Robin des Bois - Dossier

Aperçu de la carrière du justicier de Sherwood, du cinéma muet américain à la série télé britannique actuellement diffusée sur Canal+

Robin des Bois, le gars qui détrousse les riches pour donner aux pauvres, a récemment fait son retour via la série anglaise que Canal+ a commencé à diffuser le 26 octobre. Interrogé par surprise, le spectateur innocent sera capable de déclarer que seuls Errol Flynn et Kevin Costner ont endossé le carquois avant Jonas Armstrong. Grossière erreur : Robin de Locksley, justicier de Sherwood à la réputation mondiale bien que nul ne connaisse la part de vérité que contient sa légende, a été incarné par une bonne quarantaine d'acteurs, sans compter les dessins animés, courts métrages et autres productions amateurs qui pullulent certainement sur le sujet...

Les classiques

Douglas Fairbanks
Douglas Fairbanks
Si l'on trouve dans les archives la trace de trois courts métrages muets en 1908, 1912 et 1913, la première vraie adaptation cinématographique date de 1922 : on la doit bien entendu à Douglas Fairbanks, qui représente à lui tout seul le cinéma d'aventures des années 20. Il a créé le film de capes et d'épée avec Le signe de Zorro, le film de pirates avec Le pirate noir, et le blockbuster à grand spectacle avec Robin des Bois. Faisant construire des décors gigantesques, Fairbanks le producteur/star accouche du film le plus cher du cinéma de l'époque : un million de dollars, une paille selon les critères et le cours d'aujourd'hui mais une véritable fortune à l'époque. Le film sera un succès et rapportera 5 millions de dollars.

Errol Flynn
Errol Flynn
En 1938, Warner Bros. a du flair en produisant une nouvelle version du mythe, bénéficiant du tout nouveau procédé Technicolor (le procédé est rarissime à l'époque, la couleur ne s'imposera comme un standard qu'à la fin des années 50) : Les aventures de Robin des Bois avec Errol Flynn reste LA référence sur le personnage. Les collants verts, la moustache et la barbe en pointe, la verve charmeuse et insolente de l'acteur ont fait de lui la représentation iconique de Robin des Bois. Le tournage ne fut pourtant pas rose : le réalisateur William Keighley fut remplacé en cours de route par Michael Curtiz, et Olivia de Havilland se plaignait continuellement de la grossièreté d'Errol Flynn, qui avait la réputation d'être un dragueur particulièrement lourd. Rappelons également que le rôle était d'abord prévu pour James Cagney, plus habitué aux personnages de gangsters... Malgré cette production chaotique, le film reste un morceau de rêve inusable, un modèle de film d'aventure.

Difficile de passer après un tel monument, c'est pourquoi aucun nouveau Robin ne se montre au cours des années 40 ; tout juste croise-t-on son fils Robert (!) dans Le fils de Robin des bois (The bandit of Sherwood forest, 1947). Arrivé en 1950, Richard Todd
Richard Todd
on rencontre le savoureusement nommé La revanche des gueux (The rogues of Sherwood forest) : inutile de dire qu'aucun de ces deux films peuplés d'inconnus ne passe à la postérité.

En 1952, Walt Disney sort un tout petit film intitulé Robin des Bois et ses joyeux compagnons (The story of Robin Hood and his merrie men). Disney oblige, le film est destiné à un public enfantin, et tombe rapidement dans l'oubli.

Deux ans plus tard, Hammer films (qui n'est pas encore spécialisé dans l'épouvante gothique type Dracula ou Frankenstein) sort La revanche de Robin des Bois (The men of Sherwood forest, 1954 - remarquez comme les titres préfèrent citer Sherwood que Robin, histoire de ne pas subir l'inévitable comparaison avec la version 1938) ; l'acteur principal Don Taylor y joue les pseudos Errol Flynn et s'illustre dans quelques combats bien kitschs.
Barrie Ingham
Barrie Ingham
Dans les années 60, seul la firme anglaise Hammer et quelques audacieux Italiens s'aventurent à produire des aventures cinématographiques de Robin des Bois : côté Hammer, Le serment de Robin des Bois (Sword of Sherwood forest) sort en 1960, et met en scène Richard Greene, l'acteur de la série The adventures of Robin Hood, qui jouit cette fois de la couleur et de la proximité de quelques pointures (Terence Fisher derrière la caméra, Peter Cushing et Oliver Reed devant) ; et en 1967, Val Guest réalise Le défi de Robin des Bois (A challenge for Robin Hood), qui s'éloigne des scénarios traditionnels et met en scène un curieux Robin, mais reste une très belle production de Hammer. Côté italien, on note Le triomphe de Robin des Bois réalisé par Umberto Lenzi en 1962, Le fils de Sherwood (Il magnifico Robin Hood) en 1970, et La grande chevauchée de Robin des Bois en 1970.

Il faudra attendre 1976 pour retrouver Robin des Bois, sous les traits de Sean Connery, dans La rose et la flèche (Robin and Marian). Le film est réalisé par Richard Lester et montre un Robin et une Marianne (Audrey Hepburn) vieillissants, avec le sens de la dérision respectueuse dont le réalisateur avait déjà fait montre dans son adaptation des Trois mousquetaires avec Oliver Reed et Richard Chamberlain. Ian Holm joue le Prince Jean.

Kevin Costner
Kevin Costner
En 1991, Kevin Costner est au top de sa popularité grâce à des films comme Les incorruptibles et Danse avec les loups. Il chausse alors les bottes de Robin des Bois à la place de Mel Gibson, d'abord pressenti pour le rôle. Robin des Bois prince des voleurs, réalisé par Kevin Reynolds, est un énorme succès, bien que sa vision quelques années après sa sortie révèle un aspect nanar assez incroyable. L'ajout de personnages absents de la légende (Morgan Freeman dans le rôle d'Azeem le maure, la sorcière que le shérif consulte) est assez déconcertant, et Alan Rickman cabotine savoureusement mais sans aucune retenue dans le rôle du shérif de Nottingham. Quant à Sean Connery, il apparaît dans le rôle de Richard Cœur de Lion, faisant ainsi un clin d'œil à sa prestation en Robin des Bois quinze ans auparavant.

La prochaine incarnation de Robin sur grand écran sera Russell Crowe en 2010, dans un film réalisé par Ridley Scott.

Les télévisés

Richard Greene
Richard Greene
La télévision, comme le cinéma, s'empare très tôt de Robin des Bois : dès 1953, la BBC produit une minisérie en 6 épisodes inédite en France, et qu'il est inutile de chercher aujourd'hui. La première série digne de ce nom fut lancée en 1955 sous le même titre que le chef d'œuvre de 1938 : The adventures of Robin Hood. Richard Greene tiendra la vedette de cette série en noir et blanc jusqu'en 1960. La France, qui n'est pas à cette époque aussi réactive qu'aujourd'hui sur les séries télé, ne la diffusera qu'à partir de 1965.

En 1968, une minisérie inédite en France fait le pari de raconter l'histoire sous forme de comédie musicale. Intitulée The legend of Robin Hood, l'expérience compte à son générique des noms semi-connus comme Douglas Fairbanks Jr., Victor Buono (King Tut dans la série Batman) ou encore Roddy McDowall (La planète des singes).
En 1975, le même titre fut repris pour une autre minisérie, totalisant plus de quatre heures, et qui bien qu'inédite en France, jouit d'une bonne réputation en Angleterre. Cette même année, mais de l'autre côté de l'Atlantique, Mel Brooks crée une série parodique sur Robin des Bois intitulée When things were rotten qui Michael Praed
Michael Praed
ne connaîtra que 13 épisodes ; près de 20 ans plus tard, Mel Brooks reviendra sur le sujet au cinéma...
En 1984, le téléfilm américain The zany adventures of Robin Hood donne lui aussi dans la parodie, avec George Segal en Robin et Roddy McDowall (encore !) en Prince Jean.

De 1984 à 1986, Robin of Sherwood, la deuxième série télé majeure consacrée au personnage est produite à nouveau en Angleterre, avec Michael Praed dans le rôle-titre et Jason Connery dans celui de Robert de Huntingdon. Jason étant le fils de Sean, on en déduit que les Connery aiment Robin des Bois autant que Robin aime faire des conneries.

Patrick Bergin
Patrick Bergin
En 1991, un projet de long métrage initialement prévu pour être réalisé par John McTiernan se solde par un téléfilm pour éviter la concurrence de la version Kevin Costner. Du coup, McTiernan se retire et est remplacé par l'inconnu John Irvin. Si le rôle-titre de ce Robin des Bois est tenu par Patrick Bergin, un acteur cantonné depuis aux productions télé (il incarnera notamment le docteur Frankenstein dans un beau téléfilm de David Wickes) et aux nanars, on remarque cependant que Lady Marianne est interprétée par... Uma Thurman, pas encore passée sous l'objectif de Tarantino. Le téléfilm est honnête mais pas renversant (combien de téléfilms le sont ?).

Matthew Porretta
Matthew Porretta
En 1996, Robin of Locksley, un téléfilm pour enfants et resté inédit en France met en scène Devon Sawa dans le rôle d'un Robin adolescent. De 1997 à 1999, la série télé Les nouvelles aventures de Robin des Bois remporte un certain succès malgré le physique improbable de son interprète initial Matthew Porretta (remplacé à la saison 3 par le musculeux John Bradley), et connaît quatre saisons de 13 épisodes.

En 2001, la toute jeune Keira Knightley joue Gwyn, la fille de Robin des Bois, dans un téléfilm Disney appelé Princesse des voleurs (on y croise Malcolm McDowell en shérif de Nottingham). Il faudra attendre 2006 pour retrouver Robin lui-même sur le petit écran, via la nouvelle série de la BBC qui vient d'entamer sa deuxième saison en Angleterre.

Les parodiques

Il est presque impossible de recenser tous les nanars italiens ou espagnols ayant récupéré le personnage dans les années 60 à des fins d'exploitation plus ou moins Sans commentaire
Sans commentaire
respectueuses. Tout juste évoquera-t-on Robin des Bois et les pirates (Robin Hood e i pirati, 1960) de Giorgio Simonelli, dont le rôle-titre est tenu par Lex Barker, plutôt habitué au rôle de Tarzan...

1969 étant une année... érotique, oui, bravo, c'est également celle qui vit la production des Aventures galantes de Robin des Bois (The ribald tales of Robin Hood, littéralement Les histoires paillardes de Robin des Bois), variante érotique soft des aventures du justicier de Sherwood. En 1996, c'est l'incorrigible Joe d'Amato qui propose un Robin Hood, Thief of Wives au titre plein de promesses. Au cas où l'on douterait encore de la capacité de Robin à bander autre chose que son arc, une nouvelle confirmation arrive en 2000 sous la forme de Virgins of Sherwood forest, une histoire de vierges qui ne le restent pas bien longtemps.


Retour en 1973 pour une version plus innocente : le dessin animé de Walt Disney, une réussite malicieuse où Robin est représenté sous la forme d'un renard et Petit Jean sous celle d'un ours. Le film est suffisamment malin pour plaire à la fois aux enfants et aux plus vieux, notamment à l'aide de quelques allusions sexuelles habilement déguisées...
Parmi les voix du film, on notera la présence de Terry-Thomas (le big moustache de la Grande Vadrouille) derrière le serpent Hiss (Triste Sire en Français), et Peter Ustinov derrière le Prince Jean et son frère Richard Coeur de Lion.

Cary Elwes
Cary Elwes
En 1993, la parodie de Mel Brooks Sacré Robin des Bois (Robin Hood: Men in tights, littéralement Robin des Bois : Hommes en collants) met en scène Cary Elwes dans un costume à la Errol Flynn, pour un film qui parodie essentiellement la version Kevin Costner. Le film est ultra-faible, presque moins drôle que le vrai film de Costner, et Mel Brooks ne réalisera plus par la suite que Dracula : mort et heureux de l'être (1995) avant de renoncer à passer derrière la caméra.

Les anecdotiques

Robin des Bois apparaît parfois comme personnage secondaire, notamment dans les adaptations du roman Ivanhoé, fidélité à Walter Scott oblige. On le croise donc dans le célèbre Ivanhoé de 1952 avec Robert et Elizabeth Taylor, mais aussi dans la minisérie de 1970 et la série TV de 1982. En revanche, le personnage est absent de la série Ivanhoé qui mettait en scène Roger Moore en 1958.

Côté série télé, on le rencontre également dans un épisode de la série Au cœur du temps (The time tunnel, 1966), dans laquelle deux scientifiques voyageaient d'époque en époque sans jamais changer leurs costards pourtant impeccables. John Cleese
John Cleese
L'épisode s'appelait La revanche de Robin des Bois.

En 1981, c'est dans le film de Terry Gilliam Bandits bandits (Time bandits) que l'on trouve un curieux Robin des Bois, incarné par John Cleese. Les deux Monty Python ont fait du personnage une sorte de grande gueule britannique au ton pédant, qui ponctue ses phrases de « Jolly good, jolly good... »

Et pour compléter ce tour d'horizon, impossible de ne pas citer Shrek (2001), dans lequel l'ogre vert croise un Monsieur Hood bizarrement français, dont la voix appartient en fait à Vincent Cassel.


Sur petit ou grand écran, Robin des Bois a été décliné en version adolescente, vieillissante, animalière, érotique... Mais on ignore encore pourquoi son nom anglais de Robin Hood, qui signifie "Robin la capuche" ou "Robin le vaurien" a été traduit en français par "des Bois". Peut-être les premiers traducteurs avaient-ils eu vent d'une infidélité de Lady Marianne...

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14 commentaires

  • nazonfly

    10/11/2007 à 10h08

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    J'ai parcouru rapidement le dossier, mais je ne suis pas d'accord en ce qui concerne le Robin des Bois de Mel Brooks qui est très drôle, plus drôle même que les Nouvelles Aventures de Robin des Bois. Et pourtant ils avaient placé la barre très haut!

  • iscarioth

    10/11/2007 à 10h57

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    c'est rigolo, j'ai eu envie un jour d'écrire un dossier sur robin des bois, concernant seulement le ciné. Je n'avais pas assez de connaissances sur le sujet pour me lancer. J'ai bien fait de m'abstenir... Bravo riffhifi, super dossier

  • iscarioth

    10/11/2007 à 14h19

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    j'aimerai bien qu'on m'explique, au fait, pour les allusions sexuelles dans le dessin animé de walt disney ^^

  • Kei

    10/11/2007 à 15h26

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    Idem. Je crois que je vais le voir juste pour ça.

  • iscarioth

    16/11/2007 à 22h27

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    pour rpondre à riff sur la trad de robin le vaurien... les traducteurs n'ont pas foiré :


    En france, robin = celui qui porte la robe = magistrat = le droit


    des bois = zone de non-droit à l'epoque du moyen age, ou personne n'osait s'aventurer


    robin des bois = celui qui detient le droit dans les lieux de non-droit 

  • riffhifi

    17/11/2007 à 00h45

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     Je m'incline !

  • Anonyme

    29/11/2007 à 14h16

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    Cette critique est très complète, mais je ne suis pas d'accord sur certains points :


    - Robin Hood signifie en fait Robin la Capuche, et non Robin des Bois ou Robin le Vaurien, comme il est dit dans la critique


    - Le film de Mel Brooks n'est pas faible : il fautbel et bien le voir comme une parodie. Et je ne vois pas en quoi le film avec Costner est drôle. D'accord, il est irrespectueux de la légende, mais il est très intéressant : sombre et dramatique, juste ce qu'il faut pour rendre comte de la difficulté de vie à cette époque.


    - Enfin, Matthew Porretta n'a pas le moins du monde un physique improbable...qu'est-ce qu'il faut dire de celui de Jonas Armstrong alors...

  • riffhifi

    30/11/2007 à 10h06

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    Robin Hood signifie en fait Robin la Capuche, et non Robin des Bois ou Robin le Vaurien, comme il est dit dans la critique


    Mais alors mais parfaitement. Je corrige

  • gyzmo

    30/11/2007 à 11h40

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    Et pour les dingos de mister la capuche, parmi les quelques jeux vidéo consacrés au bonhomme, vous avez Robin Hood : La Legende de Sherwood, Commandos-like très bien construit par Spellbound (les dév de Despedaros).


    Dossier très sympa en tout cas, sans l'évocation coûtumière de notre merveilleux Thierry la Fronde, ça change un peu hihi  


     

  • Anonyme

    19/07/2009 à 20h03

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    c de la bombe

  • Anonyme

    07/09/2009 à 15h54

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    merci

  • Anonyme

    25/12/2009 à 20h39

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    C'est une super série!!


    Je l'adore, c'est ma série préférée!!


    Pourvu qu'elle continue longtemps^^

  • Anonyme

    17/05/2010 à 09h25

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    la série est trop trop cool et les acteurs sont tres tres tres bien                                                                              

  • Anonyme

    21/05/2010 à 22h36

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    Plus que complet bravo !!!


    Par contre j'ai la mini série de Richard Green, l'édition remasterisée couleur.

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