4.5/10

Empire du Tigre (L')

Entre faux-fils cachés et de vrais demi-frères, L'Empire du tigre pourrait vous faire passer un bon moment, un jour de pluie, très violente.

Le printemps c'est cool. Les jours allongent, les températures deviennent clémentes, on peut se mettre en polo. Au contraire, l'hiver caille. Faut s'emmitoufler. Ça donne envie de rester au lit le matin. Pas sympa. Pour transiter de la rude saison au renouveau printanier, TF1 a pensé aux téléspectateurs déprimés en leur livrant, les 27 février et 6 mars, une saga de l'hiver aux accents exotiques, L'Empire du Tigre. Une fiction éditée en DVD depuis le 23 mars.

L'histoire débute à l'été 1938. Hitler est sur le point d'annexer la Tchécoslovaquie. A des milliers de kilomètres, sur les Hautes Terres de l'Indochine française, l'exploitant agricole Pierre Balsan entreprend de faire pousser du quinquina, une plante médicinale qui devrait devenir très prisée avec le conflit qui s'annonce. Mais voilà. Lorsqu'on essaye d'aider les gens, on se retrouve bien souvent avec des ennuis sur les bras. Le colon Pierre Balsan, se retrouve menacer par un infâme propriétaire terrien expensionniste, des nationalistes manipulés et un passé trouble qu'aimerait mettre au clair un commissaire.

Le tigre est en lui

(© TF1)
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Egaré dans les Hautes Terres infernales, le héros s'appelle Pierre Balsan - et le tigre est en lui. A la fois solitaire et courageux, au caractère bien trempé, il est prêt à défendre crocs et griffes ce qui lui semble juste. Ce personnage est interprété par Bernard Giraudeau (La Petite Lili) qui livre une performance tout à fait honnête. Regard pénétrant, gestuelle souple mais fatiguée, il incarne un félin essoufflé en proie à ses fantômes du passé (le meurtre d'un officier lors de la première guerre mondiale).

Balsan croît être à l'abri en Indochine et faire dérouler sa vie tranquillement. Mais c'est sans compter sur Germain Dumont, le nouvel adjoint au chef de la sûreté campé par Thierry Frémont, prêt à tout pour le faire tomber derrière les barreaux. L'acteur, qui a reçu fin 2005 l'International Emmy Awards du meilleur acteur international pour son rôle de Francis Heaulme dans le téléfilm Dans la tête du tueur, se révèle bien plat dans son costume étriqué de policier suspicieux et sarcastique, monomaniaque et surtout monolithique. Droit dans ses bottes jusqu'à paraître immobile comme une statue qui ferait partie du décor.

(© TF1)
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Face à lui, Pierre Balsan trouvera une alliée dans sa quête de vérité, le docteur Gabrielle Delaunay. Un personnage sympathique qui porte les traits de Nadia Farès (Les Rivières pourpres), une femme forte qui représente l'émancipation de la femme en ces temps d'avant guerre.

Malgré un Thierry Frémont en deça de ses performances habituelles, la distribution principale est la qualité numéro une de cette saga de l'hiver. D'ailleurs, heureusement que ces acteurs sauvent les meubles car cet Empire du Tigre est avant tout un géant aux pieds d'argile.

Au Nord, c'était les colons...

Si l'ambition de Dominique Lancelot, l'auteur et productrice de la fiction, était louable : "restituer l'atmosphère d'une époque par l'intermédiaire d'une histoire romanesque basée davantage sur le sensoriel que sur le débat politique" (source tf1.fr), la transformation d'essai reste discutable.

En privilégiant le sensoriel par rapport au politique, le feuilleton propose un Cambodge à la frange de la caricature, exotique et lascif, presque décor de carte postale. Une photo trop jolie pour ne pas être retouchée dans laquelle évoluent des personnages dignes des pires clichés du genre : des femmes qui rêvaient à Saïgon s'ennuyant ferme, des hommes harassés qui oublient leur spleen dans l'opium et l'argent, des nationalistes traîtres et fourbes ou encore du personnel de maison tout ce qu'il y a de plus loyal. Une vraie fiction en toc.

(© TF1)
(© TF1)
Un aspect intéressant se dégage néanmoins du scénario de L'Empire du Tigre à travers l'affrontement Balsan/Domont : la notion de pardon et de justice pour un crime perpétré dans un contexte bien particulier, une mutinerie en plein 1914-1918 (voir plus haut). Malheureusement toute cette matière est laissée à l'état brut, la saga préférant s'attarder sur les mesquineries des vilains ou sur l'apparition de faux-fils cachés et de vrais demi-frères.

Enfin n'oublions pas qu'il s'agit simplement d'un divertissement de TF1 destiné à être programmé en prime-time. Pas besoin de développer des heures pour comprendre que les éléments de réflexion doivent se contenter de rester faméliques.

Lorgnant de loin avec les films d'aventures de séries B des années 1950, L'Empire du Tigre pourra vous faire passer un bon moment un jour de pluie, lové sur le canapé à siroter un earl grey avec du quatre-quart breton. Sinon, ça risque simplement de vous laisser de marbre. Totalement de marbre.

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