3/10

Empire

Soporifique, tire-larmes, rocambolesque, Empire est une série à éviter. Veni, Vidi, Vomi.

Vouloir devenir Empereur, ce n'est pas tous les jours facile... Prenez l'exemple de Jules César, qui en a fait la triste expérience en 44 avant J.-C., lardé de vingt-trois coups de couteaux par une coalition de sénateurs mécontents de ses aspirations et de sa volonté de redistribuer les terres des patriciens à la Plèbe romaine.

© Hallmark Productions Inc.
This is... Tyrannus !!!
(© Hallmark Productions Inc.)
C'est là que débute l'intrigue d'Empire, une mini-série de six épisodes diffusée aux Etats-Unis pendant l'été 2005 par ABC et actuellement sur M6 en ces fêtes de fin d'année. Avant de mourir, César désigne comme héritier son neveu, le jeune Octave et tâche le gladiateur de renom Tyrannus (personnage fictif) de sa protection en échange de son affranchissement. Menacé à son tour par les sénateurs conspirateurs et par Marc Antoine, Octave est contraint à l'exil.

Si historiquement parlant cette période fut riche d'enseignements socio-politiques, le traitement qu'en fait la série réduit ses vertus pédagogiques à peau de chagrin. Dans Empire, César veut simplement le bien du peuple et s'il est divinisé c'est malgré lui. Il n'a aucune velléité à devenir Empereur, non il veut le bien des honnêtes gens par altruisme total, rien de politique là dedans. Autres exemples, Atia devient la soeur de César alors qu'elle en était la nièce, Cicéron n'est pas tué par Marc Antoine puis aussi exit Cléopâtre. Piouf. Shazam ! Disparue.
En clair, si un téléspectateur étudiant souhaite préparer un exposé béton sur la Rome antique en regardant Empire, c'est la bulle assurée...

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Santiago Cabrera et Emily Blunt
(© Hallmark Productions Inc.)
A défaut d'une perspective historique rigoureuse et cohérente, Tom Wheeler, le créateur de la série, a préféré s'attarder sur l'aspect initiatique de la relation quasi filiale entre Octave et Tyrannus. Un tel choix peut être compris s'il est au service d'une intrigue de qualité, malheureusement ce n'est pas le cas. De l'ambivalence d'une époque compliquée et passionnante, Empire en retire un récit manichéen pur où les gentils sont très sympa et les méchants très vilains pour au final ressasser des clichés et stéréotypes autour de situations comme l'amour filial, l'amour impossible ou devenir un homme. L'ensemble a un rythme longuet et surligné avec la grâce d'un sumotori à grands renforts de zooms, de ralentis et de cordes frottées.

Dans ce bouillon de culture télévisuel, les comédiens boivent la tasse, même Dennis Haysbert (David Palmer dans 24) présent en guest star pour deux épisodes, d'habitude excellent, se révèle à la hauteur des lignes de dialogues que lui ont écrit les scénaristes, c'est-à-dire plat.

Là où d'autres séries ont su reproduire une Rome antique tangible et attractive (voir le projet HBO-BBC-RAI Rome en 2006 sur Canal+), Empire échoue. Soporifique, tire-larmes, rocambolesque, avec un kitch faisant repenser par moment à Hercule et Xéna la guerrière l'humour second degré en moins (ou non volontaire), Empire est une série à éviter. Veni, Vidi, Vomi.

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