7/10

Skins - Saison 1

Malgré quelques maladresses, Skins connaît des moments de grâce qui rappellent la fulgurance juvénile de Hartley, coeurs à vif ou le sentiment de décalage d'Angela, 15 ans.

Ne nions pas l'évidence : la vie s'apparente parfois à un drôle de sac de noeuds. Mais quand on a 17 ans et le visage ravagé par l'acné, elle s'approche de l'Enfer. Surexploité à la télévision, le mal ado a donné lieu à une litanie de séries aux résultats plus ou moins heureux. La dernière tentative anglaise en date s'intitule Skins. Diffusée sur Canal+ en décembre dernier, la première saison de la série sort en DVD le 25 mars prochain. L'occasion de revenir sur ce 9x45 minutes promis « sans édulcorants ».

Les ados anglais ont le sens de la fête
Les ados anglais ont le sens de la fête
(© All3Media International 2007)
Skins nous fait entrer dans le quotidien d'une bande d'ados de Bristol âgés de 17 à 18 ans. Un groupe presque parfait qui compile tous les archétypes du genre. Tony, chef de meute manipulateur à la trogne d'ange, Michelle sa copine, Sid le puceau binoclard, Maxxie l'homo peroxydé, Jal et Anwar les minorités visibles, Cassie la fille à problèmes et Chris le junky. Tout un petit monde jonglant tant bien que mal entre une enfance déjà trop lointaine et des préoccupations d'adultes qui pointent à l'horizon.

Dès les premiers épisodes, difficile de penser qu'on puisse se trouver ailleurs qu'au Royaume-Uni. Par les looks pas possibles de certains personnages, par les teufs orgiaques capables de transformer une coquette bâtisse en capharnaüm sens dessus dessous, mais surtout par un mixte subtil de tragique et de comique. Cette alternance, qui fleure bon le cinéma social britannique, est le principal atout de Skins. Il permet de passer outre les stéréotypes du casting pour creuser les personnages en dedans. Entre se coucher dans du vomi et se réveiller un spleen sidéral dans la tête, la seconde option reste ainsi toujours privilégiée.

Et cela fonctionne en partie grâce aux acteurs de la série. Ici, pas de comédiens de 30 ans campant maladroitement des jeunes d'à peine 20 ans. Les adolescents à l'écran sont des adolescents dans la vie. Étonnements justes, ils insufflent ce qu'il faut de réel et de sincère à des histoires elles aussi écrites par un pool d'auteurs dont la moyenne d'âge atteint à peine les 25 ans. Le procédé s'accompagne cependant de quelques revers. A vouloir donner le beau rôle aux adolescents, les portraits d'adultes frisent le ridicule. Toujours incompétents, voire franchement débiles, ceux-ci jouent pour beaucoup les seconds couteaux humoristiques. C'est d'ailleurs dans ce registre que Skins peut être pris à défaut. Si certains moments révèlent un bon sens comique, la série s'enfonce parfois vers des gags dignes d'un mauvais teen movie américain, notamment lors d'un voyage scolaire en ex-URSS.

Le doux spleen de Cassie
Le doux spleen de Cassie
(© All3Media International 2007)
Mais Skins parvient à redresser la barre lorsqu'elle dévoile son côté sensible. Le portrait de Cassie, la jeune anorexique, flirte avec un doux bonheur, la maladresse de Sid fait rimer empathie et sympathie tandis que l'évolution du personnage de Tony se conclut par un choc émotionnel et physique.

La mise en scène est aussi à saluer. La caméra numérique donne à Bristol un cachet particulier qui fait comprendre pourquoi le mélancolique trip-hop est né là-bas. Certains épisodes font figure de purs trips de réalisateurs dont on retient l'épisode centré sur Chris, delirium tremens digne de Trainspotting, ou encore celui dédié à Effy, véritable hallu sur fond de drum'n'bass.

Malgré quelques maladresses et facilités scénaristiques, Skins connaît des moments de grâce qui rappellent la fulgurance juvénile de Hartley, coeurs à vif ou le sentiment de décalage d'Angela, 15 ans. Et enfin force est de s'incliner : la jeunesse anglaise a décidemment la chance de grandir avec la meilleure bande originale au monde.

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    14 commentaires

    • Anonyme

      02/03/2008 à 16h06

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      Aaaahhh ! Skins !


      Pour une fois qu'on nous offre une bonne serie assez réaliste (mais également bien trippante ave des situations parfois... euh... "What the Fuckest"?) et representative des themes de l'adolescence, j'adhere totalement !


      Quand on voit, a titre de comparaisons, une série comme les Freres Scott qui fais trés "Adolescence révée et dorée americaine bien propre sur elle" (en tout cas, c'est ma vision de cet série)...


       La saison 2 a débuté il y'as peu, et franchement, elle ne laisse présager que du meilleur, une saison que je trouve plus sombre mais quand même toujours trés drole (Putain Chris et Anwar sont hilarant !)


       


      (Mension spécial au 2x03... Le meilleur depuis le debut de la série pour moi) 

    • Anonyme

      23/03/2008 à 22h23

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      Mouarf t'aurais pu lui mettre 8


      Une série rondement ménée a mon gout que j'ai enormement apréciée, les scénarios sont vraiments bien foutus et ca respire le bon travail... Tu ajoutes a ca une B-O tout a fait géniale ou l'on est balancé de surprises en surprises... Hmmm


      je peus donner en passant quelques exemples : Radiohead, Sigur Ros, Animal Collective, LCD Soundsystem, Arcade Fire, Bloc Party ect....


      Bon visionge !


      (9/10)

    • JC

      23/03/2008 à 22h38

      Répondre

      La deuxième saison s'achemine doucement et plus que sûrement vers le 8, voire plus.

    • Dat'

      23/03/2008 à 23h04

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      mmmm ça me dis bien cette serie, juste pour le coup de Bristol et de la bande son...


      ça se trouve en dvd ça? je m'en vais verifier de ce pas

    • hiddenplace

      24/03/2008 à 13h09

      Répondre

      Je n'ai vu que deux épisodes par un total hasard, et j'avais trouvé ça plutôt sympathique, avec des personnages intéressants et des acteurs pas trop convenus. Je n'ai pas eu l'occasion de voir la suite (dommage d'ailleurs!) mais j'espère bien un jour!

    • Anonyme

      18/05/2008 à 17h48

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      Ohlala Jadore, cette série est EXTRAORDINAIRE !


      En note je mets 9.5/10

    • Dat'

      19/05/2008 à 00h37

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      Tiens au fait, si quelqu'un est au courant :


      Il y a une date de prevu pour le second coffret en France, ou faut que je me rabatte sur le coffret dvd sorti en Angleterre?


       

    • JC

      19/05/2008 à 22h49

      Répondre

      Si t'es pressé, tu devrais te rabattre sur le coffret UK. Le coffret VF ne sortira qu'après la diffusion Canal+, pas prévue avant la fin d'année...

    • Dat'

      19/05/2008 à 23h38

      Répondre

      Ok coffret Uk donc... merci !


       

    • Anonyme

      21/07/2008 à 01h16

      Répondre

      Je suis père d'enfants en bas âge. J'aime bien Skins mais je suis terrorisé ! C'est vraiment comme ça les ados aujourd'hui : drogue et sexe pur et dur ?  Aïe aïe aïe !  SVP, rassurez-moi... 

    • Anonyme

      28/10/2008 à 13h42

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      J'adore tt le monde mes préférer sont:Maxxie and Tony.Elle est trop bein cette série.


      I LoVe

    • Anonyme

      17/02/2009 à 18h22

      Répondre

      Pour répondre à ta question Jarga, oui c'est comme ca, pas partout, mais souvent, et c'est très difficile de s'en sortir. Tout le monde n'a pas cette chance. 

    • Wax

      17/02/2009 à 18h27

      Répondre

      La 3ème saison a commencé à être diffusée en GB. Le casting est quasi totalement renouvellé. Après 3 épisodes je suis pas sur d'aimer autant que les 2 premières. Le côté trash me parait  beaucoup plus gratuit. Wait and see quoi!

    • Anonyme

      27/08/2010 à 19h43

      Répondre

      J'avoue, en tant qu'habitué des séries américaines, j'ai eu du mal à rentrer dans l'univers britannique... au début.


      Très vite j'ai été emporté par les personnages tous charismatiques (sauf Anwar que je trouve littéralement insupportable). "Skins" est une série qui met en scène le mal-être du XXième siècle avec une justesse rare quoiqu'un peu caricaturale parfois mais toujours touchante. Les rôles habituels inversés, les tabous mis au grand jour, on glisse dans une délicieuse immoralité. Cependant on ne reste pas uniquement dans le schéma "sexe alcool drogue", la série va plus loin en nous présentant des personnages humains et entiers en quête d'identité. 


      Une mention spéciale pour le génial personnage de Cassie, une jeune anorexique hallucinée à la vision du monde terriblement juste. Une victime innocente dans la saison 1 qui devient un véritable bourreau dans la saison 2 ne supportant plus les trahisons. Tony est également notable par son évolution, le play-boy populaire et cruellement manipulateur dont l'univers entier est réduit à néant. Pour ma part le personnage le plus choquant reste Effy, la jeune soeur de Tony. A 14 ans elle est bien plus trash que le reste de la bande, un côté renforcé par son mutisme quasi-complet.


       Pour résumer j'ai adoré cette série touchante et réaliste mais aussi choquante et immorale ce qui fait tout son charme. A part le personnage d'Anwar qui, pour moi, est totalement inutile et à claquer contre les murs de surcroît; le casting est réussi, une manière de filmer singulière et agréable et  une vision acide du monde actuel et d'une jeunesse blasée et cynique. 


      En bref je la recommande fortement.

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