7.5/10

Dead Zone - Saison 1

Johnny Smith, jeune professeur atypique de sciences, fiancé à une femme qu'il connaît depuis l'enfance et apprécié par ses collègues et élèves, subit un terrible accident de la route qui l'envoie six ans dans le coma, à demi mort. A son réveil, il constate que tout ce qui faisait sa vie a disparu : sa fiancée, Sarah, s'est remariée et a eu un enfant de lui (conçu le soir peu avant l'accident), sa mère est décédée, et, plus surprenant encore, il se découvre un nouveau et étrange don : la possibilité de voir des évènements du passé et du futur via des flashs et cela tout simplement en ayant un contact physique avec une personne. Ce pouvoir, issu d'une partie de son cerveau appelée la zone morte ("the dead zone") normalement en sommeil chez tout humain, s'est activé par l'entremise de son coma.

Inspiré du roman The Dead Zone de Stephen King, et plus particulièrement du célèbre film éponyme de David Cronenberg avec l'immense Christopher Walken dans le rôle de Johnny Smith, cette série a débarqué courant décembre 2003 sur M6 dans sa célèbre trilogie du samedi soir. Elle a pour but avoué de relancer cette partie de soirée orpheline de l'arrêt de plusieurs autres séries porteuses (Buffy, Caméléon, Dark Angel...) et de contrecarrer la percée de Canal+ sur le terrain des séries ainsi que la forte présence du divertissement sur TF1. Un challenge que la chaîne espère réussir.
Car si le concept, ici, avait tout pour créer de la méfiance chez ceux qui avaient vu et apprécié le film de Cronenberg, la série se laisse, au bout du compte, regarder et peut surprendre plus d'un par les moyens mis en oeuvre pour installer une ambiance étrange et fantastique (effets spéciaux "bullet time" très réussis, scénario spécialement alambiqué, personnages assez complémentaires). Le sérivore moyen en a pour son argent !
Ainsi lorsque l'on rentre dans l'épisode pilote, l'histoire débute par un calquage quasiment à l'identique du film de Cronenberg, en n'oubliant pas de réactualiser seulement quelques éléments pour placer l'intrigue de nos jours. Et bien entendu nous avons les incontournables scènes de l'accident du héros plus violent que dans le film original, celle de "la petite fille piégée dans sa chambre par les flammes", tournée à l'identique, ainsi que l'élucidation des crimes de femmes par Johnny Smith grâce à son don.
Par la suite, bien entendu, la série prend son identité propre en extrapolant avec intelligence la situation de départ pour se concentrer, surtout, sur l'inadaptation du héros à sa situation. Cependant tout cela risque de faire nager le spectateur, malgré lui, dans le flou car il se demandera bien où les concepteurs voudront bien l'amener. Oui, en effet, plusieurs fils conducteurs parsèment, à chaque épisode, le récit : d'une part la relation ambiguë qui se noue entre Johnny, son ex fiancée et le mari de celle-ci (le Shérif Walt Bannerman) devenu son ami ; ensuite l'intérêt d'une journaliste à scandale qui s'intéresse à l'étrange don de notre héros (ainsi qu'à celui-ci au passage) ; ensuite l'étrange et constante sollicitation du révérend Purdy, ami de la mère de Johnny, qui a géré l'héritage de celui-ci lorsqu'il était dans le coma ; et enfin les "à côté" du récit où l'on peut voir Johnny jouer les "héros" dans la même veine qu'un Jarod voire de la sentinelle. A ce propos la série tombera malheureusement de façon dommageable dans les facilités et cela par l'utilisation abusive du don du héros (cf. les épisodes du vieillard recherchant un amour d'enfance ou celui de la "délibération des jurées"). Des épisodes intermédiaires qui cassent inutilement la progression de la série.

Malgré tout la force de la série reste cependant d'avoir su créer d'entrée des personnages attachants et charismatiques, de l'exemple d'Anthony Michael Hall qui campe un Johnny Smith déboussolé par ce qu'il lui arrive, et bien que son interprétation paraisse moins tourmentée que celle d'un Christopher Walken il réussit pas moins à distiller ce sentiment de solitude et d'incompréhension que semble ronger le personnage. Johnny Smith, en raison de son pouvoir, semble penser constamment qu'il est une bête de foire qui n'a sa place nulle part. Aussi, renforçant cette idée, à noter la métaphore (lourde de sens) de "la canne" que tient Johnny, montrant le personnage bancal sans cesse sur le point de basculer, de tomber, et qui a besoin de soutien ! Prisonnier de son don...
Pour leur part, les autres personnages de la série remplissent leurs, nécessaires, rôles d'interaction pour mettre en avant notre héros, et amener à celui-ci son lot de questionnements (son ex-copine l'aime-t-elle toujours? Que veux le révérend Purdy de lui ? Quelle sera sa relation avec la journaliste Dana Bright ?). Il y a quoi faire pour les scénaristes, les intrigues sont multiples capables de nous amener dans plusieurs directions intéressantes.
Cependant un seul bémol dans cela : le pote de Johnny, le dénommé Bruce Lewis, l'infirmier rasta et rééducateur, inexistant dans le film de Cronenberg, qui apparaît ici comme une sorte de "JarJar binks boute-en-train philosophe" (syndrome "Blur Sandburg" pour les connaisseurs) et qui alourdit parfois le récit. Mais cependant espérons que son rôle s'étoffera au fil du temps.

En définitive c'est une série sympathique, en voie de rodage certes mais pour si peu qu'on se laisse aller à la regarder elle saura facilement vous fidéliser.

A découvrir

Code Lisa

Partager cet article

A propos de l'auteur

0 commentaires

Participer à la discussion

Nous nous réservons le droit de ne pas publier les commentaires qui ne nous semblent pas appropriés (netiquette, loi, point godwin, imbécillité profonde, etc.). Et ne venez pas crier à la dictature !

Vous allez commenter en tant qu'invité-e :

Krinein Médias, ou comment parler des séries TV, qu'elles soient américaines, françaises ou d'ailleurs, avec une certaine intelligence (rien que ça). Mais la critique touche aussi les émissions de la télévision, les magazines, la radio...

Rubriques