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L'hôpital et ses fantômes

Le grand hôpital de Copenhague repose sur d'anciens marais qui servaient, jadis, aux blanchisseurs. Le froid et l’humidité sont revenus. Des signes de fatigue apparaissent au sein de cet édifice moderne. Aucun être vivant ne s'en doute encore, mais les portes du Royaume s'ouvrent de nouveau.

« Le grand hôpital de Copenhague repose sur d'anciens marais qui servaient, jadis, aux blanchisseurs. Ils y étendaient de grandes pièces de tissu. La vapeur
Bienvenue dans le Royaume !
qui s'en dégageait enveloppait le lieu d'un brouillard permanent. L'hôpital y fut bâti des siècles plus tard. Les blanchisseurs ont fait place aux docteurs, aux chercheurs, aux plus grands cerveaux et à la technologie de pointe. Pour achever leur œuvre, ils l'ont nommé : Le Royaume. Ignorance et superstition sont bannies à jamais du bastion de la science. L'arrogance et le mépris des forces spirituelles ont peut-être trop duré. Car il semble que le froid et l'humidité soient revenus. Des signes de fatigue apparaissent au sein de cet édifice moderne. Aucun être vivant ne s'en doute encore, mais les portes du Royaume s'ouvrent de nouveau. »

C'est par ces quelques mots gravement énoncés d'une voix monocorde, suivis d'un Riget (Le Royaume en danois) dégoulinant de sang que débute chaque épisode d'une des séries cultes des années 90, L'hôpital et ses fantômes, un nom français sans doute un peu lourd mais largement plus accrocheur que son équivalent anglophone (The Kingdom, à ne pas confondre avec Kingdom hospital le remake scénarisé par Stephen King) et surtout plus évocateur du thème de la série.

Hôpital es-tu là ?

Car, tenez-vous bien, Riget se déroule dans un hôpital, plus particulièrement
Esprit déjectionnel es-tu là ?
dans le service de neurochirurgie du Royaume. Pour qui a travaillé dans un hôpital, le monde hospitalier dépeint dans la série est finalement assez proche de la réalité. Les longs couloirs inquiétants des sous-sols où errent brancardiers et techniciens peuvent être tout aussi longs et inquiétants dans certains de nos hôpitaux français. Les relations entre professeurs, médecins, infirmiers, secrétaires ont aussi un goût d'authenticité loin d'être désagréable. Quant aux chercheurs obnubilés par leurs résultats, prêts à tout pour obtenir la gloire de publier au
Lancet (ah pardon, au Bistouri selon la traduction française), il y a là aussi une part de vérité, certes un poil exagérée. Cet envers du décor nous semble malheureusement largement absent des autres séries hospitalières préférant privilégier les histoires de cœur dans des murs blancs et aseptisés.

Déréliction

Pourtant, chers lecteurs de Krinein, la vraie réussite de Riget ne se situe pas
Hospital of the dead
dans l'aspect purement hospitalier de la série mais plutôt dans l'ambiance que Lars von Trier parvient à installer au long des deux saisons (soit en tout et pour tout, 8 épisodes d'une heure et des bricoles. Au passage on pourra noter que la série est sortie au cinéma sous la forme d'un film de 5h). La couleur sépia, signe du temps qui passe et de la décrépitude qu'on observe déjà dans le générique d'ouverture, associée à des angles de vue gauchis, est l'un des signes révélateurs de la déliquescence qui gagne lentement cet hôpital. Les murs s'effritent, les événements étranges se multiplient et les médecins perdent petit à petit les pédales (mention spéciale à Hook et Helmer qui se transforment radicalement d'une saison à l'autre) : la fin du monde semble proche. Rien n'est alors plus normal que de croiser des francs-maçons, des médiums, des internes effrayés par le sang mais obsédés par les films d'horreur. Des portraits toujours hauts en couleur dans un hôpital qui se démarque largement de la science médicale pure et dure.

Nul doute que Riget hantera le téléspectateur pendant de longues années après son visionnage : les deux plongeurs trisomiques observateurs détachés du monde, l'étrange bébé qui ne cesse de grandir et son accouchement mémorable ou la pauvre Mona enfermée dans son esprit habitent certainement encore de nombreux cauchemars. Même si Lars von Trier parvient dans le même temps à ouvrir Riget à un second degré salutaire par la grâce de personnages attachants comme le gentil brancardier crétin Boulder ou le lunatique professeur Moesgaard.

Et comme le dit Lars Von Trier qui fait un petit discours en clôture de chaque épisode, « préparez-vous à prendre le Bien avec le Mal. »

A propos de l'auteur

Intéressé par beaucoup trop de sujets, nazonfly est en charge de la partie Musique Krinein depuis quelques années. Ce qui ne l'empêche pas de visiter les territoires des livres, du cinéma, des médias et même de sciences et tech.

2 commentaires

  • riffhifi

    08/08/2011 à 14h45

    Répondre

    C'est marrant, le texte n'était pas exactement le même dans la vf (je suppose que le tien provient des sous-titres). J'ai encore en tête les ritournelles : "les murs du Royaume recommencent à se fissurer" et "soyez prêts à soigner une fois de plus le Bien par le Mal"http://television.krinein.com/hopit ... 16823.html

  • nazonfly

    08/08/2011 à 14h53

    Répondre

    Pour le Bien pour le Mal, je me demande en fait s'il n'y a pas une phrase différente entre la saison 1 et la saison 2. Si je n'avais pas rendu les DVD, j'aurais biene ssayé de confirmer

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