7/10

Jack, le vengeur masqué

En 2000, Bruce Campbell se voyait offrir une nouvelle occasion de soutenir une série télé sur ses épaules. Bide derechef. Dommage, le divertissement était honorable.

Après avoir été la vedette d'une série à la vie courte en 1993 (Brisco County), Bruce Campbell a joué les utilités pendant quelques années dans Hercule et Xéna, produits par ses potes Sam Raimi et Robert Tapert. En 2000, le duo propose à Bruce d'être le personnage principal d'une nouvelle série : Jack of all trades. Dans un esprit comparable à celui de Brisco County, avec plus d'humour et d'allusions sexuelles (les mœurs ont évolué en sept ans). Avec ses 22 épisodes, néanmoins, la série atteste que le succès n'a pas plus été au rendez-vous... surtout pas en France, où sa diffusion a été honteusement confidentielle.

Dans les années 1800 quelque chose, Jack Stiles (Bruce Campbell), espion au service de Thomas Jefferson, est envoyé sur l'île de Palau Palau (Pacifique Sud) pour s'assurer que la mainmise que la France y exerce n'est pas une menace pour les USA. Une fois sur place, il doit faire équipe avec la britannique Emilia Smythe Rothschild (Angela Dotchin) : leurs divergences de caractères n'empêcheront pas les deux agents de ressentir une irrésistible attirance mutuelle. Leurs missions consisteront généralement à s'opposer au régime français local, une tâche dont Jack s'acquittera en endossant le masque et la cape d'une légende locale : le
‘Daring Dragoon'...

Sorti de l'intrigue apparentée à une gentille parodie de Zorro transposée aux Caraïbes, la particularité de Jack of all trades est bien entendu la présence inimitable de Bruce Campbell : porté par un sens de la comédie qui sied parfaitement au ton loufoque de la série, Bruce a la chance d'être associé à une partenaire doué d'une répartie comparable à la sienne. Dans un duo comique qui rappelle ceux de Clair de Lune ou Remington Steele, Jack et Emilia sont employé et employeuse, le premier n'hésitant pas à user de toute sa lourdeur pour faire comprendre à la deuxième qu'il aimerait qu'elle soit sa maîtresse au sens propre. L'univers dans lequel les deux zouaves évoluent n'est pas régi par le même mélange des genres que Brisco County, mais privilégie plutôt le burlesque anachronique, dans les situations comme dans les dialogues. On appréciera également l'idée cocasse de confier le rôle de Napoléon à Verne Troyer, le Mini-Me de Austin Powers... Peut-être une telle insolence est-elle la raison de la quasi-absence de la série des écrans français, les diffuseurs craignant le manque d'humour de leurs spectateurs ! Pourtant, il y a matière à se bidonner copieusement en compagnie de Jack : le voyage sado-maso chez le Marquis de Sade, le mariage forcé de Emilia et Napoléon perturbé par un Bruce Campbell déguisé en belle-mère envahissante... Le rire est souvent gras, les gags un chouïa répétitifs, mais le niveau reste globalement satisfaisant, notamment grâce à un format ‘sitcom' de 25 minutes, qui permet aux gags et à l'action de s'enchaîner à un rythme soutenu. Les fans
attentifs de Braindead s'amuseront d'un détail de casting concernant deux personnages récurrents : Stuart Devenie (le gouverneur Croque) et Stephen Papps (le capitaine Brogard) jouaient tous les deux le rôle du curé dans le film de Peter Jackson : le premier sous sa forme vivante (« au nom du Seigneur, je vous botte le cul ! »), et le deuxième dans sa version zombie.

Rigolote et entraînante, cette nouvelle tentative de Bruce Campbell de percer sur le petit écran aurait mérité de continuer. Malgré le léger embonpoint que l'acteur commençait à avoir, il restait crédible en aventurier et en séducteur aussi bien qu'en amuseur. Aujourd'hui, il ne lui reste malheureusement plus que la troisième option...

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