6.5/10

P'tit Quinquin, la série schizophrène

Mi-septembre, le monde médiatique (Télérama, France Culture, Libération) s'est emballé sur une série française de 4 épisodes diffusée sur Arte. Guidé par ces critiques enchantées, Krinein s'est penché sur la bête.

P'tit Quinquin est une mini-série française de quatre épisodes diffusée sur Arte les 18 et 25 septembre derniers. Mais P'tit Quinquin c'est d'abord le nom d'une chanson du Ch'Nord qui sert de générique au film de Bruno Dumont. Le Nord, et plus précisément le Boulonnais, sert, en effet, de décor à cette enquête policière qui met en scène des vaches mortes dans des bunkers, des policiers très particuliers et des gamins aux attitudes d'adulte.

La honte en mode Confessions intimes

Êtes-vous familier de Confessions Intimes ? Non. Moi non plus à vrai dire mais cette émission a intronisé le fait que, si l'on peut se foutre de la gueule des gens, rien de tel que les extraire du Nord ou du Sud de la France, un gimmick que l'on retrouve dans les émissions de télé-réalité et qui consacre une France à deux vitesses : intelligentsia parisienne contre nivellement par le bas sudo-nordiste. Du coup, comme France 3 a déjà sa série sur Marseille et que Netflix a aussi décidé de choisir la préfecture des Bouches-du-Rhône comme cadre de la sienne, il ne restait plus à Arte qu'à se jeter sur le Nord.

Faut dire que le Nord c'est rigolo. Déjà ils ont un drôle d'accent et puis, même si la célèbre banderole anti-ch'tis du PSG a été condamnée, nul doute qu'il n'y a pas de fumée sans feu. On peut donc se gausser aisément de ces bouseux du Nord. Oui parce qu'en plus ils ont l'outrecuidance d'être de la campagne, là où il y a des gens pas franchement bien comme nous. Au long des 4 épisodes de la série, et principalement dans les deux premiers, Bruno Dumont semble mépriser les habitants du Boulonnais. P'tit Quinquin est censé être une série comique et le comique semble reposer principalement sur le choix des acteurs, des acteurs non-professionnels évidemment sinon ce n'est pas du vrai cinéma français : en effet, les personnages ont, au mieux, une drôle de tête (une gueule de traviole, des dents en moins, des tics ahurissants) et, au pire, semblent complètement idiots ou débiles. Comme s'il fallait dresser un portrait plus que caricatural pour amener le rire. Sauf que le rire justement ne se crée jamais et, au contraire, c'est la honte qui pointe son nez, honte principalement pour le réalisateur.

Quant à l'enquête policière en elle-même, nul doute aussi qu'elle déplaira au plus grand nombre. P'tit Quinquin se voulant une parodie des séries policières étasuniennes, il est évident que l'on perd tous nos repères et que l'on sombre dans une gigantesque pantalonnade sans queue ni tête de Mme Lebleu.


DR. Dans toute bonne série policière, il y a du sang

 

À l'opposé du cinéma hollywoodien

Il faut toutefois reconnaître plusieurs atouts dans la manche de Bruno Dumont. En premier lieu, il est lui-même du Nord : il filme donc de manière magistrale les paysages, que l'on se trouve au milieu d'une prairie ou au bord de la mer. Tout comme il filme parfaitement ses acteurs qui ont pratiquement tous une présence impressionnante à l'écran. Ces acteurs justement « qui ont leur singularité propre » des propos même de Dumont ne sont pas réalistes, et croire que Dumpont se veut réaliste est sans doute LA grande erreur à ne pas faire même s'il est difficile de s'en détacher à la première vision. En un sens, Dumont filme le contre-champ parfait du cinéma habituel : sur grand écran, on ne voit en général que des gens beaux, le visage parfaitement lisse, la diction parfaite tandis que, dans P'tit Quinquin, aucun acteur n'est physiquement beau, aucun visage n'est lisse, aucun dialogue n'est complètement compréhensible. Mais ces deux cinémas sont tout aussi menteurs l'un que l'autre : le monde réel se situe quelque part entre ces deux extrêmes.


DR. De la beauté chez les gosses de P'tit Quinquin

Et pourtant, au final, Dumont parvient à donner une certaine beauté à ses personnages. C'est du reste particulièrement prégnant au fil du déroulement des épisodes : ces acteurs, ces personnages sont beaux et finalement proches de nous, ce qui les rend fondamentalement attachants. Parmi eux, P'tit Quinquin bouffe l'écran d'une sincérité à toute épreuve, tour à tour attendrissant, désagréable mais toujours magnifique. 

L'ambiguïté de P'tit Quinquin vient que par certains aspects, Bruno Dumont dépeint la vérité de la société française (et l'on citera ici le racisme quotidien qui prend une grande place dans la série) mais que, par d'autres, il en accentue les défauts en voulant aller jusqu'au rire mais en déclenchant plus souvent le malaise. C'est peut-être là le plus grand défaut de cette série : vouloir faire rire mais tomber le plus souvent à plat, à moins bien sûr de se contenter de se foutre de la gueule des acteurs. Finalement ce que l'on retiendra de ces 4 épisodes n'est pas le côté parodie de série policière mais la démonstration qu'il peut y avoir de la beauté chez chacun d'entre nous.

A propos de l'auteur

Intéressé par beaucoup trop de sujets, nazonfly est en charge de la partie Musique Krinein depuis quelques années. Ce qui ne l'empêche pas de visiter les territoires des livres, du cinéma, des médias et même de sciences et tech.

0 commentaires

Participer à la discussion

Nous nous réservons le droit de ne pas publier les commentaires qui ne nous semblent pas appropriés (netiquette, loi, point godwin, imbécillité profonde, etc.). Et ne venez pas crier à la dictature !

Vous allez commenter en tant qu'invité-e :

Krinein Médias, ou comment parler des séries TV, qu'elles soient américaines, françaises ou d'ailleurs, avec une certaine intelligence (rien que ça). Mais la critique touche aussi les émissions de la télévision, les magazines, la radio...

Rubriques