2.5/10

Le Prisonnier version 2009 : ennuyeux et à côté de la plaque

Refaire le Prisonnier de Patrick McGoohan, c’est comme : tourner un remake d’Orange Mécanique avec Justin Bieber, repeindre la Joconde avec un rouleau de sopalin, coudre une robe couleur de pollution, etc.

Refaire une série télé d'antan pour les spectateurs d'aujourd'hui, ce n'est pas forcément une mauvaise idée. Bon, dans la pratique, c'est souvent une vautre (voir le nouveau V, le nouveau Kojak, etc.), mais il arrive que certains concepts se prêtent à la réinvention, à la variation sur un thème. Ce n'est pas le cas de la série-culte de Patrick McGoohan : Le Prisonnier est une œuvre si unique, si intimement liée à la personnalité de son auteur… qu'il est totalement vain d'espérer la répliquer ou en faire un dérivé acceptable. La version 2009 de la série, même si on renonce à la comparer à son modèle, se révèle d'un ennui et d'une mollesse dramatique, plombée de surcroît par une prétention qu'elle ne peut pas se permettre.


Des décors d'enfer
L'histoire, on la connaît : après avoir démissionné de son travail, un homme se réveille dans le Village, où tout le monde s'obstine à l'appeler "Numéro 6". Un endroit dont il cherche à s'évader malgré la supervision de "Numéro 2" et la présence funeste du Rôdeur, une énorme boule blanche (!).

En 1967, Le Prisonnier était une claque, l'équivalent du Fight Club des années 90 : une métaphore instinctive des problèmes identitaires de l'homme moderne, coincé entre ses pulsions, son individualité d'une part, et les exigences de la société de l'autre. Bouillonnant de problématiques insolubles, abordées sous la forme d'un délire visuel et narratif hypnotisant. Spectacle avant tout, la série possédait l'énergie de son instigateur passionné : Patrick McGoohan était à la fois scénariste, producteur, réalisateur (d'un tiers des épisodes) et acteur principal. Dans la resucée XXIème siècle, Jim Caviezel a été consciencieusement choisi par une équipe de producteurs avisés, pour remplacer Christopher Eccleston initialement choisi. Le "Numéro 2", qui passait son temps à changer dans la série d'origine, est ici incarné par le seul Ian McKellen (le Gandalf du Seigneur des anneaux, le Magneto d'X-Men), qui livre de loin la performance la plus captivante de tout le casting. En-dehors de ces deux têtes d'affiches, qui ont probablement siphonné la majeure partie du budget (le Village ne présente aucune personnalité, il est planté au milieu d'un désert – probablement pour se distinguer de l'original, situé au bord de l'eau), les acteurs et les personnages sont réduits à peau de chagrin, à l'exception d'un
DR.
taximan black et d'une scientifique enamourée.

Il faut bien dire que la production se limite à six épisodes, contre dix-sept dans la version 1967. L'action s'en trouve-t-elle plus intense, les rebondissements plus concentrés ? Euh, non. La mise en scène léthargique, l'image beige-grise sans relief, plombées d'une musique lancinante, font regretter les zooms frénétiques et les couleurs pop de l'ère McGoohan. Mais le plus grave, dans la somme des décisions désastreuses prises pour revamper le concept, reste l'approche "logique" de l'intrigue. Dans une tentative pataude d'émuler Lost, les auteurs s'enlisent dans une explication rationnelle de la présence du héros dans le Village, mais appuient pourtant le plus lourdement possible les nombreuses scènes de dialogue "métaphorique" : qu'est-ce qu'aimer ? qu'est-ce que vivre ? l'absolu ne doit-il pas être annihilé par l'illusoire précarité de nos amours destituées, et vice versa ? Incapable d'offrir un mélange harmonieux de réflexion et de divertissement, la série se plante finalement sur les deux tableaux.

Depuis bon nombre d'années, il est question de tirer un long métrage cinéma du Prisonnier. Mais depuis la mort de Patrick McGoohan, et au vu de cette série ratée, on souhaite que le projet reste indéfiniment dans les limbes de la préproduction.


#1 Arrival

#2 Harmony
#3 Anvil
#4 Darling
#5 Schizoid
#6 Checkmate


Deux tours, une boule.... c'est impossible !

A propos de l'auteur

6 commentaires

  • Vincent.L

    06/05/2006 à 09h33

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    Qu'elle utilité d'un remake d'un chef-d'oeuvre?...

  • KaSuGayZ

    06/05/2006 à 12h34

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    L'argent est une utilité certaine. Mais ça peut-être interressant. Ils ont l'intention de se placer avant, pendant, après ? Continuité, rupture ? Même chose avec une image plus belle ?

    Mis à part la dernière proposition, je pense qu'il y a plein d'utilité de refaire un chef d'oeuvre.

  • sven

    06/05/2006 à 15h03

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    mouais...
    mais bon, faire un chef d'oeuvre avec LUI:


  • nirnaetharnoediad

    06/05/2006 à 15h32

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    Shallow Grave était bien, hein !

  • Veterini

    13/03/2009 à 22h00

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    Le pire c'est qu'il y aura quand même des gens pour regardez. 


    (Et puis sérieux McKellen il a vraiment besoin de fric ou quoi ?)

  • Anonyme

    11/06/2013 à 19h51

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    tout a fait d'accord avec le jugement, rien a voir avec l'ancienne serie culte et la meilleure en fantastique, j'ai laissé tombé au bout de 3 episodes, il m'a fallu du couragele manque d'action globale et incroyable, le numero 6 n'a meme pas deigné se relever de sa tombe, il a bien faitil y aurait trop a critiquer donc je me tais et vais revoir "le general" bonjour chez vous 

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