8/10

Dr House - Saison 6

Rafale de changements pour le docteur House et son équipe : le patron devient plus humain, ses proches deviennent plus cyniques... La saison regorge de bonnes surprises, et accorde une importance accrue aux relations entre les personnages.

Série chouchoute des spectateurs de TF1 malgré un personnage principal cynique, vindicatif et égoïste, Dr House menaçait de s'encroûter dans un train-train dicté par une formule immuable et un cahier des charges que rien ne venait secouer depuis la première saison, malgré de très bonnes idées narratives et les morts violentes de certains personnages. Toute évolution des relations entre les protagonistes semblait exclue, sauf dans le cas où elles pouvaient revenir de façon sécurisante à leur point de départ. Cette sixième saison vient chambouler la
donne, et réveille du même coup une série qui en avait bien besoin.

La volonté de changement est visible dès l'épisode d'ouverture : affichant une durée de 90 minutes, privé du générique officiel de la série, il se présente comme une sorte d'hommage à Vol au-dessus d'un nid de coucou, avec Greg House dans le rôle d'un Jack Nicholson trop sûr de lui. Au sein d'un asile psychiatrique, il va devoir accepter progressivement de recevoir de l'aide... C'est le coup d'envoi d'une saison marquée par l'évolution du personnage, ouvrant la porte à ses émotions et essayant de chercher le bonheur plutôt que de se réfugier dans la Vicodine et la misanthropie. Bien entendu, le naturel reprend souvent le dessus, et son goût pour les farces cruelles vient régulièrement s'insinuer dans sa colocation avec Wilson (nouvel ajout au parallélisme inévitable entre la relation House-Wilson et la célèbre relation Holmes-Watson) ; mais son entourage a désormais les armes pour se défendre, et chacun des personnages secondaires a intégré en lui un peu de House... pour le meilleur ou pour le pire. Le résultat est jubilatoire : tous passent leur temps à se piéger, à s'analyser, à se faire des blagues ou des paris pervers, etc.

Qu'on ne s'y trompe pas : la structure des épisodes, à quelques exceptions près, reste aussi codifiée que précédemment, à la façon d'une enquête de Columbo ou Perry Mason : un quidam présente de curieux symptômes dans le prégénérique, House et son équipe acceptent de se pencher sur le cas, ils font plusieurs diagnostics consécutifs qui s'avèrent tous faux, déclenchent de nouveaux symptômes en jouant avec la santé du patient, s'introduisent par effraction dans son appartement à la recherche d'indices, jusqu'à ce que House ait une révélation en plein milieu d'une conversation sans rapport avec le cas. On appréciera aussi bien les quelques guest stars (James Earl Jones, Lee Tergesen, David Strathairn) que la variété des milieux présentés à travers les patients : dictateur africain, concepteur de jeux vidéo, acteur porno, dealer, illuminé qui recrée le Moyen-Âge dans une communauté de geeks... Comme d'habitude, certains renvoient directement à la personnalité de House, ce qui permet quelques dialogues savoureux - notamment lors de l'épisode de la psychopathe.

Au rayon des expériences salutaires que l'on attendait depuis longtemps, on recense un épisode entier raconté du point de vue de Wilson (le bien titré Wilson),
et un autre qui suit Lisa Cuddy (5 to 9) dans son quotidien d'administratrice débordée qui parvient à supporter l'attitude déraisonnable de son employé vedette. Fidèle à une tradition ancrée dans les séries télé américaines, Hugh Laurie passe lui-même à la réalisation le temps d'un épisode (Lockdown), où une histoire de disparition sert de prétexte à une série de révélations qui développent les caractères des personnages et les rapprochent les uns des autres.

Parmi les anti-héros qui fleurissent dans les séries télé actuelles, le Dr Gregory House se pose aux antipodes d'un Dexter : tous deux sont maîtres de la tromperie et de la manipulation, mais là où le tueur de Showtime affiche un air normal et effacé pour couvrir une activité d'équarisseur tout juste contenue par quelques directives pseudo-morales, le toubib de la Fox distribue vacherie après vacherie pour masquer une tendance naturelle à la compassion, et maintenir à distance toute relation qui pourrait le faire souffrir. Hugh Laurie, avec ses yeux de David Niven et son phrasé à la Doug Ross, parvient à merveille à louvoyer entre le sarcasme et l'angoisse, entre le mépris affiché et la générosité contenue. Mais après une saison entière passée à faire craquer le vernis de méchanceté du personnage, on peut se demander comment les scénaristes pourront  éviter les deux écueils évidents qui s'ouvrent à eux : humaniser totalement un personnage qui perdrait ainsi son intérêt, ou le faire retomber dans ses vices au détriment de toute cohérence. En attendant, ne crachons pas sur cette sixième saison, qui pourrait bien être tout simplement la meilleure de la série.


#1 - Broken
#2 - Epic Fail
#3 - The Tyrant
#4 - Instant Karma
#5 - Brave Heart
#6 - Known Unknowns
#7 - Teamwork
#8 - Ignorance is Bliss
#9 - Wilson
#10 - The Down Low
#11 - Remorse
#12 -Moving the Chains
#13 - 5 to 9
#14 - Private Lives
#15 - Black Hole
#16 - Lockdown
#17 - Knight Fall
#18 - Open and Shut
#19 - The Choice
#20 - Baggage
#21 - Help me

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1 commentaires

  • nazonfly

    26/04/2011 à 14h15

    Répondre

    Moi je trouve ça assez naze Dr House.http://television.krinein.com/soir- ... 15870.html

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