5/10

Maître du Zodiaque (Le)

Une saga estivale honorable.

Il y a deux ans, ils étaient 10,8 millions en moyenne devant leur poste de télévision à suivre Claire Keim et Francis Huster sur la piste du Zodiaque, un terrifiant tueur en série. Cet été rebelote, Le Zodiaque a beau être derrière les barreaux, son "maître" est bien décidé à perpétuer son oeuvre avec l'objectif affiché d'aider TF1 à réitérer son succès de 2004.

Vierge ascendant Guigne

Esther Delaître n'a pas de chance. Deux ans auparavant, son frère jumeau, Mathias Rousseau, semait la terreur à Aix en Provence. Actuellement consultante en astro-criminologie pour le bureau new-yorkais du FBI, Esther s'apprête à revenir témoigner au procès de son frère.

Juste avant de quitter son Amérique d'exil, Esther reçoit un coup de téléphone de sa mère qui l'exhorte à ne pas revenir sinon "tout recommencera". Esther revient. Et tout recommence.

My serial-killer is English...

(© TF1)
(© TF1)
... ou plutôt américain. Visiblement, les scénaristes du Maître du Zodiaque se sont fortement inspirés de leurs homologues d'outre-Atlantique*. Ca s'énerve, ça jure, ça tue des petites filles et des adolescentes. Le traitement des personnages se garde de tout manichéisme, le gentil policier n'hésite pas à faire des entorses à la Loi tandis que le Zodiaque se révèle n'être qu'un pauvre homme conditionné, enfin l'héroïne à l'allure d'une poupée dépressive. Au niveau du déroulement narratif, on a même droit à des transitions stylisées, des flashbacks et des cliffhangers finaux qui font mal une semaine entière.

Parmi les références perceptibles, il y a d'abord le roman de Jean-Christophe Grangé, Les Rivières Pourpres, où Le Maître du Zodiaque puise son histoire d'université qui cache de lourds secrets, et ensuite Elephant de Gus Van Sant, Palme d'or et Prix de la mise en scène à Cannes en 2003, à propos de la fusillade du lycée de Columbine, lors d'une scène de carnage en milieu scolaire.

Si on s'arrête là, c'est plutôt surprenant pour une fiction de l'été, type de programme au style lézardant. Mais, il y a un élément manquant, fondamental pour accrocher à 100% : un jeu d'acteurs de qualité.

(© TF1)
(© TF1)
Pour s'en rendre compte, il faut voir Claire Keim tenter d'incarner un agent consultant en astro-criminologie pour le FBI. Trop jolie et trop lisse pour être crédible dans son rôle de femme forte, la Madame Soleil de l'été de TF1 se fait éclipser par Natacha Lindinger, interprète du torturé capitaine de gendarmerie Eva Trammel. L'autre héros, le commissaire Keller, sue le monolithe en costume noir. Francis Huster passe totalement au travers de sa variation borderline d'un Jack Bauer frenchy. Et lorsque l'humoriste marseillais Patrick Bosso essaie de jouer un rôle sérieux, on pouffe doucement...

Le Maître ?

Néanmoins, malgré le jeu des acteurs, il faut concéder que Le Maître du Zodiaque est une fiction agréable aux rebondissements éculés mais bien huilés. De plus, avoir déplacé l'intrigue d'Aix en Provence à Evian, près de la frontière suisse, apporte un changement indéniable qui frôle l'exotisme dans un genre habitué à la moiteur de la French Riviera.

Les habitués des séries de l'Oncle Sam devraient sourire, cependant, dans une perspective franco-française, Le Maître du Zodiaque surprendra avec ses personnages non manichéens, son rythme effréné et ses situations chaotiques pour être au final considéré comme une saga estivale honorable.

* A noter que le Zodiaque lui-même s'inspire de l'affaire du "Zodiac killer", un tueur en série qui a fait 37 victimes à San Francisco entre 1966 et 1978. Le cas reste non élucidé. David Fincher (Fight Club, 1999) vient d'en tirer un long métrage. Sortie française prévue le 21 février 2007.

A découvrir

Dancing show

Partager cet article

A propos de l'auteur

    0 commentaires

    Participer à la discussion

    Nous nous réservons le droit de ne pas publier les commentaires qui ne nous semblent pas appropriés (netiquette, loi, point godwin, imbécillité profonde, etc.). Et ne venez pas crier à la dictature !

    Vous allez commenter en tant qu'invité-e :

    Krinein Médias, ou comment parler des séries TV, qu'elles soient américaines, françaises ou d'ailleurs, avec une certaine intelligence (rien que ça). Mais la critique touche aussi les émissions de la télévision, les magazines, la radio...

    Rubriques