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Paris enquêtes criminelles - Saison 1

Vincent Revel et Claire Savigny espèrent nous faire croire qu'une bonne adaptation française de série US n'est pas pure science-fiction. Difficile à imaginer.

Attention : Vincent Revel et Claire Savigny ne sont pas des êtres humains. Les héros de Paris enquêtes criminelles (PEC) sont des clones, les répliques des personnages principaux de la série policière américaine, New York, section criminelle. Parlant un français parfait dans un Paris criant de vérité, ils espèrent nous faire croire qu'une bonne adaptation française de série US n'est pas pure science-fiction.

Difficile à imaginer. De mémoire, les bonnes adaptations françaises de séries américaines se comptent en effet sur les doigts de la main d'un poisson rouge. La dernière en date, RIS police scientifique, calquée sur un plagiat italien des Experts, était très en deçà (über-euphémisme) de son maître étalon. Quid alors de PEC ? Ratage total ?

Revel et Savigny examinent des preuves
Revel et Savigny examinent des preuves (© TF1)
Même pas. Principalement parce que PEC a l'avantage d'être l'adaptation stricto sensu de l'originale, New York section criminelle, déclinaison de la franchise Law & Order de Dick Wolf aux côtés de New York Police judiciaire et New York Unité spéciale. Au contraire de RIS, PEC profite ainsi de scénarios clés en main certifiés made in Hollywood. Place alors à des intrigues sombres et fouillées aux rebondissements multiples. Une tonalité en rupture avec Julie Lescault ou Commissaire Moulin. Ici, les enquêteurs n'hésitent pas à franchir la ligne jaune de la morale, par exemple lorsqu'ils font croire à une suspecte que son complice lui a inocculé sciemment le sida pour la faire craquer.

Niveau personnages, les rebondissements sont également de mise. Après deux premiers épisodes d'interprétations souffreteuses avec un Vincent Pérez sourcils froncés cherchant un peu trop à jouer l'homme torturé à l'américaine et une Sandrine Rigaux tout bonnement transparente, les acteurs principaux respirent, se détendent et insufflent enfin du caractère à leurs personnages. Lesquels profitent aussi de l'expérience américaine. Célèbre pour sa sobriété, voire son austérité, la franchise Law & Order met en scène ses persos pour ce qu'ils sont : des flics. Point barre. Donc pas d'éparpillement familiaux ou de pérégrinations extraprofessionnelles. Des enquêtes, encore des enquêtes, toujours des enquêtes. Cette situation n'empêche pas l'humour, à froid, notamment à propos des références américaines comme la fameuse technique d'interrogatoire du gentil et du méchant policier et les non moins célèbres mandats, renvoyés d'un revers de réplique par un "on n'est pas en Amérique".

Interpellation musclée en perspective
Interpellation musclée en perspective (© TF1)
D'ailleurs, justement, on n'y est pas. Si PEC est une bonne série policière à la française, supérieure en tous points aux autres fictions de TF1, elle rougit de la comparaison avec son modèle. Difficile en effet de tenir la dragée haute à un des meilleurs exemples de séries policières traditionnelles, fonctionnant sur le schéma meurtre/résolution/conclusion. Un genre certes un peu suranné après l'apparition des Andy Sipowicz ou Vic Mackey mais au public fervent, qui sera irrémédiablement déçu de revoir des enquêtes déjà résolues avec, de surcroît, une mise en scène plus modeste.

PEC est aussi pris en défaut du côté des personnages. Vincent Pérez et Sandrine Rigaux s'en sortent, on l'a vu, pas trop mal après quelques épisodes. Mais New York section criminelle, c'est Vincent D'Onofrio en tête d'affiche. Un acteur talentueux qui a marqué une génération de cinéphile dans le rôle fou de Grosse Baleine dans Full Metal Jacket de Stanley Kubrick et qui phagocyte le show original au point de projeter une ombre opaque sur tout challenger.

Pour conclure, PEC réussit une belle entrée dans la fiction policière française. Profitant de l'efficacité américaine, elle s'installe comme la meilleure série française de ce type dans la grille de TF1. Cependant PEC fait pâle figure face à ses aînées d'outre-Atlantique et ses scénaristes et metteurs en scène auront encore un long chemin à parcourir avant de ne plus la voir étiquettée "ersatz".

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