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Masterchef

Depuis la semaine dernière, c'est la rentrée. Pour bien se démarquer, TF1 a mis les pieds dans le plat en misant sur LE concept tendance du moment : la cuisine.

Depuis la semaine dernière, c'est la rentrée. Pour bien se démarquer, TF1 a mis les pieds dans le plat en misant sur LE concept tendance du moment : la cuisine. L'intransigeance du ninja Demorand
L'intransigeance du ninja Demorand
Car oui, tout le monde le sait, depuis que M6 a imposé Un dîner presque parfait, les gâteaux de mère Denis font recette au point d'imposer des rediffusions indigestes, qui vont au-delà de l'overdose. Ne soyez pas hypocrites : qui n'a pas vu deux fois le même 100% Mag, les promenades intestinales de Bernard De la Villardière sur la plage de Chypre pour Enquêtes exclusives, les concurrents nantais se notant autour d'Un dîner presque parfait ?

Pour cet événement "sans précédent", TF1 a voulu frapper fort et n'a pas lésiné sur les moyens. Affichages publiques, buzz marketing, site internet ultra hype, bandes-annonces télé dignes de l'arrivée imminente d'une saison exclusive des Experts Miami... Tout y est. Reprenant le concept d'une émission anglaise qui cartonne sur la BBC depuis les années 90, Masterchef veut donner une double claque à l'audimat. 18 000 candidats venus de toute la France s'affrontent pour obtenir le titre suprême. Objectifs ambitieux : changer de vie, suivre des cours de cuisine dans une école prestigieuse,  bénéficier d'une publication assurée pour son premier livre de recettes et ouvrir son propre restaurant avec un chèque de 100 000 euros.  Avec une telle somme, n'espérez pas ouvrir un palace étoilé au MGM Grand de Las Vegas comme Joël Robuchon, mais un petit restaurant sympa où vous ferez des quiches lorraines qui feront pâlir de jalousie toute votre région.

Mais n'est pas roi des fourneaux qui veut... Et le jury est là pour le faire savoir ! Brushing impeccable et le costard cravate bobo,  le chroniqueur culinaire Sébastien Demorand s'impose directement comme le personnage le plus emblématique, juste et irritant de Masterchef. Le frère de Nicolas prouve qu'il a la verve facile et la réplique cinglante entre deux « ah putain, elle est bonne cette connerie ! », lâchés par ses confrères. Excellent connaisseur, conscient des mécanismes et de la rigueur nécessaire pour exceller dans la profession, l'homme allie justesse du goût, jeux de mots et critiques journalistiques surjouées. La sauce parfaite pour pimenter l'émission, mais sans jamais déraper vers la condescendance. Collectionnant les étoiles de l'excellence, Yves Camdeborde et Frédéric Anton sont quant à eux de véritables grands chefs dont les plats ont fait exploser les palais les plus prestigieux. Authentiques, les deux cuisiniers demeurent modestes face à leurs triomphes quotidiens et expriment sans détours leurs avis tout en restant abordable.
Seule Carole Rousseau, endimanchée comme un jour d'enterrement, fait preuve d'une figuration à l'inutilité exemplaire. 

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Impossible de raconter des salades
Que dire du casting si ce n'est que TF1 donne l'impression de le faire en live plutôt qu'en backstage ? On ne crache pas sur l'authenticité des candidats et surtout leurs plats qui nous donnent véritablement l'eau à la bouche. Face à l'assiette de nouilles en guise de  plateau-télé, le spectateur entend son ventre crier famine. Problème : au vue du nombre important de prétendants, difficile de connaitre la recette de leurs succès en dehors des "hum" et des "délicieux" du jury. Attendons que les caméras se rapprochent des finalistes pour voir si la donne change. 
A noter que plus la sélection est rude, et plus les personnes sélectionnées donnent l'impression de répondre à des critères imposés par la production, notamment celle de l'âge. Est-ce une poignée de retraités amers recalés à l'épreuve de l'épluchage d'oignons qui donnent cette impression ou la réalité ? Est-il crédible qu'une équipe mal organisée ayant préparé un plat en 1h15 puisse remporter les épreuves de rattrapages au même titre que celle qui à fait un excellent menu en 2h00 ? Nous verrons bien. Dans tous les cas, même si la discipline militaire s'impose, le jury privilégie la subtilité du goût avant tout.

Niveau concurrence, le vaste complexe accueillant les candidats présélectionnés fait aussi froid dans le dos qu'un concours national de grandes écoles. Exit la convivialité de M6. La production opte pour un esprit compétitif à grande échelle ressemblant étrangement à A la recherche de la nouvelle star, en pire. Ici, pas de musique pour détendre l'atmosphère. Maîtrise impérative des bases et créativité sont de mise dans ce silence hachuré par le bruit des couteaux mordant les planches de travail. Certains challenges sont impossibles à remplir : personne n'a réussi à écrire 23 mots pour donner la recette du boeuf bourguignon de Camdeborde en 45 secondes. Le processus des éliminations est parfois maladroit : l'immunité des candidats ayant identifié le plus de saveurs est valable deux tours. De quoi empêcher ces derniers de relever des défis tous aussi indispensables pour devenir le gérant d'un restaurant.

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Vaste local frileux où les esprits vont s'échauffer
Masterchef s'avère être un programme intéressant, qui donne envie de dépoussiérer notre cuisinière pour essayer à notre tour de jouer avec les saveurs. Seule ombre au tableau, l'addition salée encourageant la sur-médiatisation de l'événement et la surenchère du programme pour que la chaîne puisse rentabiliser un investissement humain et financier très important. Alors qu'un prime-time serait largement suffisant, TF1 insiste pour que la grande bouffe se poursuive au-delà de minuit en proposant un Masterchef se met à table qui ne sert strictement à rien. Si ce n'est attirer l'attention des bonnes poires égarées qui ont préféré regarder Bones en première partie de soirée.

Il serait cependant de mauvaise foi de ne pas souhaiter bonne chance à l'équipe pour trouver son public. Croisons les doigts pour que la sauce ne tourne pas au vinaigre.

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6 commentaires

  • Anonyme

    20/08/2010 à 14h17

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    Koh Lanta + A la recherche de la nouvelle star = MasterChef.

    Un ton agressif de la part d'un jury (Critique gastro.) pontifiant, pompeux, pédant, suffisant, voulant exister (pour lui aussi ce doit être la chance de sa vie), une prétention et une attitude digne d'un Philippe Manœuvre. Attitude des vrais professionnels beaucoup plus modérée.

    Un suspense tellement suranné que tout est visible 10' avant (exemple le rattrapage de fin d'émission).

    Un casting panélisé, des logiques incompréhensibles, une mise en scène affligeante :

    - 18 000 postulants castés par téléphones et non castés en réalité face à un jury et donc pas 18 000 candidats. 80 personnes/Jour à Marseille par exemple ramènent à 8 mois de casting, je pense que Frédérique Anton à tenu son rang de Chef du Pré Catelan pendant ce temps.

    - 4 villes = 25 candidats par ville. Pourquoi 20 à Paris.

    - Pas de Lyon capitale de la gastronomie ???

    - Rattrapage à Marseille d'une candidate, pas ailleurs, pourquoi elle ?

    - Pas de Professionnel(le)s ou ancien Pro. (Doutes de F.ANTON dans l'émission) ????

    - C'est le plat qui est tout d'abord jugé ou la "personnalité" ? Exemple la jeune femme Bruxelloise acceptée alors que les 3 jurés ne finissaient pas de critiquer sévèrement son plat de Chicon.

    - Scénariser la dégustation avec ces regards déifiant "je suis le maître et j'ai le pouvoir de dire Oui".

    - Une tension immédiate qui ne s'exerce plus, aujourd'hui, dans les jurys d'examens auxquels j'ai participés (Etudiant, puis Jury) avant le début, nous tentons d'abord de détendre la/le candidat.

    - Question bête : Au début de l'émission TF1 nous explique que les candidats sont ici pour changer leur vie et évoluer vers la restauration. OK !! Alors pourquoi faire systématiquement la demande à tous les candidats qui inexorablement répondent la même chose : "Je veux faire carrière dans ce domaine". Drôle d'entendre : La restauration ? Moi non, je ramasse les 100000€ et je repars d'où je suis !!

    - Un casting de tempéraments afin que cela clash, Le "Barman Champion du Monde de Cocktail" et "Cerise de Toulouse" ou "La petite Bruxelloise" par exemple, j'ouvre les paris.

    - Trop long, trop de poncifs.

    - Une dernière chose, non-représentativité dans les 70 restants : Asiatiques, Nord-Africain(e)s ????

    Par contre, des nanas pas mal, des jeunes, peu de ménagères de + 50 ans et oui, le but de la manœuvre (sans jeux de mots avec Philippe M.) et de créer son restau. Les personnes retraitées ne font pas partie de cet avenir !!!

    Bref, j'ai appuyé sur la touche 1, j'ai vu, j'ai compris, je ne reviens plus.

  • gyzmo

    26/08/2010 à 22h48

    Répondre

    A moins d'être dans les petits papiers de madame Soleil, difficile de se prononcer définitivement sur cette émission. Mais bon sens ! Quand est-ce qu'ils cuisinent VRAIMENT ces candidats ??? Entre les courses interminables et soporifiques, les épreuves de pacotilles (confectionner une ouiche, faire une mayo, couper un oignon, qu'est-ce qu'on en a à faire, sérieux !), les suspens ridicules et les jury m'as-tu vu, y'a pas grand chose d'impressionnant à se mettre sous la dent. A des lustres de Top Chef ou des Combats des Régions. Pourtant, le premier épisode était prometteur - tout en misant un peu trop sur le superficiel (les délibérations à ralonge). J'espère qu'on aura droit à un peu plus de fourneaux et d'originalité. Parce que pour ce second opus, ça vole de moins en moins haut, niveau gastronomie alléchante et imaginative...


     

  • gyzmo

    27/08/2010 à 00h01

    Répondre

    Ah et j'oubliais ce qui me semble le plus important : sur 2h15 d'émisssion, à peine 25mn consacrées à la "cuisine". Une bien étrange façon de surfer sur un phénomène en vogue - celui de la gastronomie made in petits chefs, en parlant et montrant le moins possible l'objet qui pourtant fait tout l'attrait de ce genre de concept (pour les fins gourmets, il va s'en dire). Y'a que Tf1 pour aborder le sujet d'une manière aussi peu intéressante, en fon de compte. Pourvu que ça s'arrange par la suite^^

  • Anonyme

    09/09/2010 à 22h46

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    Avis sur Masterchef

     

    Comment se fait-il que personnes n’ai pensé à décerner les trois étoiles de la nullité à ces trois pseudos animateurs, comble de l’arrogance, de la condescendance, il faut vraiment trouver des personnes en manque de masochisme pour se livrer à cette émission ! , Une règle simple et pourtant millénaire a fait avancer le monde jusqu'à présent, celui qui connaît apprend à celui qui souhaite apprendre, et cela s’applique bien évidemment à la cuisine, mais là, non, non, celui qui sait traite celui qui souhaite apprendre comme le dernier des abrutis !


    C’est une honte de se moquer, d’humilier tous ces gens de cette manière mais c’est une honte aussi de se laissé moquer et humilier de cette façon !

    Jusqu’ou seront prêt a allé certaines personnes pour participer à ces émissions, je propose un nouveau concept d’émission, un nettoyage de WC à la  brosse à dents d’une caserne de légionnaire, animé par Laurence BUCCOLINI.

  • gyzmo

    09/09/2010 à 22h58

    Répondre

    Il est vrai que le jury est particulièrement - et de plus en plus, exécrable. Tout comme la tournure des évènements de ce "concours" de celui qui s'écrasera le mieux...

  • hiddenplace

    09/09/2010 à 23h07

    Répondre

    ... et de celui qui écrasera le mieux l'autre aussi. (cf prochaine épreuve : l'équipe devra choisir ensemble son pire élément qu'elle devra éliminer. Même plus besoin des 3 jurés fouettards pour s'auto/ s'inter-flageller)


    Sinon on a beau critiquer Cyril Lignac qui a fait de la cuisine de la télé réalité à la portée de tous (après tout pourquoi pas, d'ailleurs), au moins lui il considère que l'apprentissage de ce domaine est un partage et une recherche de créativité. (cf Le dîner presque parfait, le combats des régions, où pdt les épreuves avec les chefs, il commence par valoriser le candidat et son plat avant de trouver les failles.)


    Sans compter que l'on voit assez rarement ce qu'il y a dans les assiettes préparées par les candidats (quant à voir carrément la préparation en elle-même, on peut encore plus rêver) et que les rapports logiques de conflit et de compétition sont mis en avant comme une baston de cour de récré, on se demande encore si on parle toujours d'émission de cuisine.

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