7/10

L'incroyable Hulk

Une des meilleures séries télé d'une décennie qui en connut peu de mémorables, et la première adaptation valable d'une bande dessinée de Marvel. Malgré tout, avec le recul, le kitsch y règne en maître.

« Le docteur David Banner, médecin et homme de science, cherchant à canaliser les forces occultes que recèle tout être humain, voit un jour la chimie de son organisme modifiée par une émission trop forte de rayons gamma. Depuis, lorsqu'il ressent une offense ou un choc émotionnel, une saisissante métamorphose s'opère. Bill Bixby dans : L'incroyable Hulk. La créature qu'il devient, animée par la rage, soulève l'inlassable curiosité d'un journaliste. « Monsieur McGee, ne me mettez pas en colère. Vous risqueriez de le regretter. » Avec Jack Colvin et Lou Ferrigno. La créature est recherchée pour un meurtre qu'elle n'a pas commis ; David Banner est officiellement mort, et il doit le rester aux yeux de tous jusqu'à ce qu'il arrive à contrôler la fureur dévastatrice qui sommeille en lui : l'incroyable Hulk. »

Un des génériques les plus bavards de l'histoire de la télévision, accompagné d'images raisonnablement cultes : David Banner tente de changer un pneu sous la pluie, s'énerve, et se transforme en catcheur vert tandis que ses vêtements se déchirent en impeccables bandelettes de 4 centimètres de large. Cette métamorphose cocasse reste d'ailleurs la principale attraction de la série : le massif Lou Ferrigno, vu précédemment dans quelques nanars où il jouait les Sinbad musculeux, cabotine comme un fou dans le rôle de l'incroyable Hulk, aidé en cela par un usage décomplexé du ralenti (certains prétendent n'avoir jamais vu Lou Ferrigno bouger en vitesse réelle). Côté humain, c'est Bill Bixby qui assure le rôle Catch me if you can
Catch me if you can
de David Banner ; on entend d'ici les jeunes lecteurs de la bande dessinée s'insurger, car le personnage s'appelle Bruce ! Les enfants, il faut que vous sachiez que les producteurs de l'époque ont jugé le prénom Bruce « trop gay » (il s'agit peut-être d'une simple rumeur, mais elle est trop drôle pour ne pas être citée). Et le personnage de Batman (Bruce Wayne) n'était pas non plus en odeur de sainteté dans les années 70...

D'une façon générale, la fidélité à la bande dessinée n'a pas été le souci majeur des auteurs. Kenneth Johnson, futur créateur de la série V, a surtout vu dans le personnage une variation de celui du docteur Jekyll, le porteur d'une malédiction qui l'oblige à libérer ses instincts animaux. On remarquera pourtant que le Hulk télévisé n'a rien d'un Mister Hyde : malgré ses rugissements et sa propension à défoncer les portes, il tient plus du gros nounours irréfléchi que de la bête féroce assoiffée de sang. La présence d'un enfant ou d'une femme innocente suffit à l'apaiser, et il ne castagne que ceux qui le méritent (maris violents, politiciens véreux...). Moralement, David Banner n'a pas à rougir de son alter ego, qui lui permet souvent de se sortir de situations épineuses et n'a pas de sang sur les mains. Mais en bon scientifique, il déteste perdre le contrôle, à plus forte raison celui de son propre corps. S'il prend la fuite et se fait passer pour mort, ce n'est Tu es moi.
Tu es moi.
donc pas tant pour éviter la justice des hommes (il n'aurait aucun mal à prouver qu'il ne s'est pas assassiné !) que pour s'éviter la honte d'afficher une infirmité. C'est ainsi qu'il se retrouve perpétuellement sur la route, baluchon sur l'épaule, changeant d'identité et de métier à chaque épisode... Le personnage ressemble plus au docteur Richard Kimble de la série Le fugitif qu'au Bruce Banner de Stan Lee ; l'accent est mis sur l'aspect humain des intrigues, et rares sont les combats opposant Hulk à un ennemi spectaculaire comme dans les bandes dessinées. La formule, bien que s'éloignant du matériau d'origine, fonctionne plutôt bien et s'impose comme l'une des meilleures adaptations d'une bande dessinée de Marvel de 1960 à 2000. La concurrence n'est pas bien rude : quelques séries animées rustiques, une atroce série Spider-man, un pathétique téléfilm Captain America, une production fauchée des 4 fantastiques et un ahurissant Nick Fury avec David Hasselhoff sont les principaux adversaires du géant vert dans ce ring...

La série dure cinq ans, de 1978 à 1983, mais chaque saison est courte. À partir de 1988 cependant, Bill Bixby et Lou Ferrigno rempilent pour trois téléfilms : Le retour de l'incroyable Hulk introduit le personnage de Thor, qui devait avoir droit à sa série (projet annulé, les producteurs n'y croyaient pas) ; Le procès de l'incroyable Hulk (1989) présente Daredevil (eh oui) et le Caïd (interprété par John Rhys-Davies) ; et La mort de l'incroyable Hulk (1990), comme son nom l'indique, met un terme à la saga. Un terme malheureusement prophétique pour Bill Bixby, qui réalise cet ultime téléfilm : il apprendra l'année suivante qu'il est atteint d'un cancer, qui aura raison de lui en 1993. Lou Ferrigno, en revanche, va bien : on l'a vu en guest star dans le Hulk de Ang Lee en 2003, et il apparaîtra à nouveau dans celui de Louis Leterrier qui sortira sur les écrans à la fin du mois. Dans l'esprit du public, Bixby et Ferrigno resteront toujours associés aux personnages de Banner et Hulk, deux faces de la même pièce de monnaie...

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