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Masters of Horror - Saison 1 (Episodes 7 à 13)

Critique des épisodes 7 à 13 de la première saison de Masters of Horror

Après une première salve plutôt costaude essentiellement dédiée aux vétérans du genre, Universal dévoila la suite des Masters of Horrors, au contenu plus orienté vers des noms moins connus du grand public, ou n'ayant qu'une affinité récente avec le genre. Don Coscarelli, William Malone, Lucky McKee ou encore Takashi Miike, davantage connu pour ses films de yakuzas déjantés, donnent ainsi la main à Joe Dante ou Larry Cohen. Honneurs aux aînés, commençons par ces derniers, avant de laisser Tobe Hooper fermer la marche.

Vote ou Crève
Joe Dante

Dans un effet de manche improvisé au petit bonheur, l'aide de camp d'une politicienne aux idées radicales souhaite le retour des soldats morts durant la guerre en Irak. Sa volonté sera exhaucée...

Boum ! Boum ! Boum ! Joe Dante est de retour et il fracasse tout sur son passage ! La Guerre en Irak (celle de Bush père ou fils) ? Boum ! Le camp républicain ? Boum ! La toute-puissance de la démocratie ? Boum ! Cinéaste ayant toujours teinté son fantastique d'un certain sous-entendu caustique (voire Gremlins 2 ou Piranhas), Joe Dante, à la tête cette histoire de cadavres qui reviennent à la vie pour voter, fait feu de toute part. Arcanes du pouvoir peu reluisante, élections plus ou moins truquées, des belles phrases pour camoufler l'inavouable, Vote ou Crève est un vrai brûlot qui égratigne ceux qui sont à la tête des USA, et devient par la même occasion, le film à ce jour le plus engagé de Joe Dante. Pour autant, Joe Dante n'oublie pas sa vocation de "faiseur de films d'horreur" et recouvre ses revendications d'un ton indéniablement ludique. La comparaison est certes un peu facile étant données les circonstances, mais d'un autre côté, il est difficile de ne pas parler de Vote ou Crève comme d'un digne successeur du Zombie de Romero, tant il se plait à taper là où ça fait mal tout en restant un pur film de genre. Humour grinçant, clins d'oeil en rafales (les noms de John Gilling, de Jaques Tourneur et bien sûr du vieux George se sont glissés dans le métrage, sauras-tu les retrouver ?), cimetière rempli de mort-vivants, zombis démastiqués au fusil à pompe, Vote ou Crève remplit le cahier des charges de ce genre codifié, tout en tombant soudain dans le sentimental inattendu, alors qu'un non-mort se retrouve recueilli par un couple que la guerre a privé de son fils.

Joe Dante est un être à part. Débutant chez Roger Corman, il a fait partie intégrante de l'industrie du cinéma et ses figures imposées pour mieux s'en éloigner sitôt sa carrière lancée. Vote ou Crève est le témoignage hargneux de sa volonté de tourner sans bride.

Serial Auto-Stoppeur
Larry Cohen

Serial auto-stoppeur
Serial auto-stoppeur
Arrivé à ce stade, il est temps de se poser une question : où diable se pêchent des titres aussi grotesques que celui-ci ? Il est vrai que le Pick Me Up originel ne se prête pas trop à une traduction littérale, mais il y avait sûrement plus sympa à trouver. A la décharge des responsables de la VF, il faut reconnaître que le segment de Larry Cohen ne se prête pas à des brainstorming intenses : dans un coin perdu des Etats-Unis, un tueur auto-stoppeur et un tueur routier se retrouvent à traquer la même jeune femme.

Tout comme John Carpenter pour La Fin Absolue du Monde, Larry Cohen n'est pas à l'aise dans le format court. Cela se sent d'autant plus que son sketch est, sur le papier, assez riche. Gêné, Larry Cohen ne parvint que rarement à donner la dimension fascinante que méritait cette rencontre entre deux tueurs aux méthodes différentes, qui se jaugent et s'étudient avant de s'affronter. A l'inverse, la victime, jouée par la farouche Fairuza Balk, une des rares actrices ayant une "gueule", bénéficie d'une aura de mystère et d'une caractérisation toute en non-dits dont s'accommode très bien le réalisateur. Tout comme cette parcelle d'Amérique profonde où se déroule toute l'action, transformée en terrain de chasse irréel cerné de routes et de forêts. Le plus gros problème de Serial Auto-stoppeur est que l'on ne sais jamais sur quel pied danser quand au sujet réel du film, si tant est qu'il y en est un précis : maniaques et victime sont aussi charismatiques les uns que les autres et autant mis en avant. Du coup, Serial Auto-stoppeur devient une sorte d'aquarium à personnages que l'on regarde tranquillement évoluer, sauvé par quelques fulgurances et une fin plutôt fun.

Il y a du trop ou du pas assez dans Serial Auto Stoppeur. Le segment de Larry Cohen se regarde sans déplaisir, mais on sent qu'il aurait pu être bien meilleur. D'autant plus qu'en matière de tueur auto-stoppeur, Serial Auto-stoppeur a le désavantage de passer après l'excellent Hitcher. Larry Cohen a beau lui faire un petit clin d'oeil, il ne parvint pas à faire oublier Rutger Hauer et son petit couteau...

La Maison des Sévices
Takashi Miike

La maison des sévices
La maison des sévices
Au Japon, un étranger recherche la femme qu'il aime sur une île-bordel qui révélera un secret terrifiant.

Les spectateurs de 3...Extrêmes avaient pu juger de l'indéniable talent de Miike pour le moyen-métrage : son sketch était alors non seulement un des plus esthétique mais aussi le plus intéressant des trois que comprenait l'anthologie. Constat identique pour la Maison des Sévices, qui est un segment à l'intrigue fouillée -quoique franchement nébuleuse- mais aussi d'un grand travail visuel. Vendu sur sa relative indépendance ( Miike ayant préféré faire le film chez lui, plutôt que de tourner à Vancouver avec l'équipe dédiée) mais aussi sur sa violence graphique (l'épisode s'est trouvé interdit de diffusion aux USA), La Maison des Sévices se révèle à nous comme un jeu de l'oie onirique, traversé d'images à la beauté stupéfiante. Une beauté qui cohabite avec la noirceur abyssale du segment, à l'image de cette poétique promenade en barque, au clair de lune, qui révèle peu à peu la présence de cadavres boursouflés flottant de-ci de-là. La meilleure représentation de ce qu'est la Maison des Sévices est sans doute la prostituée défigurée lui servant de narratrice : difforme et fascinante. La choisir, c'est pénétrer dans une aventure étrange où le vrai et le faux s'entremêlent, c'est côtoyer un enfer de la douleur que n'aurait pas renié Clive Barker et plus que tout, c'est gratter dans les travers humains les moins avouables. Violences conjugales, incestes, avortements et tortures ponctuent ce petit calvaire vers le Golgotha de la vérité, à la violence psychologique pourtant bien plus percutantes que celle, plus graphique, dont la censure a fait ses gorges chaudes.

La Maison des Sévices, qui avait franchement tout pour être un sans-fautes. Le problème c'est que Miike en fait gentiment trop. La fin du sketch, son point d'orgue, est par exemple en totale rupture avec le ton très solennel de l'ensemble, et devrait faire tirer une larme (de rire ?) aux nostalgiques de Basket Case. Et puisqu'on ne peut visiblement parler de l'un des réalisateurs japonais les plus controversés du moment sans évoquer sa propension au trash, parlons en, donc. Moins dérangeantes et moins présentes que le supposaient leurs sulfureuses réputations, ces scènes tant montrées du doigt auraient tendance à desservir le film plus qu'à le soutenir, le faisant quitter brutalement son atmosphère flottante pour tomber dans l'exploitation la plus vile. Et si l'on aura du mal à ne pas détourner les yeux devant le supplice (chinois ?) des aiguilles sous les ongles, il n'y a décidément pas de quoi se fouetter un chat. La Maison des Sévices méritait une meilleure réputation que celle de ces scènes surestimées. D'autant que de l'anthologie Masters of Horror, ce segment est sans conteste un des plus audacieux, car, tout en étant l'adaptation d'un roman, il s'inscrit pleinement dans l'oeuvre de Miike. Il ne serait ainsi pas inintéressant de faire un parallèle entre La Maison des Sévices et la Boite, "l'autre" court de Miike sur 3...Extrêmes, qui exploite la même thématique.

La présence de Takashi Miike dans les Masters of Horror ressemblait à une drôle de blague. La Maison des Sévices, surprenant et unique, est la nouvelle preuve d'un petit malentendu entourant le réalisateur, hâtivement catalogué comme un faiseur juste bon à jouer avec le sang et le sexe, avis motivé, il est vrai, par une poignée de films haut en couleur ne semblant exister que pour faire l'apologie de la décapitation et des pratiques sado-masochistes. Sous les pavés, la plage, sous l'hémoglobine, l'histoire...

Liaison Bestiale
Lucky McKee

Liaison bestiale
Liaison bestiale
Ida Teeter, une entomologiste malheureuse en amour compense sa vie affective désastreuse dans sa passion pour les insectes. Jusqu'au jour où elle se noie dans le regard troublant de Misty, une ravissante jeune femme. Timide mais entreprenante, elle l'invite dans son appartement où vivotent des dizaines d'insectes, dont un spécimen inconnu qui s'est échappé de son bocal. Lesbien raisonnable ?

(cette critique dévoile la fin du sketch)
Ah, haha ! Il nous faisait bien poireauter, Lucky McKee, depuis May. All Cheerleanders Die étant invisible et The Woods ne parvenant pas à traverser l'Atlantique (à l'heure où cette critique est écrite bien sûr, salut à toi lecteur/lectrice de 2030), il n'y avait jusqu'à présent aucun moyen de juger pleinement du talent de ce jeune réalisateur prometteur. Liaison Bestiale est à la fois un soulagement et une nouvelle frustration. Si le sketch est on ne peut plus réussi et accrocheur, il n'en dégage pas moins une légère impression de redite par rapport à May, soit le sentiment très clair que Lucky McKee se repose sur ses acquis plutôt que de prendre des risques. Comme dans son précédent film, nous retrouvons en effet Angela Bettis, femme un peu névrosée qui aime les femmes avec plus ou moins de bonheur. Si il y a plus désagréable que de la voir filer le parfait amour avec la très craquante Misty Mundae (égérie des productions comico-lesbiennes Seduction Cinema, ici planquée sous son vrai nom, Erin Brown), le déjà-vu s'installe, même si Ida Teeter est un personnage ayant plus de poigne que la frèle May. Une redondance de caractérisation doublé d'une redondance thématique (l'amour, la différence, l'affirmation de soi) qui heureusement ne gâchent pas le bonheur que procure ce sketch macabre et déjanté. Car, contrairement à May cette fois-ci, l'ambiance de Liaison Bestiale n'est pas qu'à la mélancolie. Plages d'humour et instants dramatiques s'y succèdent brillamment, jusqu'à adopter un ton légèrement surréaliste tout à fait à propos. Mais le propos n'est pas ici les tribulations amoureuses de deux femmes marginales, encore que ce simple axe scénaristique aurait pu se suffire à lui-même, mais bien une pure histoire fantastique, dans la lignée de ce qu'aurait pu tourner un Cronenberg qui aurait retrouvé le sens du rythme -petite pique à notre ami Otis-. La bête de la laison du titre français (le Sick Girl original est autrement plus ambigu), c'est l'insecte échappé. Un insecte qui pique la compagne d'Ida Teeter, au point de déclencher chez elle une étrange métamorphose. Cet insecte, c'est le moyen pour McKee d'entrer de plein pied dans le genre qui nous intéresse ici, mais aussi de jouer avec la symbolique. Que dire de cette scène où Misty rêve que l'énorme bestiole arachnoïdienne lui perfore le bas ventre avec son dard turgescent ? La fin du sketch est également éloquente, alors que nos deux femmes, fécondées toutes deux par l'insecte mystérieux, connaissent la joie de la grossesse dont leurs sexualités devaient, à priori, les priver.

Malgré quelques réserves, le contrat est rempli pour Lucky McKee, qui affirme son style particulier, parfaitement en phase avec cette histoire de mutation et de passion saphique. Sorte d'en-cas en attendant The Woods, Liaison Bestiale confirme que Lucky McKee est indéniablement un nom à suivre.

La Survivante
Don Coscarelli

La survivante
La survivante
Ellen tombe en panne sur une route déserte et se voit confrontée à un tueur. Rompue aux techniques de survie, elle ne se laissera pas traquer si facilement.

Don Coscarelli n'est pas vraiment un jeune réalisateur, la saga Phantasm ayant débuté à la fin des années 70, mais c'est un réalisateur rare. Tourné en 2002, Bubba Ho Tep, ahurissante histoire d'un Elvis du troisième âge sauvant sa maison de retraite d'une momie, était déjà une sorte de come-back et, après Phantasm IV, une manière de s'affranchir enfin de la saga du croque-mort tueur. Chassez le naturel, il revient au galop, après avoir passé sa carrière à tourner des suites de Phantasm et de Dar L'Invincible, Coscarelli semble vouloir s'atteler à un Bubba Nosferatu. Il y a des réalisateurs qu'on croirait maudits. La Survivante fera, espérons-le, exception à ce cercle infernal, encore que ce moyen-métrage soit suffisamment riche pour mériter une rallonge. Les amateurs du cinéma de Coscarelli ne seront pas dépaysés face à La Survivante, à qui le réalisateur appose sa patte inimitable : un rythme flottant, quelques fulgurances visuelles (ici, un plan superbe montrant le tueur bondissant face à la lune) et une atmosphère particulière transformant le moindre bout de route en un lieu irréel et inhospitalier. Pur survival où femme à première vue fragile passe de proie à furie, La Survivante ne tire pourtant pas tout son intérêt de son seul concept. Contre toute-attente, les scènes qui fascinent réellement sont celles traitant, justement, du passif d'Ellen. Construite en flash-back s'inscrivant parfaitement dans l'intrigue principale, la vie d'Ellen avant l'incident est une lente descente aux enfers, qui la conduira malgré-elle à s'endurcir et combattre -de façon plutôt hardcore, il est vrai- sa condition de femme soumise. En cela, Ellen est moins une survivante face à ce tueur défiguré qui tue tout sur son passage qu'une survivante de la vie.

Oeuvre à double lecture, entre le drame et le film de genre, La Survivante ramène, tant formellement que thématiquement, à Bubba Ho-Tep et à Phantasm. Coscarelli dans ses oeuvres donc. Plaisir supplémentaire, la présence d'Angus Scrimm dans une impayable prestation de vieillard ronchon amateur de Dixieland. Vous ne regarderez plus le Tall Man de la même façon...

La Cave
William Malone

La cave
La cave
Lycéenne marginale, Tara se fait kidnapper en rentrant des cours...

La Cave, c'est un peu la surprise imprévue, le sketch inattendu, le cheval sur lequel on aurait pas misé un kopeck et qui remporte la course sans crier gare. La faute à William Malone, sacralisé ici maître de l'horreur alors que sa filmographie était jusqu'à présent à peine digne d'intérêt. La Cave change pourtant la donne, dévoilant un metteur en scène tout à fait capable de développer un univers visuel, d'instaurer une ambiance et de donner vie à des personnages bien trempés. Pour autant, il n'y a pas grand chose à dire sur la Cave, si ce n'est une douloureuse réflexion sur la perte d'un enfant à mettre en exergue. Peut être que le plaisir de son visionnage vient de Tara, une héroïne plus humaine et surtout plus maline que le tout venant. Peut-être vient il de l'aisance avec laquelle William Malone passe du thriller au film de démonologie, avant de friser l'onirisme avec brio. Peut être enfin, ce plaisir vient-il de l'atmosphère étrange et mélancolique qui nous happe dès que Tara entre en scène. La réussite tient à peu de chose parfois, il suffit que l'alchimie entre les éléments fonctionne. Simple et efficace, La Cave montre également la maîtrise technique de William Malone, qui sans renier son style -qui reste un peu "énervé"- l'adapte parfaitement à son histoire, ne perdant ni en émotion ni en impact. Ajoutez à cela d'élégants partis-pris esthétiques -des flashbacks en noir et blanc rappelant les films muets- et voilà que William Malone devient un réalisateur à suivre.

Avec son segment sombre, un peu poétique et un brin gothique, William Malone ne fait pas qu'étonner : il s'impose comme une vraie révélation dans une anthologie servant avant tout de vitrine à quelques personnalités confirmées. Sa réussite en devient une prouesse, qui fait guetter l'après Masters of Horror avec une certaine impatience. Qui l'eut cru ?

La Danse des Morts
Tobe Hooper

La danse des morts
La danse des morts
La Terre, après l'Apocalypse. Un mystérieux gang de motards. Une boîte de nuit étrange. Et une jeune fille qui tombe amoureuse de la mauvaise personne...

Carbonisé auprès de la critique et de la plupart des spectateurs suite à sa carrière discutable, Tobe Hooper avait beaucoup à gagner de sa participation aux Masters of Horror. Son noyau de fans attendant pour sa part que le réalisateur légendaire revienne au meilleur de sa forme -car Hooper a beau avoir pondu Mortuary ou Crocodile, ça n'en reste pas moins une légende-. Pas de chance, La Danse des Morts, mise en image d'un scénario de Matheson fils adapté lui même de Matheson père, a très vite récolté le sort peu enviable de pire sketch de l'anthologie. Pas bien encourageant. Est-ce une nostalgie génératrice d'oeillère ou une sympathie provoquée par cette avalanche de quolibets ? Toujours est-il que, même si cette opération a tout du festin de miettes, il convient de rétablir la balance et de défendre un tantinet La Danse des Morts, devenu, ni à tort ni à raison, une bouse irrécupérable par effet de la rumeur. Il faut en effet reconnaître à Tobe Hooper le mérite d'un sketch sombre et déstabilisant à plus d'un titre. Déstabilisant de par son fond, de loin l'un des plus riche de la série. Sorte de Roméo et Juliette sauce glam-rock, La Danse des Morts construit un univers nihiliste, ravagé par une catastrophe dont on devine les conséquences petit à petit, avant de bifurquer vers un axe narratif bien glauque qu'il serait dommage de dévoiler ici. Segment délicieusement noir rempli de gens malades ou désabusés et fresque de science-fiction s'inquiétant autant de la recherche du profit que des dérives du divertissement, La Danse des Morts se permet même de verser dans le drame sordide lors une scène d'exécution de zombies provoquant une empathie inattendue pour lesdites créatures. Déstabilisante, ce petit film l'est aussi par sa forme. Hooper, qui a toujours été un réalisateur plutôt classique quoique innovant, semble ici se lâcher complètement et joue avec l'image et le montage. Mise en scène épileptique, effets de styles abrupts, tout est là pour cueillir le spectateur au moment où il l'attend le moins et lui faire perdre ses repères. Une volonté compréhensible de créer un malaise permanent et une idée en totale concordance avec le propos tordu du film. Pourtant, c'est aussi ce qui va contribuer à le perdre. Car dans la Danse des Morts, problème il y a et ce problème est une sorte de flottement narratif assez méchant, faisant que le sketch n'est que très rarement intéressant à suivre. Cela peut paraître incompréhensible compte tenu de ce qui a été résumé plus haut et pourtant, la Danse des Morts frise l'ennui poli. Du coup, la réalisation déglinguée de Hooper fait rapidement office de cache-misère et entraîne le tout vers le bas. Si la fin est intéressante et nerveuse, le mal est fait...

Vilain petit canard des treize épisodes, La Danse des Morts s'avère nettement moins mauvais que prévu. Il partage néanmoins la palme du sketch le plus faible de l'anthologie. Un Robert Englund impeccable et une poignée de scènes franchement réussies lui permettront peut être une nouvelle réhabilitation, loin de l'agitation qui a entouré cet événement tant télévisuel que cinématographique, voire, à s'imposer comme une preuve paradoxale du talent de faiseur d'Hooper qui montre ici qu'il pourrait sans peine s'adapter aux canons du clip qui nourrissent, de façon souvent désespérante certes, ceux de la réalisation actuelle. En résumé, Tobe Hooper est un vétéran qui s'adapte, à qui il ne manque désormais que la faculté de bien choisir ses scénarios ou de transcender les mauvais...

Les DVD

Comme dans la première fournée de Masters, Universal a fait les choses en grand, en gavant chaque DVD de suppléments (commentaire audio, documentaire, petit making-off, scénario à lire et partie Rom), dont les plus intéressants sont ceux revenant sur la carrière du réalisateur concerné. Si ces derniers modules souffrent d'une légère propension à la langue de bois et à la béatitude, ils sont toujours prompts à dévoiler des trésors appréciables, notamment concernant Lucky Mc Kee et Don Coscarelli. Pour le premier, nous avons droit à un inestimable retour sur All Cheerleaders Dies, introuvable incunable se révélant à nous dans toute sa splendeur de Z gore et rigolard. Pour Coscarelli, qui au fil de son interview apparaît comme une sorte de Sisyphe du cinéma, condamné à user Phantasm jusqu'à la corde, l'inédit est moins percutant, mais tout de même : Marc Singer, inoubliable Dar l'Invincible, vient tailler le bout de gras et évoquer ses souvenirs du tournage de ce film d'Heroic Fantasy peu commun. Oh, un courant d'air... probablement notre ami Gyzmo (ça balance, ça balance !) qui file s'acheter le DVD en double exemplaire.

Pour Takashi Miike, la donne change. Pas de documentaire Anchor Bay pour l'électron libre, mais un bon vieux making off coupé en deux parties : l'Empreinte du Maître et Beauté imparfaite. Si l'occasion est belle de voir Miike au travail, les deux reportages se révèlent rapidement ennuyeux, malgré leur indéniable richesse. D'autant plus rageant, que non content de trouver enfin un rôle n'exploitant pas son inquiétant faciès, l'acteur Billy Drago y a son mot à dire et que les essais d'effets spéciaux sont assez amusants.

Image et son impeccables, avec choix entre la VO et la VF, elle même 5.1 ou DTS.

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