8/10

P.J.

On connaît la qualité générale des séries policières françaises. Fades, calibrées, faiblement interprétées, vides d'idées, dépourvues de réalisme et sans aucune classe. Ainsi, le paysage audiovisuel français, en matière de séries policières, est tout entier occupé par des séries américaines ou par des pauvretés françaises. Tout entier ? Pas vraiment ! Une série résiste encore et toujours à l'envahisseur. Il s'agit de la "PJ Saint Martin", qui occupe la première partie de la soirée de polars sur France 2, tous les vendredis soirs.

Gens ordinaires contre héros


Une histoire de flics, encore et toujours, c'est notre police nationale qui est à l'honneur. Toutefois, ici, on ne parle pas de héros mais de quotidien. Des séries comme Julie Lescaut, Navarro, Une femme d'honneur et tous les ersatz du genre produits par TF1, nous proposent une vision idyllique de la police et des autorités en général : pas de bavures ou peu, un personnage central tellement parfait qu'il en devient fade, avec son franc-parler et son infaillibilité. Avec PJ, on ne retrouve pas ce genre de schéma : pas de héros mais plusieurs hommes et femmes, avec leurs faiblesses, leurs humeurs, leurs opinions et leurs traits de caractère. En regardant PJ, on est envahi par une sensation jusqu'alors inédite à la vue des séries policières françaises : la sensation de réalisme et de crédibilité. Plusieurs raisons à cela. Tout d'abord, comme nous l'avons expliqué, la police descend de son piédestal. Dans Julie Lescaut, la police est le plus souvent victime : elle est méprisée par la population et doit venir à bout de suspects tous plus hypocrites, coriaces et caricaturaux les uns que les autres. Dans PJ, la police est mise au même niveau que le reste de la population : les policiers eux aussi se fourvoient, s'agacent, commettent des erreurs, sombrent dans des moments de difficulté. A force de regarder les séries policières proposées par TF1, on finissait par croire que notre police nationale n'était en fait qu'une armée d'androïdes mécaniquement froids et stoïquement professionnels.

Mise en scène et dialogues : réalisme à tous les étages


Autre niveau de réalisme, les dialogues. Dans les séries policières françaises habituelles, les dialogues s'articulent en toute théâtralité : les personnages parlent et ne font presque que cela. Avec PJ, le commissariat est un vivier, un véritable lieu de vie. Les arrières plans sont soignés, avec toujours des personnages ou événements parallèles à observer. Les acteurs principaux ne vomissent pas leurs dialogues comme des enfants de cours moyen récitent péniblement un poème appris par coeur, ils évoluent, sont occupés à plusieurs activités. En interrogeant un suspect, les policiers ont parfois des moments d'égarement : ils signent un formulaire, sont distraits par un collègue... Bref, ils sont humains et on nous le montre. Toujours dans cette optique de réalisme, on peut apprécier chez PJ l'évolution des personnages. Tous ont une vie privée, qui ne nous est pas forcément ostensiblement dévoilée, et tous s'investissent, vis-à-vis de leurs collègues, dans un relationnel. On peut parler, à titre d'exemple, de la brouille qui oppose Chloé et Léonetti : un conflit physique puis une longue période de morosité, assortie de dépressions pour l'un des deux personnages.

Humour et thématique sociale

La série n'est pas dépourvue d'humour et de dérision. Les personnages sont proches de nous et certaines figures, comme le commissaire Meurteaux ou le lieutenant Léonetti, sont assez comiques sans pour autant donner dans la bouffonnerie. La PJ Saint Martin s'occupe parfois d'affaires légères, de conflit de
voisinage et de problèmes internes qui prêtent à sourire. On se souvient d'un problème de couple exhibitionniste aux jouissances très bruyantes et de la mise en circulation sur Internet de photos de nu prises dans le commissariat. Les enquêtes soulèvent parfois des thèmes plus graves : violences conjugales, viols, immigration, clandestinité, maltraitance, discrimination, drogue... Alors que la plupart des séries policières françaises s'embourbent dans le traditionnel jeu du chat et de la souris de quatre-vingt-dix minutes et dans des enquêtes manichéennes, sans aucun sous-entendu social, économique ou moral, PJ s'incruste dans le quotidien. Face aux problèmes traités, on nous brosse toujours un large panel des mentalités. La série amène le téléspectateur à réfléchir sur des problèmes sociaux très variés, allant de l'intégration des minorités aux problèmes de chômage et de précarité.

De très bons acteurs

L'ensemble est soutenu par des acteurs excellents. Le problème majeur des séries policières françaises habituelles, ce sont les suspects, interprétés par des seconds rôles toujours différents et la plupart du temps très mauvais. Un acteur doit être pertinent lorsqu'il interprète un suspect cuisiné par un agent de police. Les réactions se doivent d'être crédibles, sous peine de porter préjudice au réalisme et à l'accroche. L'écueil est évité avec PJ, dont les seconds rôles, même s'ils ne sont pas toujours excellents, ont au moins un niveau de jeu correct. Pour ce qui est des acteurs principaux, ils ont tous su façonner un personnage et bien se distinguer les uns des autres. Aucune transparence.


Diffusé depuis 1997, PJ fédère de trois à cinq millions de téléspectateurs à chaque diffusion, tournant autour des 20% de part de marché. Un bon chiffre pour France 2. On regrettera tout de même que la série ne se hausse à des scores encore plus hauts au regard de sa qualité.

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12 commentaires

  • iscarioth

    07/04/2006 à 12h17

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    Zdenek a dit :
    Y a des coffrets DVD qui sont parus? (j'ai vu dans ta fiche technique mais je sais pas combien ni comment sont regroupés les épisodes).


    Pas trop d'info la dessus ! Tout ce que je sais, c'est que j'en ai vu sur Amazon, mais qu'il y avait indiqué que les stocks étaient épuisés.

  • Lilly

    07/04/2006 à 23h14

    Répondre

    moi qui avais honte de dire que je regardais la PJ merci Gallu

  • weirdkorn

    07/04/2006 à 23h48

    Répondre

    Pareil, P.J. la meilleure série française. Je ne regarde pas tout le temps, voire rarement mais enfin une série avec de vrais acteurs et de vrais dialogues !

  • Anonyme

    08/04/2006 à 00h00

    Répondre

    Oui PJ c'est une bonne série il faut le dire!

  • lunia

    08/04/2006 à 10h43

    Répondre

    oui c'est sur (et personnellement je craque bien sur Bruno Wolkovitch )

  • lunia

    08/04/2006 à 13h26

    Répondre

    oui et ca tite gueule à la "jack bauer frenchy" je craque... puis bon il a une voix aussi...
    bref

  • iscarioth

    08/04/2006 à 13h48

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    Dommage, son personnage a disparu de la série... dans des circonstances... tragiques

  • Anonyme

    08/04/2006 à 14h05

    Répondre

    L'équipe de la PJ a retrouvé l'endroit où il était détenu, mais il était plus là... Personne ne sait ce qui lui est arrivé. 6 mois se sont écoulés, son remplaçant est arrivé et le chef a cru le voir à un carrefour.

    Me traitez pas de fan hein

  • Anonyme

    08/04/2006 à 14h18

    Répondre

    Nonon,
    A mon avis il a juste été détaché par quelqu'un d'autre et puis voilà, après, que le chef l'ai vu, c'est autre chose.... Il est peut être victime d'hallucinations Sinon, je pensais à un truc à la "Sous le sable", comme quoi il serait mort mais personne arrive à l'accepter

    (j'adore utiliser les spoilers )

  • alenia7

    14/04/2006 à 19h34

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    Cette série ne manque pas d'originalité, dommage que notre cher Bruno Wolkowitch donne ses adieux au comissariat...

    Snifff snifffff

    Cependant un nouvel acteur prendra place dans la série. C'est François Feroleto, que nous ne tarderons pas à découvrir. Mais la série aura t-elle toujours autant de succès ? Nous pourrons bientôt en juger !

    moteur action !

  • Anonyme

    03/07/2007 à 18h52

    Répondre

    Même si P.J, ce n'est trop ma tasse de thé, je reconnais qu'à côté du reste de la production nationale, il n' y a pas photo. Quand aux critiques formulées sur Julie Lescaut et consors, je n'aurais pas dit mieux.

  • Anonyme

    08/05/2008 à 13h28

    Répondre

    Ben franchement ce que je viens de lire est tellement vrai... On s'attache aux persOnnages et pOur mOi, c'est très rare !! J'ai que 13 ans et je suis la seule de mOn cOllège à être fan de cette série... Mais j'assume !!

    Jadore Jadore Jadore Jadore Jadore Jadore Jadore...

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