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Sueurs Froides

La presse spécialisée plus que toute les autres connaît un important circuit amateur, favorisé par l'avènement d'Internet. Dans le domaine du cinéma, de genre ou non, ce sont des noms tels que Suspiria ou l'excellent Trash Times qui peuvent se mesurer sans rougir aux cotés des cadors du genre tels que Mad Movie ou Première. Sueurs Froides en fait partie.

L'histoire de Sueurs Froides commence dans la violence et le sang.

C'est en effet avec des mots tels qu'Andreas Schnass, Guinea Pig, Nekromantik ou encore Catégorie 3 que Sueurs Froides fit ses premières armes. Apparu en 94 avec pour vocation de s'intéresser au films peu connus en France et de préférence gores, glauques et/ou malsains, Sueurs Froides se destine alors clairement aux adultes et n'hésite pas à interdire ses pages aux moins de 18 ans. L'idée fera son chemin jusqu'au numéro 7, qui marquera un premier tournant : Sueurs Froides, qui aurait fini par se mordre la queue, devient plus éclectique, moins orienté trashs et en profitera pour perdre sa restriction. Vendu jusque là sous forme papier, Sueurs Froides connaîtra à partir du numéro 12, faute au budget, un nouveau remaniement en se transformant en fanzine gratuit, téléchargeable au format PDF. Remaniement de contenu également, qui, tout en se maintenant marginal, part vers des horizons d'un goût moins discutables pour les non-initiés. Aujourd'hui, Sueurs Froides a pour ambition d'être un fanzine qui parle de tout...sauf des blockbusters et des sorties médiatisées à outrance. Applaudissement s'il vous plait.

L'Homme orchestre de Sueurs Froides s'appelle André Quintaine, co-fondateur de l'association Sin Art. Maquette et rédaction, c'est son nom qui revient incassament dans les colonnes du magazine. Assurant une bonne partie des articles, Quintaine nous gratifies d'un style agréable et d'un peu de mauvaise foi. Quintaine, que l'on découvre un peu désabusé dans les derniers opus, a son franc parlé, mais ce n'est ni injuste ni injustifié. Si les premiers numéros étaient quasi-assuré par Quintaine tout seul, il serait à présent de mauvais ton de lui reconnaître tout le travail. En effet, l'équipe s'est agrandie et au comité de rédaction, qui varie selon les numéros, nous pouvons citer outre Angélique Boloré présente depuis les débuts, Frederic Chevallier, Fréderic Pugliese ou encore Rodolphe Laurent (liste probablement incomplête...) qui ont chacun leur lots de qualités et contribuent énormément à ce fanzine.

Sueurs Froide, désormais 16 numéros et une amélioration constante, est un bonheur pour qui cherche une source un peu underground pour satisfaire sa soif de cinéma hors norme. Fanzine amateur avant tout, Sueurs Froides bénéficie d'un réel et excellent travail d'investigation. Previews, exclu, interviews...une véritable mine pour un résultat, au demeurant bénévole, qui paye.

Au menu des derniers Sueurs Froides, tout les segments un peu particuliers du cinéma, allant du polar noir à la pornographie en passant bien entendu par le fantastique, l'horreur, la SF ou encore le Z. Une catégorie de cinéma que l'équipe appellera elle-même le cinéma off, terme qui signifie tout et son contraire, mais qui résume bien ses ambitions et choix. Le fanzine fait également la part belle aux productions asiatiques, extrêmement représentées. Trop représentées peut être pour qui se veut généraliste. Mais n'est-ce pas la conséquence d'un phénomène grandissant qui veut que les productions réellement originales et novatrices proviennent le plus souvent du Soleil Levant ? Pourquoi bouder alors que pour ne rien gâcher, les articles sont plutôt bien emballé et suffisamment clairs et documentés pour les néophytes. Malgré ses partis-pris, Sueurs Froides réussit à éviter le piège de l'élitisme et l'on ne peut que saluer la chose. A noter que les productions amateurs ne sont pas en reste et bénéficie toujours de quelques pages. Un choix appréciable !

Si vous êtes fans ou tout simplement curieux, Sueurs Froides est fait pour vous. Une entreprise rafraîchissante et passionnée qui parle traditionnellement sans tabous. C'est d'ailleurs paradoxalement son seul bémol, et si les sujets sont désormais plus grand public qu'auparavant, la partie "Adult Only" (consacrée aux films roses...) est suffisamment explicite pour limiter sa lecture à un public majeur et averti...

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