6.5/10

Deux flics à Miami

Sonny Crockett et Ricardo Tubbs infiltrent les gangs de Miami et jouent les sex-symbols. Une série-phare des années 80, coûteuse et soignée, mais qui apparaît aujourd'hui terriblement datée.

 

Avant Dexter ou les experts de David Caruso, il y avait deux flics à Miami. Ils n'étaient pas joués par Terence Hill et Bud Spencer (enfin si, c'est la même époque, mais ceux-là étaient des SUPER-flics), mais par Don Johnson et Philip Michael Thomas. Le premier incarne Sonny Crockett (on ne rit pas) et le second Ricardo Tubbs, deux agents du Miami Vice Squad (d'où le titre original Miami Vice) qui travaillent le plus souvent sous couverture pour démanteler des réseaux de prostitution ou de trafic de drogue. Machos frimeurs plutôt que fins blagueurs, les
deux hommes sont de fieffés kékés : habillés par Armani et véhiculés par Ferrari, ils ne peuvent pas mettre le nez dehors sans le chausser de coûteuses Ray-Ban ; vu aujourd'hui, le style déployé apparaît d'une ringardise consommée, mais dans les années 80, les décolletés roses de Don Johnson étaient top fashion.

Deux flics à Miami est produite par le cinéaste Michael Mann, déjà un peu connu à l'époque pour avoir tourné La forteresse noire et Le solitaire avec James Caan ; par la suite, il deviendra le réalisateur de classiques comme Le sixième sens ou Heat. Mann s'implique énormément dans la création de la série, depuis les choix visuels (un max de couleurs pastel) jusqu'à la conception des séquences d'action, mais ne réalise curieusement pas un seul épisode au cours des cinq saisons de diffusion. En revanche, il dirigera le film tiré de la série en 2006, avec Colin Farrell en Sonny Crockett et Jamie Foxx en Ricardo Tubbs. A défaut de Michael Mann, on trouve des noms prestigieux parmi les réalisateurs : Rob Cohen (qui sera plus tard aux commandes de xXx et Fast and Furious), Abel Ferrara (Bad Lieutenant, Body Snatchers), ainsi que quelques acteurs passés du côté obscur de la caméra le temps d'un ou deux épisodes (les Starsky et Hutch Paul Michael Glaser et David Soul, Dick Miller, et même Don Johnson lui-même). Au casting, pas mal de futures stars montrent aussi leur minois ; en vrac et sans souci d'exhaustivité : Bruce Willis, Ving Rhames, Steve Buscemi, Julia Roberts, John Turturro, Pam Grier, Benicio del Toro, Wesley Snipes, Ron Perlman, Amanda Plummer et Liam Neeson ont tous joué les seconds couteaux face à Tubbs et Crockett. Parmi les scénaristes principaux sous la direction d'Anthony Yerkovich (qui écrivait précédemment Hill Street Blues), on trouve Dick Wolf, futur créateur de Law & Order et de ses dérivés (New York unité spéciale, New York section criminelle), et Joel Surnow qui sera l'un des maîtres d'œuvre de 24 dans les années 2000.

Tout ce (futur) beau monde est au service d'une narration extrêmement dramatique, voire même souvent tragique. Le contraste avec la cadre riant offert
par la Floride est manifeste, d'autant que le générique vend à chaque épisode le décor paradisiaque dans lequel se déroulent les intrigues : maillots de bain, flamants roses, planche à voile et courses hippiques ne sont qu'une toile de fond pour les trafics de drogue, les meurtres et autres rackets sur lesquels enquêtent les héros. La plupart des scénarios impliquent directement les personnages principaux : la vie de l'un d'eux est menacée, un vieux pote est soupçonné, etc. L'ombre de la guerre du Vietnam, dont Crockett est un vétéran, plane également sur la série, au point de générer quelques scènes en flash-backs pour faire ressurgir de vieux démons. Au crédit de la série, outre les scénarios rigoureux et les musiques ultra-tendances (le budget des droits musicaux était faramineux, on y croise Joe Cocker, Lou Reed, Leonard Cohen, les Doors, U2...), on note des scènes d'action incroyablement efficaces, parfois filmées dans un ralenti ultra-démonstratif.

Le titre français, centré exclusivement sur Tubbs et Crockett, fait hélas abstraction des deux autres duos de la série : les peu glamours Larry et Stan, et les plus féminines Trudy et Gina. Ils constituent le noyau dur des personnages secondaires, autour desquels vont et viennent un certain nombre d'autres figures pittoresques. Dans les premières saisons, on croise ainsi un indic grimaçant appelé Noogie (les bons tuyaux ?) et son improbable comparse binoclard, qui apportent un peu de fantaisie (vaguement forcée) à un univers par ailleurs très sérieux. Mais le plus mémorable reste l'austère lieutenant Castillo (Edward James Olmos), dont le regard noir fusille régulièrement Sonny Crockett pour avoir dévié du droit chemin (eh oui, car il dévie, Crockett).

Suite à l'arrêt de la série, Don Johnson et Philip Michael Thomas resteront des vedettes de série télé, le premier dans Nash Bridges et le second dans Extralarge, aux côtés de Bud Spencer (on parlait justement de lui au début, le monde est vraiment petit).


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4 commentaires

  • Anonyme

    22/11/2010 à 10h46

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    dévie Crockett muahahahahah....

  • Anonyme

    22/11/2010 à 11h52

    Répondre

    Et Edward james Olmos (castillo) a gardé ce regard intense. Il est génial en Amiral dans" Battlestar galactica"

  • Anonyme

    22/11/2010 à 13h26

    Répondre

    @ LIL


    regard intense... mouais... on dirait plutot un mouton sous xanax....  

  • Anonyme

    19/12/2010 à 19h38

    Répondre

    Ces gars étaient tout sauf des ringards. C'étaient des héros. La preuve à l'époque, j'avais 13-14 ans et je voulais me faire la même coupe que Sunny ! Même mon père avait entendu parler de cette série, alors diffuése sur M6, comme la meilleure aux Etats-Unis. On disait que c'était les MTV Cops : tous les tubes du moment y était et d'ailleurs Phil Collins avait souhaité s'y investir (il me semble que c'était un des voisins de Mann) et il y joue d'ailleurs un rôle. Enormément de guests (Bianca Jagger, Phil Collins...). Il faut dire que les moyens étaient conséquents : les billets pleuvaient !


    Sinon, Don Johnson a expliqué par la suite que Nash Bridges était exactement le personnage que serait devenu Crockett en vieillissant.... Why not, mais ses blazers faisaient vraiment ringards dans Nash Bridges alors que Crockett et La Grande Classe étaient synonymes dans les années 1980 (sauf pour ses 45 tours néamoins classés au Top 50). De plus, Ricardo Tubbs fait aussi quelques apparitions dans Nash Bridges, justement parce que, selon Don Johnson, dans la rue, dès que quelqu'un le croise, c'est toujours la même question : il est où ton pote Ricardo ? Du coup et pour aussi la raison évoquée plus haut, Don Johnson l'a convaincu de venir dans Nash Bridges,

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