michael Crichton le personnage qui lui ressemble le plus (à la différence que Crichton n'a pas fini ses études de médecine). Au cours de la saison, on s'attachera également à Douglas Ross (George Clooney dans le rôle qui fit de lui la star que l'on sait), pédiatre séducteur mais légèrement porté sur la bouteille ; Carol Hathaway (Julianna Margulies), infirmière à la beauté froide qui faillit ne pas survivre à sa relation avec Ross ; Susan Lewis (Sherry Stringfield), bonne pâte qui se laisse bouffer par son insupportable sœur Chloé ; et Peter Benton (Eriq La Salle), jeune chirurgien ambitieux qui fait son chemin à la force du poignet tout en assurant la formation de Carter avec une sévérité inflexible.
Cette première saison incontournable n'est pas pour autant la plus satisfaisante : les scénaristes comme les spectateurs manquent de familiarité avec les personnages, et les décors se bornent essentiellement aux murs du Cook County Hospital. Néanmoins, la série impose sa marque de fabrique : une réalisation choc qui n'épargne aucune éclaboussure sanglante, et une caméra virevoltante maniée par des experts de la Steadicam.

La deuxième saison marque une nette amélioration : l'équipe reste la même, s'enrichit de la présence de l'aide-soignante Jeanie Boulet (Gloria Reuben) qui aura une aventure avec Peter Benton, mais les intrigues cherchent davantage à varier les plaisirs (si l'on peut dire) : fusillade dans les rues de Chicago, incendie dans un quartier défavorisé... Un épisode entier est même consacré au sauvetage par Doug Ross d'un enfant coincé dans les égouts durant une pluie torrentielle (épisode 7 : Les eaux de l'enfer). Clooney commence déjà à se faire draguer par le grand écran (Tarantino lui a proposé de tourner Une nuit en enfer), mais il reste lié par contrat à Urgences jusqu'à la saison 5. Sans cette obligation contractuelle, on peut facilement supposer que la deuxième saison aurait été la dernière pour lui...

Saisons 3 à 6 : La maîtrise

Anthony Edwards
Anthony Edwards
Sherry Stringfield, bien que soumise au même contrat que Clooney, décide de faire ses valises durant la troisième saison. Le prix à payer : l'interdiction d'apparaître au cinéma ou à la télé jusqu'à la fin de la saison 5... Elle l'assume, et demande à ce que Susan Lewis disparaisse dans les premiers épisodes de la saison 3, prétextant le besoin d'aller s'occuper de sa nièce Suzie Jr. La perte n'est pas gigantesque, son personnage ayant toujours été le moins consistant des six. Les auteurs en profitent pour augmenter la présence de la redoutable Kerry Weaver (Laura Innes), introduite lors de la saison précédente.
La troisième saison entame l'âge d'or de la série : chacun a trouvé ses marques et maîtrise son rôle à la perfection, les scénarios s'agencent avec intelligence, la série est assez solide pour passer à l'étape suivante, l'introduction de nouveaux personnages.

La quatrième saison s'ouvre sur une expérience intéressante : la diffusion d'un épisode tourné en direct, simulant ainsi le tournage d'un documentaire par une équipe de télévision. L'occasion de retrouver, à travers l'usage d'images vidéo et la tension de la continuité, l'impact de l'épisode pilote qui avait pu s'émousser quelque peu au cours du temps.
Du côté des nouveaux personnages, trois visages s'imposent : la blonde Anna del Amico (Maria Bello) fera chavirer le cœur de Carter le temps d'une saison ; Elizabeth Corday (Alex Kingston) débarque du Royaume-Uni avec un caractère en acier trempé et des compétences chirurgicales à toute épreuve ; et le docteur Robert ‘Rocket' Romano (Paul McCrane) devient le nouveau croquemitaine de l'hôpital : nabot chauve et gonflé d'orgueil, il fera tourner en bourrique tous ceux qui l'approchent par ses remarques perfides et son intransigeance. Bien qu'il soit loin d'être sympathique, on peut cependant distinguer chez Romano un sens de l'équité et un fond d'humanité qui en font - avec son humour - un des personnages les plus intéressants de la série.

Saison 5
Saison 5
La saison 5 est l'occasion d'un constat pour les auteurs : John Carter est désormais un praticien chevronné, et ne peut plus servir de référent pour l'éventuel nouveau spectateur. Ni une ni deux, on introduit un nouveau personnage d'externe : Lucy Knight (Kellie Martin), qui par son assurance et ses connaissances, est à deux doigts de ridiculiser le Carter gaffeur des premières saisons.
Cette année, cependant, est surtout la dernière du docteur Ross. Libéré de ses obligations contractuelles, George Clooney quitte les urgences aux deux tiers de la saison, dans le seul double épisode de la série, intitulé La tempête. Un départ un peu difficile à avaler dans la mesure Doug laisse Carol derrière lui, après avoir sérieusement renoué leur relation plus d'un an auparavant. Pour faire bonne mesure, les scénaristes ont décidé de considérer que Doug laissait un petit quelque chose derrière lui...

La saison 6 est - entre autres - celle de la grossesse de Carol. Elle porte les jumeaux de Doug Ross (quel étalon, ce Clooney, quand même), et profitera de son accouchement pour quitter la série à la fin de cette saison.
Conscient de la fuite désormais tangible des acteurs d'origine (au terme de la saison 6, la moitié d'entre eux auront quitté le navire), les scénaristes se fixent la mission de remplir l'hôpital de nouveaux médecins. On assiste ainsi à l'arrivée de Luka Kovac (Goran Visnjic), un médecin croate dont la famille a été tuée pendant la guerre ; Dave Malucci (Erik Palladino), un toubib décontractos dont les compétences médicales seront régulièrement mises en doute ; et Cleo Finch (Michael Michele, un prénom bizarre pour une femme), dont le seul et unique usage dans la série sera de servir de compagne à un Peter Benton bataillant pour l'éducation de son fils sourd.
La saison 6, à bien des égards, est une des meilleures de la série : mélodramatique dans la limite du raisonnable (les premiers épisodes avec Alan Alda, un des interprètes de la série MASH), intense mais réaliste (les derniers épisodes, avec le drame de Carter et Lucy), elle condense ce que la série a de plus efficace, et ne souffre pas tellement de l'absence d'un George Clooney qui finissait par encombrer les couloirs de sa notoriété envahissante.

Saisons 7 et 8 : la fin d'une ère

Paul McCrane et Laura Innes
Paul McCrane et Laura Innes
La saison 7, bien que n'accusant aucun changement d'équipe par rapport à la précédente, sent plus la baisse de régime. Anthony Edwards ayant émis le souhait de quitter bientôt la série, le personnage de Mark Greene se voit atteint d'une tumeur au cerveau, alors même qu'il s'apprêtait à épouser Elizabeth Corday. Le pauvre Mark n'a jamais eu de chance : on l'a vu divorcer, enterrer sa mère, puis son père, se disputer avec sa fille, et le voilà maintenant condamné à une mort prématurée. Heureusement pour lui, une opération délicate permet de repousser significativement l'échéance, l'autorisant à se marier et à voir la naissance de sa nouvelle fille. Son histoire déprimante parvient tout de même à plomber la saison, et à éclipser les intrigues développées parallèlement, notamment celle du personnage de l'infirmière Abby Lockhart, introduite dans la saison précédente pour pallier à l'absence de Carol. La relation qui se dessine entre Luka et Abby fait sérieusement penser à celle de Doug et Carol dans les premières saisons, impression qui ne fera que se confirmer par la suite.

Dans la huitième année, la dernière véritable saison d'Urgences avant la débâcle, quatre personnages vident les lieux : Dave Malucci et Chloe Finch (pas grave), mais surtout Peter Benton et Mark Greene (le premier pour s'occuper de son fils, le deuxième pour mourir de sa tumeur). Terrorisés par cette fuite massive, les auteurs appellent Sherry Stringfield en larmes pour la supplier de revenir dans la série. Elle accepte, mais le cœur n'y est plus. Arrivent par la même occasion Michael Gallant (Sharif Atkins) et Gregory Pratt (Mekhi Phifer), qui campent respectivement un Carter hésitant façon saison 1 et un Benton arrogant teinté de machisme. En gros, l'inspiration s'épuise, et on se lasse de ces intrigues capillo-tractées dans lesquelles le voisin d'Abby vient la tabasser avec sauvagerie pendant que Kerry Weaver, homosexuelle depuis peu, va draguer une secouriste hispanique au sang chaud. Sans être la fête du slip complète que la série deviendra par la suite, on peut considérer que la saison 8 porte tous les stigmates de la saga en fin de vie. Seul John Carter aura traversé indemne les huit années, évoluant progressivement de l'étudiant timide au médecin accompli.

Les meilleures choses ont une fin, il aurait été bon d'en prendre conscience. Mais Urgences a survécu à sa huitième saison, devenant peu à peu un couteau auquel il manque le manche et la lame...


Lire la critique des saisons 9 à 13

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2 commentaires

  • Anonyme

    29/08/2007 à 01h04

    Répondre

    Tous les goûts sont dans la nature! Je ne suis pas d'accord sur le fait que la série aurait dû en rester là. Elle a eu des baisses, certes, mais a sû remonter brillamment (les saisons 10, 12 et 13 sont superbes!). De plus, cela montre qu'une série peut durer sans avoir les mêmes acteurs depuis le début!

  • Anonyme

    31/08/2007 à 00h13

    Répondre

    Ahhhhh le fanatisme  !!!!  (genre je dis que la série est brillante sans argumenter)


    Pour ma part j'ai jamais accroché, j'ai tenté mais en vain mais je respecte cette série et ses indéniables qualités.

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