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Harsh Realm : Le royaume

Après avoir servi héroïquement à Sarajevo, le lieutenant Thomas Hobbes (Scott Bairstow) retourne aux États-Unis auprès de sa fiancée Sophie (Samantha Mathis). En pleine nuit, l'armée vient le chercher pour lui proposer une dernière mission qui, s'il la menait à bien, lui donnerait les avantages financiers et immobiliers dont il rêve. Cette mission consiste à tuer un certain général Santiago (Terry O'Quinn), qui a pris le contrôle d'un programme militaire de réalité virtuelle nommé Harsh Realm...

A la base Harsh Realm est inspiré d'un comic book du même nom écrit par James D. Hudnall et Andrew Paquette. Tombé entre les mains du célèbre Chris Carter, créateur d'X-Files, Millenium et The Lone Gunmen, la série ne conservera des comics que son histoire de réalité virtuelle. Pour tout le reste, Carter, ses scénaristes, ses producteurs et réalisateurs construiront une oeuvre spécifique et originale.

Rarement à la télévision un pilote de série aura été aussi bien réalisé et captivant que celui de Harsh Realm. Avec une débauche de moyens spectaculaires (explosions, hélicoptères, véhicules militaires, scènes de guerre, effets spéciaux dignes d'un long métrage), de paysages somptueux (couchers de soleil, grandes plaines, forêts denses de Vancouver), une très bonne musique Electro de Mark Snow et une réalisation extrêmement soignée de Daniel Sackheim (effets de lumière, qualité de la photographie, virtuosité de la caméra...), ce premier épisode nous éblouit par sa beauté visuelle et son application. En y rajoutant une histoire de réalité virtuelle sur fond de correspondance sentimentale et de secrets gouvernementaux, Carter créait un véritable chef-d'oeuvre de science-fiction rempli d'action, de tensions, de mystères et de réflexions.
Ces qualités se retrouveront tout au long des 9 épisodes de cette série qui, faute de réelle promotion de la part de la Fox (qui n'y a jamais vraiment cru), sera injustement et stupidement annulée au bout de 3 épisodes. Comme si cela ne suffisait pas, à l'époque, en octobre 1999, Harsh Realm subissait le succès de Matrix qui, sorti à l'été 1999, traitait aussi de réalité virtuelle. En conséquence, le concept de base de la série en devenait beaucoup moins attrayant pour le spectateur. Et pourtant, en aucun cas la réalité virtuelle n'avait été inventée par Matrix et l'écriture de Harsh Realm précédait celle du film des frères Wachowski...

Véritablement inspirée par Tron, Wargames ou encore X-Files, Harsh Realm plante la majorité de son déroulement dans un environnement imaginaire sans limites prédéfinies, ce qui ouvre à une infinité de possibilités scénaristiques. Ainsi Chris Carter, Steven Maeda, Greg Walker, Frank Spotnitz, John Shiban et Steven Maeda nous offrent des histoires variées autour de la trame « tuer Santiago » d'une part et de la relation spirituelle entre Hobbes et sa femme d'autre part.
Accompagné du ténébreux et têtu Mike Pinnochio (D.B. Sweeney), de Florence (Rachel Hayward), une femme muette douée de dons de guérisseuse et de son chien Dexter (dans les 4 premiers épisodes), Tom Hobbes, le prétendu sauveur de Harsh Realm, va vivre des aventures passionnantes remplies de découvertes inattendues. Ensemble, nos héros seront confrontés à des mercenaires peu scrupuleux, plusieurs fois au lieutenant Mel Waters (Max Martini) et à Santiago. Ils devront se sortir de situations délicates: retenus dans une boucle de programmation et dans un camp de prisonniers doté de technologies de répression effroyables. Ils subiront un étrange bug du programme aux conséquences inquiétantes, se retrouveront dans une insurrection d'indiens contre Santiago ou encore entre deux familles qui se battent pour l'appât du gain.
Forts de caractères contrastés, les personnages de Harsh Realm, parfaitement interprétés par leurs acteurs, se compléteront dans leurs différences. L'idéalisme de Hobbes rencontrera souvent le fatalisme de Pinocchio, l'intuition et la tendresse de Florence apparaîtra pour temporiser le tout. De nombreux thèmes seront abordés, tels la solitude, la croyance, l'espoir, l'amitié, l'amour spirituel, la destinée, la liberté, le complot gouvernemental, la guerre, la dictature, la révolution et l'apocalypse.

Après avoir vu le dernier épisode filmé de Harsh Realm, vous serez sûrement déçus par l'absence de vraie fin (au moins un dixième épisode avait été écrit mais n'a jamais pu être produit). Comme explicité plus haut, vous pourrez pour cela remercier la Fox d'avoir détruit de la sorte une des oeuvres télévisuelles les plus intelligentes du XXe siècle. D'ailleurs, c'est très probablement la complexité du propos d'Harsh Realm, son absence de vrais repères et la variété de ses scénarios qui a découragé la Fox de la promouvoir. Quant à l'absence de réactivité des spectateurs américains, on pourra mettre ça sur le compte de leur légendaire difficulté avec les séries réflechies et innovantes.
Heureusement, Harsh Realm fut tout de même diffusée en 2000 dans son intégralité sur The FX network, sortie en DVD Zone 1 en août 2004 et en Zone 2 en février 2005.
Ainsi, tout le monde peut désormais se procurer cette superbe série totalement inconnue du grand public qui séduira les adeptes de Science-Fiction attirés par l'étrange, la réalité virtuelle, l'action et la psychologie.

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2 commentaires

  • Anonyme

    24/09/2008 à 11h20

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    Harsh Realm laisse effectivement envisager une très bonne série. Une sorte de très long (et très bon et très noir) épisode de Sliders dans un univers post-apocalyptique qu'on ne voit décidemment jamais assez à la télé.


     


    Dommage qu'il n'y ait pas de fin décente car effectivement les scénarios des 9 épisodes sont très variés, les acteurs et la photographie plutôt bons (comme pour toutes les séries de Carter) et le propos intelligent.

  • rchoucart

    28/04/2009 à 13h54

    Répondre

    On retrouve beaucoup de X Files dans cette série, du générique à la musique, au propos, sans oublié les indiens.Une série intelligente, qui aurait mérité un peu plus que Neuf épisodes. Quoiqu'il en soit, on reste sur sa faim avec le dernier épisode, pourtant l'avant dernier laissait éspérer une suite digne de ce nom. 

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