Street Live - Interview

Interview de Street Live

Krinein : Bonjour, est-ce qu'on peut faire une rapide présentation de vous et de Street Live pour commencer ?

StreetLive : Eh bien moi c'est Julien. Donc Street Live pour faire une présentation rapide : y'a moi qui suis le producteur du DVD, y'a Sinaï qui est l'animateur présentateur, t'as Thierry qui est réalisateur. Et après on fait appel à différents monteurs qui sont capables de tout faire, et tout est coaché par Thierry qui est notre directeur video du label BW Prod. Aujourd'hui je suis tout seul parce que les autres sont au montage, à droite à gauche : Sinaï est en train de tourner avec les gars de Sniper, Thierry est en train de monter un autre DVD qu'on sort à coté, donc tout le monde est sur le branlebas de combat.

Krinein : Et quelle est l'origine de Street Live, comment vous est venue l'idée de faire un video magazine sur le hip hop ?
SL : Ben c'est Sinaï et moi, on est partis aux Etats-Unis en 2001, on est repartis en 2002, et en fin 2002 on s'est dit : faut qu'on fasse quelque chose. Aux Etats-Unis les DVD c'est quand même quelque chose, c'est-à-dire que y'avait plein de DVD qui sortaient et en France y'avait toujours rien, aussi bien des DVD américains que des DVD français. En fait le premier volume de Street Live était américain, puis on a fait 3 volumes de Street Live américains. Le premier c'était avec Nas, Fifty, Biggy , bref pas mal de monde, le deuxième volume on tenait le cap et troisième volume en 2005. Et en 2005 on a commencé à se dire, parce qu'on faisait parti d'un label qui est BW Production qui faisait pas mal de mixtapes, de compil,... on s'est dit « pour le rap français y'a pas de video, pas de DVD, pas d'émission de télé, y'a rien, on est un peu mis de côté.
Donc on s'est dit, on va adapter notre concept de Street Live américain en insistant sur le coté rap français. Les DVD Street Live américains c'étaient des DVD purs et simples, où on passait sur certains artistes, alors que les DVD Street Live français on a vraiment pris ça comme un magazine. J'insiste vraiment sur ce point là. C'est-à-dire qu'on se tient vraiment à l'actualité. A chaque fois qu'on fait une sortie, en général c'est les gars du moment, les sorties du moment. Donc on s'est donné un challenge qui était de sortir tous les 4 mois, ce qui est assez difficile, avec tout ce qui va avec : tourner, monter, avec pas mal d'intervenants à suivre en studio, voir en concert, voir en répétition, faire pas mal de choses avec eux pour montrer un petit peu leur vie au jour le jour.
Le premier volume français est sorti en novembre 2005, pour enchaîner ensuite avec le deuxième en avril, le trois en octobre 2006 et là le best-of qui vient de sortir. Le prochain on est en plein dessus, avec des gens comme Tunisiano des Sniper, IAM, bref pas mal de monde, et il sortira fin mai. Voilà un petit peu le parcours de Street Live.
Sinon on a aussi un studio d'enregistrement, où y'a des gens comme Sinik qui sont venus enregistrer leurs albums, L.I.M aussi qui vient de terminer son album chez nous, L'Algérino, ...

Krinein : Ok donc Street Live c'est pas une équipe à part entière, c'est un de vos produits.
SL : Avant tout c'est un label qui s'appelle BW Prod, qui existe depuis 2001 et qui a fait des compilations, qui produit des artistes comme Taïro, on a un studio où y'a pas mal de grand artistes qui sont venus enregistrer. On s'occupe là par exemple de toute la communication de Soprano, tout ce qui est pub, vidéo, teaser, on est coproducteur du DVD Paris HipHop avec la radio Génération 88.2. Donc Street Live c'est un de nos produits, qui est peut être un peu plus médiatisé que les autres.

Krinein : Et le Street Live américain ça a disparu ?
SL : C'est pas que ça a disparu, on aimerait bien refaire un Street Live américain mais le problème c'est le temps. On a fait trois volumes, on va certainement en refaire un, mais pour l'instant on trouve plus intéressant d'être sur notre territoire, de parler des artistes français.

Krinein : ... et puis, ils sont aussi plus accessibles...
SL : Ouais on arrive à les suivre plus facilement. Maintenant sur le dernier Street Live par exemple, tu peux trouver des gens comme T.I, Busta Rhymes, mais on les prend quand ils viennent en France. C'est vraiment l'actualité française du hiphop. Donc le Street Live américain peut être que ça reviendra, peut être sur un autre nom, mais pour l'instant c'est un peu en stand by.

Krinein : Est-ce que vous avez eu des modèles pour faire le premier Street Live ?
L : Pas vraiment en fait. Au début, pour faire un Street Live américain, on partait aux Etats-Unis, on filmait quelques personnes, et on rachetait des droits sur certains DVD. Mais on rachetait pas un DVD pour faire un DVD Street Live c'est-à-dire qu'on rachetait 3, 4 DVD, on refaisait tout le montage, on faisait toute la traduction, l'habillage. Parce que c'est pas pour être méchant mais les américains ils font des DVD un peu à l'arrache, des DVD qui durent une heure. Nous en France sur BW Prod on a toujours voulu faire de la qualité et le moindre DVD qu'on sort il fait au moins 2h30, 3h. Quand t'achètes un DVD 15€ c'est normal d'avoir quand même au moins 2h de programme.
Une inspiration quand même des Snap DVD qui ont super bien marché aux Etats-Unis et puis de plus on plus on prend nos inspirations sur les retours qu'on a de nos propres DVDs, les retours des gens qui ont vu nos volumes, qui ont dit « tient ça j'ai bien aimé, ça j'ai pas aimé ». Donc petit à petit on s'adapte par rapport au retour qu'on a. Voilà en gros notre système de fonctionnement.

Krinein : Est-ce que c'est pas trop difficile de tomber dans la facilité de faire d'un DVD magazine, qui trace l'actualité du hiphop en un DVD de promo ? En particulier avec les artistes que vous produisez ?
SL : On s'est toujours dit, vu qu'on est pas représentés en image dans le rap, qu'on devait faire briller ce mouvement. Donc on fait attention à ce qu'on montre mais y'a pas de censure. Par exemple si y'a des choses qui sont pas forcément bien à mettre en avant pour l'artiste on les montre quand même parce qu'on peut pas montrer que le coté positif. Donc on montre que y'a des galères dans le rap, que des fois y'a des personnes super motivées mais que ça marche pas, on montre tout ça et c'est vraiment la réalité du terrain. Donc des fois t'as des échecs, des fois c'est beau, des fois c'est pas beau.
Mais en général on fait attention à ce qu'on choisit, c'est-à-dire que si on aime pas forcément un artiste ben on ira pas chercher un reportage sur lui même si il a du buzz ou quoi. On a un espèce de petit comité de 5, 6 décideurs. On a des réunions tous les mois et on choisit ce qu'on va faire, bref c'est une sélection comme un magazine. Un magazine ne parle pas de tout le monde, il parle de ce qu'il aime avant tout, donc nous c'est un petit peu la même chose.
L'autre truc quand même c'est que sur Street Live y'a pas de publicité par rapport à un bouquin. C'est-à-dire que moi on peut pas me dire : tiens je t'ai mis 5000€ de plus, donc il me faut un reportage sur un de mes artistes. Ça peut pas fonctionner avec moi parce que j'ai pas cette pression de publicité. Sur ce point je suis inattaquable donc je suis libre de mettre ce que je veux.
En revanche y'a une validation en interne, une fois que le reportage est fait, on le montre à l'artiste. Ça évite les soucis. C'est-à-dire que c'est pas une interview banale où on retranscrit des mots, y'a des images que les personnes ne veulent pas qu'on montre. C'est rare, c'est très très rare. Sur les trois numéros, sur les 10h de vidéos, si on m'a fait changer 5 min c'est le bout du monde. Des fois je comprends, y'a des artistes qui veulent pas, ils sont avec une meuf à coté et ils sont mariés tu vois, c'est des petites choses comme ça, ça va être un plan de 5 secondes voilà.
De toute façon, je crois que si y'a un artiste qui vient me voir et qui me dit : faut enlever ci, faut enlever ça, ben c'est simple, j'enlève tout. On est un peu sans concession. On a notre truc à faire, l'artiste je comprends qu'il veuille pas être montré comme ça ou comme ça mais c'est aussi notre but, on est journaliste, on montre ce qu'on a filmé.

Krinein : Justement, est-ce que vous trouvez votre équivalent dans le presse ? Un magazine sans concession ? Je pense rapidement à Radikal qui a hélas disparu.
SL :
Oui il est plus là. C'est du business, on est dans un milieu où il est très difficile, je dirais pas de s'en sortir parce qu'il y en a plein qui s'en sortent, mais c'est très difficile d'être là tous les ans. Radikal c'était un magazine qui était là depuis 10 ans à peu près, il a commencé au début du truc, maintenant il est plus là, c'est malheureux. Olivier Cachin c'est quelqu'un de très bien, il connaît très bien son sujet, mais y'en a d'autres aussi, y'a des groove, y'a des Rap Mag. Mais c'est vrai qu'en ce moment la presse va pas très très bien, c'est assez difficile. A mon avis y'a une grande chance que ce soit à cause du net. C'est logique, les gens ils préfèrent aller sur internet gratuitement, les news sont mises à jour tous les jours, plutôt que d'acheter un bouquin à 5€90. Internet c'est une bonne chose pour le développement mais après t'as le gravage. Nous après c'est pareil, tu sors le truc, 4 jours après il est sur le net, sur Emule. On a le même souci que les artistes avec le téléchargement.

Krinein : Au début ça permet aussi de se faire connaître plus rapidement...
SL : oui ça fait connaître la marque mais après t'as le souci de pas vendre assez de DVD pour continuer à faire la même qualité parce que t'as plus les même moyens pour faire. C'est comme un album, c'est bien de télécharger mais télécharger légalement c'est mieux. T'aimes pas tous les titres sur un album, ben tu télécharges en payant ceux que t'aimes. T'as pas acheté tout l'album mais t'as quand même donné une force à l'artiste. C'est important. C'est un peu moraliste ce que je dis mais derrière y'a une réalité. Si demain tout le monde aime Street Live mais que je vends que 2000 DVD, oui effectivement tout le monde aime Street Live mais ça suffit pas. C'est un peu ce qui se passe, bon on vend un peu plus que 2000 DVD heureusement, mais une fois que le DVD sort on fait des très très beaux chiffres les première, deuxième, troisième semaines et puis après on se rend compte que tous les gens ils vont le télécharger.

Krinein : Justement, vous n'avez pas l'intention d'augmenter la fréquence de sorties des Street Live pour pallier à ce problème ?
SL : Oui ok mais après on a d'autres soucis, après c'est plus business, c'est-à-dire qu'on a des magasins, on peut pas remettre trop rapidement des produits en bas parce que celui-ci est lésé. Bref après c'est d'autres problèmes aussi.

Krinein : Sans trop rentrer dans le détail, ça prend combien de temps pour faire un volume de Street Live ? Comment ça se prépare, s'organise ?
SL : Ben tu vois là justement on est en plein dans le quatrième. Donc on est mi-février à peu près, on commence le tournage et le mois prochain on va commencer à monter ce qu'on a tourné, mais en parallèle on continuera à tourner.
Si tu fais : on tourne pendant un mois puis après on monte tout pendant un mois et que t'arrêtes de tourner ben forcément après t'as des trucs qui sont un peu obsolètes à la fin. En général il nous faut à peu près trois mois pour faire un numéro. Et tu vois par exemple sur le volume 3, MC Tyer on l'a fait 4 jours avant de rendre les master, 4 jours avant que ça parte au pressage. Souvent c'est au dernier moment, parce qu'on n'a pas pu avoir l'artiste avant, etc.
Donc en fait t'as 3 mois de tournage et 2 mois de montage en parallèle. C'est énormément de boulot, pour quelqu'un veut se lancer là dedans ben je lui dis bon courage... C'est vraiment très difficile à faire, c'est-à-dire qu'il faut être partout. Quand moi je suis un artiste il faut que je l'ais en studio, en promotion radio, en concert, faut que je l'ais dans tout son univers. Tu peux pas tout faire en une journée. Pour te donner un exemple, Mafia K'1 Fry on les a suivis pendant 6 nuits en studio, pour avoir un reportage de 14, 15 minutes qui tiennent bien la route. Et quand je dis 5 jours c'est pas des journées de 7h. On arrive en studio vers 20h et on les suit jusque vers 7, 8h du matin. On les suit vraiment jusqu'au bout, à n'importe quel moment il peut y avoir quelque chose d'intéressant.

Krinein : Vous vous imposez vous mêmes des échéances pour les sorties des volumes ou est-ce qu'il y a « une force » au dessus de vous qui vous les impose ?
SL :
Non on se les impose nous-mêmes. Tu vois après le premier numéro, tout le monde était super content, ça a super bien marché. Mais tout le monde nous attendait au tournant, pour voir si on pouvait faire ce qu'on avait dit, c'est-à-dire être là encore 4 mois après. On a réussi, on l'a sorti 4 mois et demi après. 15 jours de retard, en tant qu'indépendant je trouve que ça va, c'est pas énorme. Le numéro 4 on avait dit mi mai, ce sera peut être plus fin mai mais on est dans les créneaux, c'est jamais décalé de 2 ou 3 mois.
On est vraiment à 100% sur le terrain. Comme tu vois, on a même pas fini la promotion du best of qu'on est déjà en train de filmer d'autres trucs, hier soir on était sur Skyrock, toute la semaine dernière moi j'étais sur Planète Rap pour suivre Soprano, on est tout le temps dedans, ça s'arrête jamais.

Krinein : Justement vous avez prévu de vous agrandir, d'avoir plus de monde sur BW Prod ?
SL : Ben tu vois là on vient déjà de changer de local, on va se rapprocher un peu plus de Paris, on commence à prendre des stagiaires...

Krinein : La machine est en route...
SL : On est obligés ! Si on veut continuer, on est obligés. Notre force aussi c'est qu'on est indépendant, on est pas beaucoup mais on bosse beaucoup, on est tous capable de tout faire. Par exemple sur un reportage comme sur L.I.M c'est moi qui suis allé filmer, qui ai géré le montage, et je peux très bien être en haut comme tout à l'heure en train de gérer les contrats avec mon distributeur Universal. Et je peux aussi me retrouver à coller des affiches la nuit. Donc tu vois faut vraiment être polyvalent, comme dans tout système indépendant d'ailleurs.

Krinein : Qu'est-ce qui nous attend de nouveau sur les prochains volumes ?
SL : Sur le prochain, on va déjà parler un peu plus de la vie des quartiers. On s'est rendu compte que y'avait beaucoup de gens qui étaient intéressés de savoir ce qui ce qui se passait dans tel quartier, à Montfermeil, à Boulogne, à Montpellier ou à St-Etienne. Les gens sont friands de ça donc je pense que sur le prochain y'aura un gros reportage la dessus. Y'aura aussi du clash parce que tout le monde commence à parler du clash, c'est vraiment devenu une institution. Donc y'aura un gros dossier, de 15 à 20 minutes sur le clash, on retrouvera les gens qui ont clashés, ceux qui se sont faits clasher, ceux qui sont contre le clash, l'histoire du clash, bref un gros dossier.
Après t'auras des gens comme Soprano, comme Youssoufa, Mc Gregor de Tandem, Iam, etc.
Et aussi y'aura une nouvelle chronique, qui va parler un peu plus des produits indépendants. On va parler des bonnes pousses qui sont en train d'arriver. Tout en gardant quand même cet esprit qualitatif où tu ne viens pas sur Street Live comme ça. On le fait déjà d'ailleurs sur les premiers numéros, où on est allé voir des artistes en devenir, on leur demande de poser un freestyle. Et souvent le freestyle ça fait mouche, c'est super efficace, ça a un super bon retour, c'est petit mais c'est bien donc ça choque les gens et c'est super pour se faire connaître.

Krinein : Très bien, merci à toi Julien pour cet interview, bonne chance et bon courage à vous pour la suite.
SL : Merci et bon courage à vous aussi pour la suite.

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