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Secret Story, éloge de la modernité

Un an qu'on attendait ça, Secret Story est de retour. Plus grande, plus belle, plus forte, l'émission revient et elle n'est pas contente.

« T'as vu, chérie, ce soir, on a été moderne ». C'est par cette dizaine de mots que Benjamin Castaldi a clos vendredi soir le premier prime de Secret Story huitième édition. Une remarque qui ne peut qu'interpeller pour un programme qui vampirise l'été de TF1 depuis près d'une dizaine d'années. En quoi donc cette nouvelle mouture de Secret Story est-elle moderne ? C'est la question à laquelle nous allons tenter d'apporter une réponse ci-dessous.

Qui dit Secret Story dit maison des secrets. Pour ceux qui n'auraient pas suivi, cette télé-réalité fait partie de la télé-réalité d'enfermement : mettez quelques membres de l'espèce humaine dans une habitation fermée au reste de la population, secouez-bien et observez ce qu'il s'y passe. Grande nouveauté cette année, la maison se trouve sur le toit d'un bâtiment. En conséquence un certain nombre des cobayes humains sont arrivés le souffle court dans les lieux. Si la maison a un étage, ce qui la différencie des précédentes logements, c'est bien là sa seule originalité : on y retrouve des miroirs un peu partout, une déco tape-à-l'œil, voire de mauvais goût, des passages secrets, une chambre qu'on pourrait sobrement appeler « fuckroom », une piscine… Rien de bien novateur sous le soleil.


DR. Un peu de bon goût dans Secret Story 8

Si la modernité du concept ne se niche pas dans la demeure en elle-même, peut-être se camoufle-t-elle dans ceux qui y demeurent (les demeurés?) ? Au menu, des sportifs beaux et musclés, des mannequins belles et élancées, des addicts de la mode, des maquilleurs, des architectes de déco intérieure, des responsables marketing, des prothésistes ongulaires… Vous voyez le genre. Il y a évidemment la minorité visible de l'histoire, Abdel qu'on surnomme double-coup parce qu'il s'appelle Abdel et qu'en plus il est vieux. La fille qui a fait des photos à oilpé (et qui en fera sûrement après parce qu'après tout, c'est tout ce qu'elle a). La vieille mais qu'est canon quand même parce que c'est pas Questions pour un champion ici. Quelques mamans qui aiment tellement leurs enfants qu'elles les laissent pour la durée de l'émission. Bref la routine habituelle de Secret Story même s'il faut noter quand même la présence d'un bien bel exemple d'hipster, ce qui n'aurait pas été possible il y a 8 ans ! Le hipster, porte-drapeau de la modernité !


DR. Ah enfin une fille qui aime séduire dans Secret Story ! 8 ans qu'on attendant ça !

À moins que la modernité ne se trouve dans les secrets. Las, ils sont tous plus courus les uns que les autres : je suis sortie avec une célébrité (cette fois c'est Michael Jackson qui s'y colle), j'ai une maladie (cette fois un ou une ailurophobe, si tu sais pas ce que c'est, tu cherches faignant!), j'ai un super talent trop cool qui fait que je vais gagner Secret Story (une hypermnésique cette fois). Et puis surtout il y a des couples : des couples qui ne sont pas des couples, des couples qui ne sont plus des couples, des faux couples, des vrais couples, des vrais faux couples, des faux vrais couples. On s'y perd un peu et on bâille devant tant d'originalité.


DR.  Oh un faux couple....... voilà un concept original !

La modernité se cacherait-elle alors dans les quelques nouveautés de l'émission ? Un gars et une fille qui doivent trouver un secret commun à Las Vegas, en moins de 24h, sous peine de se voir refuser l'entrée à la maison ; on vous spoile tout de suite, après avoir tenté de faire croire qu'ils avaient fait le tour du monde en prenant des photos de faux monuments de Las Vegas (top crédibilité), ils auront trouvé le secret qui tue : faire croire qu'ils sont en couple. Youpitralala mais modernité nulle et non avenue. Ou bien la salle des identités où quatre candidats vont endosser le rôle de quatre faux candidats, déguisements à l'appui : le seul exemple qu'on a pu voir vendredi soir était d'une nullité abyssale. Non, certainement pas de modernité en vue de ce côté.


DR. En parlant d'imposteur, les participants font-ils partie des intermittents du spectacle ?

La modernité aurait pu aussi se cacher dans le déroulement de ce prime. Là encore, c'est raté. Rien que de l'habituel, du vu, du revu. Une présentation rapide de chaque candidat avec l'omniprésence de ce « quelque chose a changé ma vie » qui revient pire qu'un tube de l'été, une entrée dans la maison sous les sempiternels « wow », « truc de ouf » (ou de fou ou de malade, le candidat de Secret Story a du vocabulaire) sans oublier les vilains temps morts relatifs au direct, particulièrement présents cette année. Et puis Benjamin Castaldi qui cabotine un max. À moins que la modernité ne soit dans ces effets spéciaux lors de la présentation des candidats ? Des boules de feu, des éclairs, du bitume craquelé sous les poings, des explosions en tout genre, tout ce fatras ridicule qui était déjà has been il y a 20 ans de cela est bien loin d'être le signe de la modernité.


DR. Même dans les années 80, ils n'auraient pas osé...

Tout compte fait, il ne reste qu'un seul signe de modernité dans ce Secret Story 8 : chaque participant ne s'appelle pas bêtement Joanna, Iliesse, Jessica ou Aymeric mais #Joanna, #Iliesse, #Jessica et #Aymeric. Le voilà le signe de la modernité : le hashtag, fils du .com omniprésent il y a une dizaine d'années et petit-fils du 3615 qui date d'encore plus longtemps. #SecretStory qu'on vous dit !

Dernière option : et si la modernité n'était pas de revendiquer le fait d'être un spectateur-produit ? On connaît tous la phrase de Patrick Le Lay « Ce que nous vendons à Coca-Cola, c'est du temps de cerveau humain disponible. », déclaration sincère tout en tenant de la revendication : nous, spectateurs, sommes avant tout un produit ! Voir le public de Secret Story hurler avec Castaldi à chaque réclame « La pub ! », la voilà la vraie modernité !


DR. Dans un instant, ce que vous attendez tous, LA PUB !

 

A propos de l'auteur

Intéressé par beaucoup trop de sujets, nazonfly est en charge de la partie Musique Krinein depuis quelques années. Ce qui ne l'empêche pas de visiter les territoires des livres, du cinéma, des médias et même de sciences et tech.

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