7/10

Platane : Tree of Laughs

On le connait surtout par le duo de comiques qu'il forme avec Ramzy Bedia, et par la quantité de films plutôt moyens - voire mauvais - qu'il a initié avec son compère ; on le connaitra maintenant pour avoir été l'acteur / réalisateur d'une série originale pour Canal+, qui possède au minimum toute l'auto-dérision que réclamait un tel concept. Jugez plutôt : alors qu'il écartait doucement Ramzy de la nouvelle série à succès HP, Eric fait la connaissance physique et malencontreuse d'un platane. Un an de coma plus tard, son binôme a volé de ses propres ailes et Eric va devoir ramer pour se refaire une notoriété. Fini l'humour, il va faire un film « sérieux » en imaginant une suite à La Môme


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Eric Judor va donc jouer son propre rôle, et sans prendre de pincettes. Tout ce que ses détracteurs auront pu dire sur lui et son humour, il va se l'approprier et le développer au maximum pour fournir à la série l'antihéros presque détestable qu'il lui fallait. Eric version Platane est menteur, arrogant, sournois, hypocrite, escroc, égoïste, égocentrique, coureur de jupons, colérique, malpoli, et ne sait surtout pas quand il doit fermer sa gueule. Et pour ceux qui n'adhèrent pas à son humour tout en dénigrement (c'est ce qui est affirmé dans la série), ils seront ravis d'apprendre que le comique se prend des vents très joyeux de la part de son entourage, qu'il insupporte avec sa façon de tout prendre à la rigolade. En définitive, toute la dynamique de la série tient sur un concept : Eric qui y prend plein la gueule, de la part de ses amis, de ses ennemis, d'inconnus, de la vie en général. Jamais tendre avec lui-même, il s'imagine dans une réalité où le public ne le voit que comme la moitié du duo qu'il forme avec Ramzy, jusqu'à confondre leurs noms et leurs visages. Et si l'on a du mal à l'apprécier dans les premiers épisodes, Eric se révèle tellement pathétique et malchanceux qu'il nous gagne finalement à sa cause, avec l'aide de quelques vannes plutôt bien placées.


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Ce qui frappe d'emblée, c'est le décalage qui existe entre le monde réel et celui imaginé par Eric. Au-delà de la « réussite » d'un film absolument improbable et complètement foireux (on découvre à de nombreuses reprises des scènes du film, parfois sans effets visuels), il demeure une sorte de distance entre le personnage gesticulé par Eric et ses interlocuteurs qui semblent, pour la plupart, assez normaux. A ceci près qu'ils mettent leurs billes dans un projet qui, dans l'idée, ne pourrait pas fonctionner, ce qui renforce l'idée de réalité fantasmée et empêche de s'approprier cette image assez négative d'Eric Judor. Mais du coup, on se retrouve avec de nombreuses incohérences artistiques, et une multitude de sous-intrigues construites uniquement pour apporter un gag ou deux, sans influer sur le reste du scénario. Celui-ci, rappelons-le, consiste à pourrir la vie de l'acteur / réalisateur, et le concept trouve rapidement ses limites, parfois au sein même d'une seule histoire. Chaque épisode va trouver quelques idées à développer, faire du remplissage avec un peu n'importe quoi, et recommencer dans l'épisode d'après, en suivant un fil conducteur complètement saugrenu qui va mener la réalisation d'Eric de l'état de projet à la concrétisation.


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D'une manière générale, sur l'ensemble des douze épisodes, l'entourage s'en sort bien et donne de très bons tremplins à Eric. Maltraités, ceux-ci parviennent pourtant à cimenter la série et à donner un peu de crédibilité aux évènements, en soutenant ce projet de film incroyable et en fournissant des traits de caractères nécessaires à « l'épanouissement » du personnage d'Eric. Le rôle de Flex, notamment, peut paraître bâtard sur le papier, mais la bonne volonté et la verve de l'acteur Hafid F. Benamar en font la bonne surprise de la série. Mais c'est en milieu de saison que Platane prend une envergure impressionnante, en invitant un certain nombre de guest-stars qui vont jouer la même symphonie qu'Eric Judor : celle de l'auto-dérision. On passera rapidement sur l'intervention de Monica Bellucci et de Pierre Richard, moins percutantes que les autres, pour retenir les noms de Mathieu Amalric, Gilles Lellouche, Guillaume Canet et Vincent Cassel. La série peine d'ailleurs à reprendre sa vitesse de pointe après leurs apparitions, et s'achève un peu en demi-teinte, malgré une scène finale tout en anglais assez rigolote.

Loin d'être exempte de défauts, Platane est cependant la première bonne surprise de la saison 2011 – 2012, Eric Judor parvenant à surfer sur un terrain où l'on ne l'attendait pas. Beaucoup de remplissage, autant de mauvaises idées que de très bonnes idées, mais au final, la série réussit à se démarquer et à se trouver une identité. La présence des guest-stars y est pour beaucoup, et l'on a du mal à imaginer une seconde saison si le concept reste tel qu'il est.

A découvrir

bref.

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1 commentaires

  • yaglourt

    24/10/2011 à 19h03

    Répondre

    Série originale et décalée que j'ai bien aimée, le pari est osé et plutôt réussi, mais certains seront rebuté par le cynisme ambient et des personnages auxquels on a bien du mal à s'attacher de prime abord...http://television.krinein.com/platane-t ... 17353.html

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