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Sept à huit

Partisan, manichéen et voyeuriste

L'émission

Sixième saison, plus de cinq cents émissions au compteur, Sept à Huit s'est imposé sur la grille horaire dominicale de TF1 comme une émission incontournable, succédant dignement, sur la durée, à la fameuse émission d'Anne Sinclair, 7 sur 7. Sept à Huit se présente comme un magazine d'information, parcourant des thèmes très divers qui vont de la politique au judiciaire en passant par les affaires internationales. A la fin de chaque émission, Thierry Demaizière effectue l'interview d'une personnalité marquante du moment.

Partisan

Le grand credo de Sept à Huit, c'est le judiciaire. Pas un numéro du magazine télévisuel n'a lieu sans la croustillante et mystérieuse affaire de supposé meurtre, viol ou enlèvement. Sept à Huit a la fâcheuse manie de fourrer son nez dans toutes les affaires judiciaires du moment. Et le traitement de ces affaires ne relève pas du simple rapport journalistique, bien loin de là... Au travers de reportages qui se révèlent être souvent plus des portraits, Sept à Huit prend la plupart du temps clairement parti. Prenons l'exemple de l'affaire d'Outreau. Sept à Huit n'a pas manqué de concocter son petit reportage en pleine tempête médiatique, lors du procès en appel en novembre 2005. L'émission a alors organisé un entretien avec Daniel Legrand, l'un des accusés. Après le visionnage de cet entretien, chaque téléspectateur sortait absolument convaincu de l'innocence du jeune homme, avant même sa comparution au tribunal. TF1, par l'intermédiaire de Sept à Huit, a médiatiquement empiété sur le travail de la justice française en imposant son tribunal télévisuel. Il s'agit d'une véritable injure à la justice républicaine, une insulte à la présomption de culpabilité et, par voie de symétrie, à la présomption d'innocence. En plus de prendre clairement parti, Sept à Huit, loin d'enquêter, ne fait souvent que colporter des ragots. Combien de leurs « reportages » montés sur des « on dit » de passants ou voisins camouflés derrière leur porte d'entrée. Des rumeurs montées sur fond d'effets de mise en scène et de bande son angoissante... Digne de la pire presse à scandale !

Manichéen

Autre exemple du caractère parfois malsain de Sept à Huit, le comportement de l'émission pendant la crise des banlieues, toujours fin 2005. Tout journaliste digne de ce nom, pendant cette crise, a cherché à être le plus objectif possible, en basant son travail sur l'observation et l'analyse non partisane. Pendant les émeutes, certains des reportages de Sept à Huit se sont montrés extrêmement racoleurs, traquant les images fortes. Pire encore, l'émission a donné à certains de ses reportages une tonalité manichéenne et simpliste, séparant policiers et émeutiers et désignant d'un commentaire les bons et les méchants. Sept à Huit s'annonce comme une émission de journalisme et d'investigation au ton corrosif et à l'esprit critique mais l'on se rend vite compte que le magazine se fait parfois racoleur, criard, sans fond ni esprit d'analyse. Au travers des portraits en entretiens, on attaque des « proies faciles ». Exemple, l'interview de Paris Hilton, pour laquelle les journalistes de Sept à Huit pointaient du doigt l'entourage de conseilleurs en communication dirigistes de la star. Facile de s'attaquer à mademoiselle Hilton, reconnue internationalement comme une vraie cruche. En comparaison, le ton est beaucoup moins critique et acerbe, lorsque l'on interroge Johnny Hallyday, le plus populaire des chanteurs français (et pourtant, il y en aurait à dire !). Autre exemple de stupidité avec Sarkozy, invité à un moment où il était particulièrement affaibli, pendant la crise des banlieues. Laurence Ferrari a conclu son interview par « Nous venons d'entendre Mr Sarkozy, ministre de l'Intérieur et candidat à la présidentielle de 2007 ». Une pique d'ironie d'une agressivité aussi méprisante qu'inutile, auquel n'a pas pu répondre Sarkozy, pourtant le principal intéressé.

Voyeuriste

Et oui, vous l'avez remarqué, nous n'avons pas mis zéro à cette émission, mais quatre. Un peu de demi-mesure dans ce monde de brutes. Il arrive tout de même que Sept à Huit propose des reportages de qualité, souvent sur des sujets de société, proposant autre chose que de la bouillie télévisuelle à scandale. Dernièrement, on a relevé deux reportages très intéressants ; l'un sur un centre de détention thérapeutique pour les agresseurs sexuels au Québec et l'autre sur la politique de terrain de deux maires de région parisienne pendant les émeutes de fin 2005. On relèvera aussi les efforts pour mettre en lumière Michael Blanc, jeune français emprisonné à Bali en Indonésie, à un moment où tous les médias se sont détachés de l'affaire. Mais même vis-à-vis de reportages aux objectifs en apparence louables, on ne peut que rester circonspect. L'attitude adoptée l'émission sent la recherche des images fortes. Lorsque Sept à Huit interviewe des personnes aux passés extrêmement douloureux, c'est toujours pour leur asséner des questions aussi stupides que mal placées. « Qu'est ce que vous avez envie de dire à votre agresseur ? », « Vous vous sentez mal aujourd'hui ? », « Vous avez pensé au suicide ? », « Et votre famille, comment vit-elle cette épreuve ? »... Ah ! Ca y est ! Des larmes commencent à perler sur la joue de l'interrogé. Youpi ! En voilà de bonnes images.


On sort grandi du visionnage de certaines émissions comme Arrêt sur Images ou Ripostes qui alimentent positivement notre réflexion en nous livrant des pistes d'information approfondies. Avec Sept à Huit, à quelques bons reportages près, on est dans le sulfureux, l'impulsif et le médiocre. Aucune valeur journalistique, sinon très peu.

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1 commentaires

  • Anonyme

    18/05/2008 à 19h41

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    Quels journalistes ! Du Pernaud, mais le dimanche soir. Rien à voir avec ce magasine, à l'époque. AQucun grand reportage, juste du local et du fait divers..... Audience quand tu nous tiens...

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