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Nous ne sommes pas des anges

Birabien qui bira le dernier !

Nous ne sommes pas des anges est une émission multi thématique animée par Maïtena Biraben et incrustée dans la grille des programmes de Canal + depuis septembre 2004. On parle de plusieurs sujets : littérature, cuisine, mode, actualités... Plusieurs chroniqueurs gravitent autour de Maïtena au centre du plateau qui fait les transitions entre les différents discours mais qui amène aussi l'interview de l'invité. Chaque jour est posée une question de santé, de société ou d'actualité à des invités spécialistes.

Interviews et discussions

L'invité du jour peut être un chanteur, un acteur, une personnalité politique ou encore un écrivain. L'émission commence par une interview de la personnalité en question, souvent de bonne qualité. Maïtena Biraben est loin d'un Ardisson ou d'un Fogiel et se concentre sur les opinions et le travail de la personnalité accueillie et non sur sa vie privée. Généralement, la présentatrice et ses chroniqueurs ont le respect de laisser leur invité s'exprimer clairement et largement, sans pour autant mettre de côté leur esprit critique. Plus loin dans l'émission, on trouve une mini discussion autour de la question du jour, souvent portée sur un thème de société, de santé ou d'actualité. Ces discussions ne sont pas des débats. Maïtena Biraben invite sur son plateau deux ou trois spécialistes, des scientifiques, des écrivains, des philosophes, qui répondent aux interrogations de la présentatrice, qui pose des questions concises et pertinentes car représentatives de celles que peuvent se poser les téléspectateurs.

Emission féminisée à portée paritaire

C'est visible et constatable dès le générique, Nous ne sommes pas des anges est une émission très féminine. Maïtena Biraben n'hésite pas à poser des thématiques touchant le public féminin, non sans un certain esprit militant et féministe tout à fait appréciable (des sujets sur l'IVG, les droits de la femme, la pilule...). On retrouve aussi des sujets sur le couple, l'égalité et les relations homme-femme. Un féminisme affiché chez l'animatrice qui s'est peut-être un peu estompé depuis son transfert de la Cinquième à Canal. Nous ne sommes pas des anges a une portée paritaire. Dans sa structure rédactionnelle, tout d'abord, l'émission laisse beaucoup plus de place aux femmes que bien des programmes similaires. Les questions posées, sur la place de la femme dans la société, sur le couple, sur les avancées pour l'égalité entre les sexes ne le sont jamais dans d'autres émissions similaires du PAF. Un gros bon point.

Le multi-thématique : la faille

Nous ne sommes pas des anges brasse large. C'est une émission généraliste ouverte à toutes les formes de culture et qui se propose de chroniquer journalièrement bien des domaines (littérature, cuisine, consommation, mode...). Et c'est là l'une de ses failles. Sur papier, ou sur le web, il est techniquement possible d'être exhaustif. Un magazine, un livre, un site web, sont autant de supports qui permettent de s'étaler jusqu'à n'en plus finir. Une émission de télévision a une durée limitée. En l'occurrence, celle chroniquée ici ne dure qu'une heure et est entrecoupée de pages de publicités et d'émissions annexes (journal, zapping). Les chroniqueurs ont donc très peu de temps pour présenter plusieurs oeuvres ou pour brosser un thème dont le contenu est souvent très important et difficile à cerner furtivement. Moins de cinq minutes accordées par chroniqueur en moyenne : c'est largement insuffisant. Ces chroniqueurs sont souvent « speedés », ce qui est très désagréable pour le téléspectateur qui se perd dans le flot de paroles. Au mieux, on peut découvrir des choses dans un domaine qui nous est méconnu, mais, après l'émission, sans recherches supplémentaires, rien n'est acquis. De fait, l'émission se montre souvent stérile, à un niveau culturel.

Le microcosme parisien

Autre travers, Nous ne sommes pas des anges est loin d'être une émission socialement fédératrice. On n'y retrouve pas la proximité d'un programme comme les Maternelles ou Télématin, par exemple. On parle souvent de phénomènes sociaux qui ne touchent que les couches les plus aisées de la société française. L'émission ne s'adresse presque jamais aux couches pauvres et peu aux franges moyennes. On parle de résidences secondaires, de vacances au bout du monde, de jupes à 100 euros, de déco... Toute l'équipe de Nous ne sommes pas des anges se moque souvent de la tendance, du « hype », mais, paradoxalement, l'incarne parfois. Le moins que l'on puisse dire, c'est que Nous ne sommes pas des anges ne concerne vraiment pas le jeune manutentionnaire du bassin minier ou le vieux maçon de la banlieue phocéenne.

De très bons « à côtés »

Nous ne sommes pas des anges est parcouru par deux petits programmes presque indépendants : le Zapping et le Journal. Le Journal de midi, sur Canal +, présenté l'an dernier par Marie Drucker et cette année par Harry Roselmack, des présentateurs très semblables dans leur jeunesse et dans leur sobriété. Le journal du midi est assez synthétisé (presque à la manière du 6 minutes de M6) et de bonne qualité. Le Zapping, que l'on ne présente plus, véritable institution de chez Canal +, réussit toujours, par un travail de montage et de synthèse télévisuelle, à semer l'effroi chez le spectateur...

Les chroniqueurs...

Faisons maintenant un tour d'horizon des différents chroniqueurs de Nous ne sommes pas des anges...

Maïtena Biraben - Transfuge de la Cinquième où elle a longtemps animé les Maternelles, elle n'est pas chroniqueuse mais présentatrice de l'émission. Les qualités que certains lui trouvent peuvent rapidement devenir des défauts aux yeux des autres... Joviale, souriante et spontanée, on peut aussi la trouver agaçante parce que caricaturale dans sa bonne humeur...

Xavier de Moulins - Peut être le meilleur chroniqueur de l'émission. Petit nouveau pour cette seconde saison, il est le transfuge de l'émission + Clair, anciennement présentée par Daphné Roulier. Pondéré, observateur, il se montre très pertinent dans ses interventions.

Eric Roux - Le cuisinier de la bande. On le sent sincère dans sa passion pour la cuisine. Mais, comme évoqué plus haut, son intervention dans l'émission est trop furtive pour captiver réellement. Un novice en cuisine ne comprendra pas les recettes énoncées rapidement et un amateur éclairé trouvera plus son compte dans des émissions entièrement dédiées au sujet comme Bon Appétit bien sûr ! Heureusement, les recettes proposées sont retrouvables sur le site de Canal +. Eric Roux a aussi son blog.

Emilie Raffoul - Encore une excellente chroniqueuse, qui présente aussi l'émission Lundi Investigation sur Canal. Elle s'occupe de sujets de société et parle souvent de la condition des femmes dans le monde.

Daphné Bürki - Certainement la plus agaçante de l'équipe. Très maniérée, Daphné incarne le travers bourgeois de l'émission. Elle a en charge la rubrique mode/déco. Elle présente des habits qui valent des sommes exorbitantes et qui donnent parfois l'impression d'un déguisement farfelu. Elle suscite la colère voire le scandale quand elle ose présenter une jupe à 100 euros en disant qu'elle n'est vraiment pas chère...

Salvatore Viviano - Dans la continuité parfaite de la précédente, même si plus effacé. Comme sa complice, il couvre la « tendance »...

Jean-François Kervéan - Un bon potentiel aussi, dans le genre agaçant. Il nous parle mondain et littérature, et fait preuve d'un certain parisianisme.

Mathieu Delormeau - Le spécialiste consommation. Il fournit des comptes rendus documentés sur des sujets variés, plus ou moins intéressants selon votre situation...

Dans l'ensemble, Nous ne sommes pas des anges n'est pas une mauvaise émission, même si elle possède de gros défauts. Maïtena Biraben est une présentatrice peu consensuelle, dynamique qui sait donner vie à une émission de télé. Le succès semble être au rendez-vous. Pour preuve, cette deuxième saison : peu d'émissions arrivent à l'âge de deux ans sur cette chaîne en retournement perpétuel qu'est Canal Plus.

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1 commentaires

  • Anonyme

    25/05/2007 à 07h59

    Répondre

    La critique, je la trouve bien pondéré.

    C'était une émission qui avait de très bonne base :
    - j'aime beaucoup Maitena
    - cadre agréable, pas stressant, genre "on prend le temps de vivre"
    - un bon équilibre avis subjectifs/objectifs

    Mais le contenu pêche :
    Ca brasse, ça brasse, ça patauge dans la semoule
    et au final c'est chiant.
    Aucune harmonie ou unité entre les sujets, les sujets qui font "bobo", et ça manque de concision, de rythme.

    Bref : on peut comparer l'émission (en elle même) à une discussion de café dans un cadre agréable avec des gens sympa et polis, et dont la discussion manque de portée et de consistance.

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