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Modern family - Saisons 1, 2 & 3

Ah, la famille. Cellule sociale inévitable de la télévision étasunienne, il est difficile d'en parler sans tomber dans les clichés et l'impression de déjà vu. Et Modern family n'échappe pas à la règle. Mais au moins, ils essayent de la tordre un peu.

Modern family aborde donc le thème de... vous n'avez pas 4h... de ? La famille, merci au roux du fond qui suit. Et plus précisément de la famille moderne. Oui, c'est écrit dans le titre, c'est un petit peu facile, je vous l'accorde. Alors qu'entend-t-on par moderne aux USA ? Et bien étonnamment, quelque chose d'assez pertinent. La série, centrée autour d'un clan, les Pritchett, évoque aussi bien la famille traditionnelle, avec couple hétéro et enfants à foison, que la famille recomposée ou le foyer homosexuel, le tout sous forme de documentaire où les personnages s'adressent parfois à la caméra, procédé à la mode ces dernières années (on pensera notamment à The Office).


Le clan Pritchett au grand complet.

Le clan Pritchett

Dans la famille Pritchett, je voudrais tout d'abord le père. Jay (Ed O'Neil) est un entrepreneur ayant réussi sa carrière, qui a les valeurs viriles de son âge avancé et qui a divorcé de la mère de ses enfants. Il s'est récemment remarié avec Gloria Delgado (Sofia Vergara), une jeune mère sud-américaine pulpeuse, bruyante, de quelques décennies sa cadette et accompagnée de son fils Manny (Rico Rodriguez II), inlassable romantique latin.

Ensuite, nous avons Mitchell (Jesse Tyler Ferguson), le fils de Jay, avocat, un peu snob et homosexuel. Il est marié avec Cameron Tucker (Eric Stonestreet) qui oscille entre le mâle dominant, ancien quaterback vedette, et la grande folle flamboyante adorant les comédies musicales. Ensemble, ils adoptent Lily (Aubrey Anderson-Emmons).

Enfin, il nous reste Claire (Julie Bowen), fille de Jay et soeur de Mitchell, mère maniaque, protectrice et autoritaire mariée à Phil Dunphy (Ty Burell), père farfelu et puéril qui cherche à tout prix l'approbation de son beau-père. Leurs trois enfants, Haley (Sarah Hyland), ainée populaire et un peu bête, Alex (Ariel Winter), jeune fille studieuse et sarcastique et Luke (Nolan Gould), digne fils de son père, complètent le casting.


La famille Delgado-Pritchett.

Trois familles pas si modèles

Alors évidemment, on pourrait se dire que le fait d'avoir trois familles, juste reliées entre elles par un membre par foyer, est un procédé un peu artificiel de lier trois structures parentales différentes. C'est sans doute un peu vrai. Mais avec la libéralisation des moeurs, force est de constater que de tels aménagements de généalogie sont devenus aujourd'hui chose courante. Et par ailleurs, les scénaristes essayent d'éviter de tomber dans les pièges les plus grossiers du cliché télévisuel. Ainsi, on constatera que, bien qu'elle ait souvent cette image, le personnage de Gloria par exemple n'est pas ce qu'on appelle là-bas une gold digger, une chercheuse d'or à l'affût d'un mari plus vieux et fortuné, même si c'est la situation dans laquelle elle se trouve. De même, bien que l'on puisse croire que le patriarche soit très ouvert du fait de son remariage, l'acceptation de l'homosexualité de son fils fera là encore l'objet de quelques conflits, qui ne manqueront pas d'alimenter les péripéties familiales.


La famille Dunphy.

Clichés et renouvellement

C'est un peu là la force de la série. Tout d'abord, il y a bien sûr l'abondance de personnages qui permet d'aborder toutes formes de situation familiale, voire de différence de culture, même les plus tordues. Mais c'est surtout le fragile équilibre entre cliché et renouveau qui fait tout le sel du show. Comme toute comédie familiale, il y a quasi obligatoirement des thèmes inévitables, comme la place de la mère, l'acceptation du fait qu'un parent n'ait pas forcément la vie qu'on espérait pour lui, l'adoption voulue ou imposée de nouveaux membres... Tout genre de situations qu'on a pu croiser dans nombre de séries auparavant mais qui ont su être renouvelées à la lumière de ces nouvelles familles, présentées ici. Et quand je dis nouvelles, ce n'est pas forcément dans le sens "non-traditionnelles", marqué ici par l'homosexualité ou une différence d'âge, mais aussi dans le sens évolution des moeurs, qu'on peut voir appliqué partout, y compris au sein de la famille Dunphy. Enfin, on constatera que la série se bonifie avec le temps pour devenir franchement incontournable dès la 2e saison.


La famille Pritchett-Tucker.

La série a d'abord été diffusée sur Paris Première, avant de débarquer également sur M6 cet été.

Modern family est donc une série pleine d'humour drôle et qui a su renouveler, ne serait-ce qu'un peu, les codes du genre. Le procédé de tournage en faux documentaire apporte également un peu de fraîcheur à la comédie familiale qui doit être le genre le plus rabâché aux USA. Alors évidemment, ça reste une série avec et pour la famille, mais quand c'est bien fait, pourquoi se priver ?

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