9/10

Oubliées (Les)

Thriller hypnotique et lancinant, Les Oubliées ne laisse pas d'autre choix que succomber.

Parfois les séries intriguent avant même leur diffusion. Les Oubliées a commencé à faire parler d‘elle l'été dernier. France 3 avait convié des confrères triés sur le volet à découvrir les premiers épisodes de ce 6x52 minutes signé Hervé Hadmar et Marc Herpoux. Les papiers laudatifs sont tombés dans la foulée. Pour le spectateur, cela s'est traduit par sept mois d'attente. Une patience dûment récompensée par la vision d'un thriller psychologique vertigineux.

Jacques Gamblin au coeur du mystères des Oubliées
(© France 3)
Quinze ans déjà que Christian Janvier (Jacques Gamblin) promène sa silhouette fatiguée dans la région de Boulogne-sur-mer à la recherche de la clé capable de percer le mystère des Oubliées. Six jeunes femmes, vierges, disparues, remplacées par leurs vêtements impeccablement lavés, repassés et pliés, entourant une statuette de la Vierge Marie en porcelaine. Pas le moindre indice. Une cause perdue. Même Jack Malone et Gil Grissom en perdraient la raison. Toutefois pas question de lâcher prise. Obsédé, placardisé, trahi par sa mémoire, victime de nausées, le capitaine de gendarmerie demeure décidé à débusquer le coupable.

Au regard du synopsis, Les Oubliées s'approche d'une banale histoire de tueur en série de plus. Après visionnage, la surprise n'en est que meilleure. Hervé Hadmar, réalisateur et scénariste, et Marc Herpoux, coscénariste, ont développé une série policière à rebours du tout venant de la fiction hexagonale. Un atypisme décelable dès le générique où de vieilles bâtisses libèrent de vagues courbes noires sur la musique cristalline du compositeur Eric Demarsan (les bandes originales de L'Armée des ombres et du Cercle rouge de Jean-Pierre Melville). Le mal insidieux qui s'échappe de la pureté. Ambiance.

Car Les Oubliées est avant tout une affaire d'atmosphère. Hervé Hadmar a choisi de situer la série au milieu des paysages diaphanes du Pas-de-Calais. Son ciel bas, ses falaises hautes, son horizon mélancolique siéent à ravir à cette évocation de la psyché brisée d'un flic avachi par l'usure. Plus qu'une traque, Les Oubliées emprunte jusqu'au bout la voie du thriller psychologique. Au fil des épisodes, l'intrigue n'avance qu'à petits pas, entre fausses pistes et cul-de-sacs, pour mieux faire exploser les failles qui tourmentent les personnages. La série affirme également son originalité en distillant une certaine étrangeté onirique. Sans tomber dans le paranormal, Les Oubliées glisse lentement vers le surréalisme à mesure que l'obsession gangrène le mental de son héros.

Christian Janvier
(© France 3)
Aussi, Les Oubliées doit beaucoup à la composition parfaite de Jacques Gamblin (Holy Lola, Enfin veuve). Ce dernier met tout son talent en œuvre pour camper l'ambiguïté d'un être devenu presque désincarné au fil des ans. Des gros plans, une image désaturée et des accords de piano dissonants achèvent de renforcer les stigmates mystiques qui craquèlent la peau du limier. Face à Jacques Gamblin, le jeune Fabien Aïssa Busetta a également bien du mérite. Le comédien interprète avec conviction Olivier Ducourt, un bleu fourré dans les pattes de Christian Janvier, aussi méthodique que son supérieur s'avère instinctif.

Thriller hypnotique et lancinant, Les Oubliées tranche à la fois avec la candeur française et l'hyper efficacité anglo-saxonne. La série se joue des conventions du genre pour mieux les pervertir. Le téléspectateur n'a alors pas d'autre choix que se laisser dériver au plus profond de ce Styx obsessionnel. Une réussite.

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    1 commentaires

    • Anonyme

      17/02/2008 à 14h25

      Répondre

      Pas encore vu le film mais rien que la bande annonce me fait frémir. Le fourgon ressemble trop a celui d'un violeur récidiviste et toujours dehors.


      Ce film est l'envers du décor de faits très réels, et a quelques km de Boulogne sur Mer. Les oubliées disparues existent bel et bien et des tueurs sont libres.


      Quels faits vous ont inspirés ce film ?


       

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