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Destination danger

Une occasion de se remémorer un classique de l'espionnage télévisuel et de se délecter des talents de comédien de Patrick McGoohan, trop rare depuis Le Prisonnier.

Si on vous dit Patrick McGoohan... Que répondez-vous ? Le Prisonnier, bien sûr. Mais la carrière de l'acteur britannique ne se résume pas à cette série culte. Avant d'incarner le mythique Numéro 6, il a prêté ses traits à John Drake, l'espion vedette de Destination danger. Diffusée sur ITV au Royaume-Uni dans les années 1960 puis en France sur l'ORTF, la série a commencé à être éditée en DVD le 19 juillet dernier.

"Tous les gouvernements ont leurs services secrets. En Amérique, c'est la CIA ; en France, le Deuxième Bureau ; en Angleterre, le M-I 5. L'Organisation Atlantique a le sien aussi. Dans les cas difficiles, on fait appel à moi ou à quelqu'un dans mon genre. Oh, je me présente : je m'appelle Drake, John Drake."

Loin de la barbouze, John Drake s'apparente davantage à l'espion classieux. Du genre à enchaîner clopes et cocktails vêtu d'un costume qui tombe trop bien aux épaules. Ca vous rappelle quelqu'un, non ? Normal. Cependant n'imaginez pas que John Drake et James Bond sortent du même moule. Beaucoup plus réaliste, Destination danger tente de restituer l'ambiance tendue de la Guerre froide. Pas de maître du monde en puissance à dézinguer mais plutôt des politiciens corrompus et des activistes aux desseins qui desservent les intérêts du bloc de l'Ouest. Pas de cadavres criblés de balles qui jonchent le sol mais de l'infiltration et des techniques de combat rapproché. Plein de vampes félines mais pas de nuits friponnes. Quelques gadgets, mais crédibles.

Cette approche réaliste confère un cachet presque unique à Destination danger. Elle l'éloigne ainsi de la foire aux gadgets vues chez ses consoeurs espionnes qui ont envahi les écrans du monde entier dans les années 1960-1970. Sans être une machine froide de minutie, John Drake joue l'efficacité et ne perd jamais de vue son objectif. Modèle de prestance, il s'affirme comme un agent secret félin qui promène son charme, sa répartie et son lever de coude au service de ses missions, assurées avec professionnalisme. Un espion doté aussi d'une conscience n'hésitant pas à remettre en cause sa hiérarchie. Patrick McGoohan incarne délicieusement ce personnage So British chez qui on voit déjà poindre les prémices torturées du prisonnier Numéro 6.

On sera honnête avec vous : à l'instar d'un grand nombre de séries des années 1960, le temps a laissé son empreinte sur Destination danger. Déductif plutôt que proactif, John Drake joue sa partition piano, emmagasinant les indices avec parcimonie. Ce manque de rythme n'est pas un défaut en soi, juste un symptôme de la modification, logique, des techniques narratives audiovisuelles. Mais ce que Destination danger perd en dynamisme, elle le gagne en dialogues où les badineries et l'humour à froid de Drake-McGoohan parviennent à s'immiscer. Pour un résultat faisant souvent mouche.

En conclusion, l'édition DVD de Destination danger permet de se remémorer un classique de l'espionnage télévisuel. Une occasion aussi de se délecter des talents de comédien de Patrick McGoohan, qui a été décidemment trop rare depuis Le Prisonnier. Etonnement, on remarquera également que si la série s'est révélée moins populaire que Mission impossible ou Chapeau melon et bottes de cuir en son temps, elle s'approche des canons d'aujourd'hui. Pas pour son rythme très sixties mais pour une certaine approche sérieuse et sans fioriture de son époque. A conseiller à tous les amateurs de séries rétro.

Petit aparté pour vous signalez, comme vous l'avez remarqué, qu'on n'a pas évoqué le lien supposé entre John Drake et Numéro 6, qui seraient, selon certains fans, une seule et même personne. Hormis des emprunts de scripts et de localisations de tournage, rien ne soutient cette thèse, en tout cas pas Patrick McGoohan. A vous d'en débattre. Bonjour chez vous.

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