7.5/10

Dexter - Saison 3

La saison 3 de notre tueur en série préféré apporte son lot de nouveaux questionnements, un nouveau copinage et un nouveau statut. Mais moins de surprises que précédemment, dommage.

Dexter Morgan (Michael C. Hall, égal à lui-même) : le paradoxe incarné. Personnage ambivalent, déstabilisant, séduisant à l'image de la figure de prédateur qu'il incarne, porte également en lui la mine attachante du frère ou du fils prodige que l'on voit grandir avec des yeux presque attendris. Voilà déjà deux saisons que l'on a appris à connaître ce médecin légiste trentenaire, assigné à la police criminelle en tant qu'expert en taches de sang. Voilà deux saisons que l'on s'est habitué à son comportement pour le moins polémique : avide d'assouvir sa pulsion inexpugnable, celle de tuer pour se sentir « vivant », Dexter découpe les tueurs récidivistes, ceux qui parviennent à échapper au système judiciaire, et y prend un plaisir infini.

Tout au long de la saison 2, Dexter rencontrait une situation, et surtout un personnage le mettant en porte à faux de son métier, de sa famille, de sa petite amie, et de son statut d'intouchable. Au terme de cette saison, Dexter revenait d'une certaine manière à la case départ, celle du solitaire enfermé avec soulagement dans son secret.


Nous voilà plongés dans une nouvelle saison, qui apporte également au tueur un nouveau statut personnel, un nouvel environnement, tout en mettant en péril certains acquis des premières aventures. Pour nous remettre dans le contexte : lors d'une de ses traques nocturnes de routine,  Dexter tue accidentellement un homme innocent, qui s'avère être de surcroît  le frère d'un homme de pouvoir, le procureur Miguel Prado (Jimmy Smits, déjà aperçu dans la récente trilogie de Star Wars). Amené par un concours de circonstances à découvrir l'impressionnant secret de Dexter, mais ignorant qu'il est à l'origine de son deuil, Miguel semble entrevoir en notre protagoniste un sauveur de l'humanité. De fil en épisode, Dexter tisse un lien d'amitié à la fois nouveau pour lui, et apparemment fort avec Miguel.

Malgré l'intrigue transversale fondée sur le mystère Freebo et l'enquête sur le dépeceur (nouveau psychopathe en lice pour rivaliser avec Dexter), ne nous cachons rien, toute la trame de cette saison repose sur cette étrange relation, faite de contradictions, d'intérêts personnels, de recherche de salut et de normalité à la fois pour notre amateur d'hémoglobine et pour ce procureur pas tout à fait irréprochable. A cela s'ajoutent deux nouveaux changements déterminants dans l'existence de Dexter, qui bouleversent à nouveau le difficile rapport qu'il entretient avec la Vie et la Mort, et qui remettront en question son organisation et son emploi du temps si particuliers. Le personnage de Miguel, incarné avec nuance et conviction par Jimmy Smits, est d'ailleurs constamment sur le fil, offrant des atours complexes, et un visage tour à tour avenant et antipathique. De par sa fonction très politique, il entre lui aussi parfaitement dans le moule qui caractérise l'esprit de la série : le jeu de l'apparence, du masque. Et la principale question que se pose Dexter, et nous à travers lui, c'est : « jusqu'où peut-on faire confiance à Miguel ? » La saison entière dépeint le portrait d'un Dexter qui évolue au côté de (ou à travers) son nouvel "alter ego", pas tout à fait, voire pas du tout son égal, mais tout du moins son nouveau compagnon de route dans son oeuvre funeste. Le fantôme de Harry, le père (et la conscience) de Dexter, garde sa place de choix lui aussi, et lui remet en mémoire les dangers qu'il encourt à vouloir ainsi partager son secret, voire plus si affinité. D'ailleurs, le code Harry tout entier, outre la rupture du secret, est chamboulé dans la tête de Dexter. Celui-ci se pose désormais davantage la question de la légitimité de la mort, ainsi que celle de l'héritage et du poids de la responsabilité filiale.


Le seul bémol que l'on peut émettre sur la composition actuelle de l'univers de Dexter, c'est que le reste du casting fait parfois office de figuration. Les démêlés sentimentaux et carriéristes de Deb, sa demi-sœur, peinent à apporter de la crédibilité et de l'intérêt dans l'intrigue générale, pire : elle semble même stagner douloureusement depuis le début de la série. Rita, à la fois la petite amie et la famille « de composition » de Dexter, apporte toujours une touche de douce tangibilité à l'existence surréaliste du tueur compulsif. Mais malheureusement, elle reste un personnage anecdotique, qui certes donne lieu à de nouveaux questionnements importants, mais passe à l'arrière-plan pendant presque toute la saison. Le personnage de Quinn, vague remplaçant du sergent Doakes, permet de multiplier et de brouiller les pistes autour de l'enquête principale du département (mais paradoxalement l'intrigue secondaire dans la saison). Globalement donc, les seuls protagonistes qui surdominent la trame principale sont le couple Dexter / Miguel.

Par là même, on éprouve sensiblement comme une impression de déjà-vu, et c'est sans doute le plus regrettable. Car le décorticage du lien d'amitié tout neuf entre Dexter et Miguel, avec son lot de risques et de questionnements sur l'insensibilité et l'anormalité latente du "justicier solitaire", renvoie quand même littéralement au lien qui a uni Dexter et Lila dans la saison 2. Bon, le côté charnel en moins, on est d'accord, mais il semblerait que les interrogations sur la confiance, sur le désir de solitude et sur le fardeau soient les mêmes. Par conséquent, ce qui avait rendu assez extraordinaires les deux premières saisons, à savoir ses personnages vraiment imprévisibles, ses twists improbables, un Dexter avec deux comportements bien distincts dans chacune des intrigues, n'a plus vraiment court dans cette saison 3. Pour résumer, le déroulement des douze épisodes est relativement bien rythmé, et ressemble à un (pas forcément long) fleuve tranquille, qui accélère légèrement (et conventionnellement) son cours dans les quatre derniers épisodes. Tout est bien bouclé comme précédemment, sans déception mais sans grande surprise non plus.

En revanche, le point qui reste inchangé et toujours aussi savoureux tout au long de la saison, c'est le jeu toujours aussi investi de Michael C. Hall. Le regard affûté et le visage bien souvent insondable, il parvient toujours aussi efficacement à rendre sympathique ce tueur méthodique, et continue à nous faire éprouver de l'empathie pour lui, alors que fondamentalement on ose quand même remettre en doute sa moralité, et son application directe de la Loi du Talion. Rien que pour cet acteur exceptionnel, et pour ce personnage atypique, on attend quand même impatiemment que Dexter remette le couvert, et partage enfin avec nous ses joyeuses perspectives d'avenir. Alea jacta est.


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A propos de l'auteur

15 commentaires

  • riffhifi

    16/01/2009 à 11h15

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    Jimmy Smits, déjà aper­çu dans la ré­cente tri­lo­gie de Star Wars


    Et surtout dans NYPD Blue, dont il a partagé la vedette avec Dennis Franz durant plusieurs années

  • riffhifi

    16/01/2009 à 11h19

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    N'empêche qu'avec cette critique mi-figue mi-raisin, j'ai peur d'être déçu par cette nouvelle saison... J'avais adoré la deuxième, mais le filon ne me paraît pas utilisable à l'infini. Au passage, je signale une interview dans le dernier Mad Movies de Jeff Lindsay, l'auteur des bouquins dont Dexter est tiré.

  • Rodwin

    16/01/2009 à 12h29

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    Pour en avoir déjà profité, j'ai adoré cette saison. Différente des précédentes, car Dexter et son entourage évoluent, mais intéressante, prenante, comme d'habitude!


    Vivement la suivante!

  • Veterini

    16/01/2009 à 16h53

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    Assez d’accord avec la totorette,  c’est une saison plus faible que les deux précédentes. Surtout parce que Dexter n’est quasiment jamais mis en danger ; du coup pour un thriller ça le fait moyen.


    Autre reproche, c'est le coté immoral du personnage qui n’est pas poussé significativement en avant, puisque dès la première saison, on avait eu l’occasion de constaté l’inflexibilité de son « code », 


    et là il en arrive presque à passer pour le « gentil ».




    Reste qu’il y a toujours un bon petit humour noir,  l’ambiance « miami-vice ». Et Miguel qui quand même un personnage très intrigant.


    Mais la sœur de Dexter ; Pouah ! j’ai jamais compris le choix de Dexter à la fin de la saison 1.


    42/58

  • gyzmo

    16/01/2009 à 18h00

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    Même avis que Veterini et Hiddenplace. Cette saison 3 m'a donné l'impression d'assister à un mix des deux premières et excellentes saisons : les intrigues du tueur en série (homme au camion réfrigérique / découpeur) et de l'ami(e)  (Lila / Miguel) en admiration devant la monstruosité de Dexter. La saison a beaucoup de mal à démarrer, c'est un petit peu moue du genou (même si plaisant à voir) par rapport à l'intensité de la saison précédente. Par contre, le final m'a bien plu... quoiqu'un peu expéditif. Les scénaristes n'ont peut-être pas assez dosé le rythme de l'ensemble. Je crois que c'est le neuvième épisode qui se termine par un climax de folie et qui se révèle dans l'épisode suivant être l'une des astuces scénaristiques les plus adroites que j'ai pu voir dans une série TV. En tout cas, j'ai trouvé cette transition excellente. Sur le fond, la mâturité de Dexter par rapport au code Harry et le regard de biais qu'il porte sur la monstruosité sont très intéressantes et libèrent un peu le personnage de sa carcasse caricaturale. La subtilité et les questionnements offrent une saison de transition tout à fait pertinente. Même s'il y a une petite baisse de régime, ça inaugure du bon à venir.


    Sinon, jeu des acteurs toujours aux petits ognons. BO du tonnerre et mise en scène maîtrisée. La suite se fera attendre avec impatience !


     

  • gyzmo

    16/01/2009 à 18h36

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    Ah ouais, j'oubliais : les rôles de Rita et Deb sont moyen moyen quand
    même... Faut faire un truc pour elles sinon elles vont finir dans un
    soap !

  • Tony Clifton

    16/01/2009 à 18h55

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    Pouaaa, Dexter, j'étais pourtant très optimiste sur le sujet de la série et j'ai bien vite déchanté


    Le perso principal est plus que fade pour interpréter un psycho de ce genre, il m'a de suite gavé avec son genre "petit garçon" pas crédible pour deux sous.


    Je préfère de très très loin des personnalités qui choquent vraiment, comme dans American Psycho, par exemple.

  • hiddenplace

    16/01/2009 à 20h48

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    Riffiffi, pour Jimmy Smits, j'avais vu sur IMDB qu'il avait joué pendant 10 ans dans NYPD blue, mais comme je ne sais absolument pas ce que c'est, j'ai décidé que j'évoquerai uniquement ce que je connais


    Vet : t'es vache quand même, pou Deb... Elle est un peu neuneu, mais elle est attachante.^^

  • riffhifi

    16/01/2009 à 23h27

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    NYPD Blue est parfois connu chez nous sous le titre New York Police Blues ; c'est un peu l'équivalent d'Urgences dans le milieu policier, avec une juxtaposition de vies personnelles et professionnelles, d'anecdotes triviales et d'affaires trépidantes. Jimmy Smits a succédé à David Caruso dès la deuxième saison en tant que partenaire de l'ignoble Slibowicz (Dennis Franz). La série vaut le coup d'oeil, mais seules 4 des 12 saisons sont sorties en DVD je crois. Et je ne peux pas dire si les dernières saisons valent le coup, je ne les ai pas vues ^^

    Fin du hors sujet, je reviendrai quand j'aurai vu la saison 3 de Dexter

  • Anonyme

    22/01/2009 à 12h49

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    New york police blues (pour aller un poil plus loin) c'est surtout un spin off inavoué du cultissime Hill Street Blues, inffluence majeure de bon nombres de séries télévisées et surtout de The Shield, c'est une des premières séries à mélanger du drama réaliste avec un univers professionels tangibles.


    Sinon cette saison 3 est bien en deça des deux précédentes saisons mais reste de très bonne qualité mais on va pas cracher dans la soupe non plus...

  • Anonyme

    23/01/2009 à 17h58

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    c'est vrai que cette saison supporte mal la comparaison avec la saison 2 qui etait une saison de devollepement d'intrigue mais elle s'apparente à la saison 1 une saison d'introduction...


     


    on introduit un changement dans la vie et la psychologie de dexter: devenir pere.


    Je dirai que j'ai été déçus par cette saison dans le sens ou j'aime autant la description que Dex fait du monde qui l'entoure (qui me fait penser àp un ethnologue du 19éme qui regarde des pygmés dans un zoo humain) que l'approche plus policiére de la serie qui fait plus defaut dans cette saison.


     


    Il me semble que les scenaristes sont en roue libre et que l'histoire du coté litterair ce fini a la fin de la saison 2, non? Ca pourrai aussi expliquer la baisse de regime.


     


    Par contre je regrette la Deb du début k'aimais bien son coté trés bitchy,elle a perdu de son caractere de chienne et fait de plus en plus petite fille en mal d'amour paternel.


    Mais comme Dex et elle sont mainteneant marié IRL on peut penser que sont personnage ne va pas disparaitre du jour au lendemain.

  • hiddenplace

    23/01/2009 à 18h25

    Répondre

    Personnellement je ne vois pas trop de rapport entre l'un et l'autre, dans ta dernière phrase^^ (la vraie vie et les personnages dans la série) Si Jennifer Carpenter décidait de se consacrer à une carrière ciné, le fait qu'elle soit mariée avec l'acteur n'y changera rien, à mon avis, elle peut tout aussi bien demander à ce qu'on élimine son personnage.. bon si c'est  Michael C. Hall, là c'est plus problématique pour la série [img]http://www.krinein.com/forum/images/smilies/bwehe.gif"%20border="0[/img]


    Sinon je ne comprends pas non plus le terme "bitchy" que tu utilises, pour Deb. (enfin je ne comprends pas à quel genre d'attitude tu le rattaches) Mise à part qu'elle met des gros mots dans chacune de ses phrases, je ne l'ai jamais trouvée plus dégourdie ou plus audacieuse, même dans la saison 1 (elle y était un peu nunuche aussi, d'ailleurs^^)

  • Swarley

    04/02/2009 à 00h43

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    Le début de la saison est assez lent mais vers la fin, on retrouve le suspens habituel de la série et l'envie de continuer à regarder! Il faut aller jusqu'au bout, si si je vous jure, c'est vachement bien!

  • Anonyme

    29/04/2009 à 13h08

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    Superbe article. Belle analyse! Rien à rajouter... sinon qu'en effet, on attend avec plus que de l'impatience la suite de cette tranche de vie ... joyeusement sanglante! M/O/C mockeryprod@gmail.com - www.mockery.fr

  • hiddenplace

    29/04/2009 à 13h52

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    Merci, ça c'est gentil, pour les petits compliments.


    Sinon faut pas croire hein, j'attends impatiemment la suite, moi aussi, malgré la petite baisse de régime de cette saison.

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