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Le Prisonnier

I'm not a number, I'm a free man

Franchement, le qui, le où et le pourquoi importent peu. C'est l'idée d'un prisonnier qui compte (...) car nous sommes tous quelque part prisonniers nous-mêmes d'une façon ou d'une autre, de notre travail, de notre carrière, de notre ambition, de nos amours et de nos haines.

Tout commence lorsque George Markstein imagine une histoire d'espionnage, celle d'un ancien agent secret que l'on kidnappe pour lui faire avouer les raisons de sa récente démission. Patrick McGoohan, qui est une vedette du petit écran britannique à travers le succès du feuilleton Destination Danger, accepte immédiatement d'en être le héros, à condition d'en être également le producteur. Le tournage du Prisonnier débute le 5 septembre 1966, en plein coeur du somptueux village-hôtel de Portmeirion, in the North of Wales.

La liberté appartient à ceux qui l'ont conquise (André Malraux)

Le Prisonnier émerge d'un sommeil artificiel et prend conscience de la situation alarmante dans laquelle il se trouve. Le voilà captif d'un mystérieux village, où les téléphones sans fil lui interdisent tout appel vers l'extérieur, où les taxis n'y assurent qu'une desserte locale et où les cartes n'y portent aucune indication géographique. Le Prisonnier apprend bientôt que chaque citoyen de ce petit coin de paradis se distingue par un numéro et que chacun de leurs moindres faits et gestes sont constamment épiés par des caméras de surveillance. Refusant toute intégration ou soumission, le numéro 6 cherchera toujours à fuir cette communauté étouffante, entièrement sous la coupe de dirigeants anonymes et tout-puissants.

Pas de civilisation sans stabilité sociale. Pas de stabilité sociale sans stabilité individuelle (Aldous Huxley, Le Meilleur des Mondes)

Patrick Mc Goohan réalisera cinq des dix-sept épisodes de la série. Tous lui permettront d'aborder une multitude de thèmes, parmi lesquels la liberté et la reconnaissance des individualités au sein d'une même société. Le mode de vie de cette communauté villageoise sans cesse oppressante n'évoque-t-il pas en effet de façon flagrante tout ou partie de ces célèbres dictatures imaginées par George Orwell (1984) ou Ray Bradbury (Fahrenheit 451) ? Chaque individu y est intimement surveillé. Il n'y existe qu'une seule opinion générale, constamment véhiculée par une seule station de radio et un seul quotidien local. Toute forme de loisir résulte d'une volonté dirigeante. Le souci étant qu'à l'image des citoyens du Meilleur des Mondes, l'ensemble des villageois se montre pleinement satisfait de ce bonheur abstrait, qui s'est établi au détriment de toute forme de désir et de confiance. Ce qui explique que l'amour exclusif et sans compromis soit le grand absent de cette série. Personne n'oserait s'extirper de la masse et compromettre cette plénitude collective, qui s'entretient d'elle-même. Toutefois, le Village dispose d'un centre de conditionnement et de réhabilitation, pour contrer la moindre manifestation individualiste. Enfin, il peut compter sur les services d'un étrange rôdeur qui, revêtant l'apparence d'une grande boule blanche, ne déteste pas étouffer ceux qui s'aventurent hors des frontières politiques du Village.

La liberté consiste moins à faire sa volonté qu'à ne pas être soumis à celle d'autrui (Jean-Jacques Rousseau)

Faire intervenir des gens de toutes nationalités, prévoir certaines répliques en langue étrangère, situer l'action à l'ombre d'architectures aussi diverses que variées : Patrick McGoohan a souhaité mondialiser sa communauté, lui donner l'apparence d'une société universelle mais réduite à sa plus simple expression. Le contexte de Guerre Froide oblige, le Prisonnier cherche à démasquer ceux qui tiennent les ficelles de ce Village. Le fait est qu'il n'appartient à personne. Et s'il doit vraiment appartenir à quelqu'un, alors il appartient à tout le monde à la fois. Le Village est une sorte de laboratoire, mis à l'écart du monde extérieur et servant à mettre au point une nouvelle forme d'administration. Et si ce laboratoire est à l'écart du monde, dès lors, il est totalement impossible de s'en échapper. Cqfd.

If you give me your soul, I'll let Annie live (Earle, Twin Peaks)

Lorsque la vérité dérange, faut-il préférer l'illusion qui réconforte ? L'éloge de la vérité s'effectue, depuis Platon, aux dépens de l'illusion, qui peut dans de nombreux cas nous sembler plus satisfaisante. Si nous cédons si aisément à nos illusions, c'est parce qu'elles comblent certains de nos désirs et viennent ainsi nous rassurer, nous apporter une sorte d'équilibre qui, même s'il est mal fondé, a l'avantage d'éloigner les motifs d'inquiétude.
Le dernier épisode de la série évoque à lui seul une quantité de réflexions supérieure ou égale aux seize autres épisodes réunis. D'une part, parce qu'il les reprend toutes à son compte. D'autre part, parce qu'il replace enfin l'individu, ses certitudes aussi bien que ses doutes, au coeur de la discussion. Ce revirement complet s'accompagne d'une telle folie destructrice que ce dernier opus a signé de sa main l'échec de la totalité de la série, puisque, sans vouloir en dévoiler davantage, le Prisonnier est avant tout un éternel recommencement.

Les questions sont un fardeau pour les autres. Les réponses sont une prison pour soi-même.

Et le numéro 6 dans tout çà ? Il se fiche du caractère perturbant de cette vérité. I will not be pushed, filed, stamped, indexed, briefed, debriefed or numbered. My life is my own... Il ne cessera, tout au long de la série, de réclamer le droit d'être libre, d'agir selon son bon vouloir et d'exprimer toute sa haine envers les numéros 1 et 2. Le personnage est un héros, l'acteur est un génie, qui, obsédé par l'idée d'emprisonnement dans une société libérale, a su développer une série d'épisodes cohérents et soignés. Certains sont encore et toujours de vrais petits bijoux télévisuels (The Chimes of Big Ben, The Schizoid Man, Checkmate, Once Upon a Time). L'épisode Fall Out, qui conclue la série, est un vrai petit miracle, écrit en un week-end. Le cadre géographique, absolument idyllique, est également sinistre à souhait et en tout point étouffant. Il n'a pas été conçu pour la série. Enfin, il reste ce discours, qui évoque un certain nombre d'ouvrages et d'auteurs plus ou moins récents et qui distingue cette série d'un maximum d'autres. Son tournage s'est achevé fin décembre 1967.

Chacun porte en soi son propre Village.

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6 commentaires

  • WallFlower

    31/10/2004 à 14h46

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    Je viens de redécouvrir LE PRISONNIER qui m'avait semblé plus réel que "tout-le-reste" à l'âge de 12 ans .... heureusement, les 3 cassettes (épisodes 1 à 9) sur lesquelles je suis tombée sont en anglais sous-titré !!!
    J'attends avec impatience de trouver les épisodes 10, etc ...

    je me demande s'il existe ... quelque chose d'ECRIT de Mac Goohan ..
    ......... le web est "maigre" à ce propos ... même pas une biographie un peu fournie ..............

    .........L'image de Vertige des immeubles londoniens dans les yeux de P.M.G. m'habite, là, métaphore (involontaire peut-être, mais les GRANDES OEUVRES se font et Rhizoment, Explosent, par-delà même la conscience de leurs auteurs-réalisateurs ... c'est comme en musique Live) de LA CHUTE dans l'existence humaine ... 6 .... envie de me replonger dans la Kabbale, aussi ....

    ................ be seeing you ..................

  • gyzmo

    08/01/2007 à 17h57

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    Je viens de me replonger dans les trois derniers épisodes de la série, histoire de me rafraîchir la mémoire. Ben, j'avais complètement oublié que c'était aussi improbable comme réalisation ! Du grand art... abstrait^^.

    Par contre, dans la forme, boudiiiiiii : ça a pris un sacré coup de vieux.

  • gyzmo

    15/01/2009 à 11h41

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    Mc­Goo­han dans les Columbo, je m'en souviens assez bien.  Idem, evidemment, pour la série Le Prisonnier (dont il est également le co-créateur !). Par contre, j'avais oublié qu'il jouait le directeur coriace de l'Evadé d'Alcatraz, et qu'il faisait parti du casting de Braveheart !


    Bon voyage messieurs

  • nazonfly

    15/01/2009 à 11h56

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    Alors que tout le monde parle du Prisonnier, ça me fait quelque chose que Montalban soit mort.

  • JC

    15/01/2009 à 21h23

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    RIP comme on dit. Perso, ça me fait vraiment quelque chose pour McGoohan tant Le Prisonnier m'a marqué.

  • Wax

    15/01/2009 à 23h08

    Répondre

    Quand je pense que j'ai jamais vu Le Prisonnier... des années que je me dis que ça manque à ma culture.

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