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[dBD]

Bulldozer est mort, vive [dBD] !

Les dossiers de la bande dessinée est un magazine né fin des années quatre-vingt-dix. Il a longtemps perduré sous cette appellation jusqu'à la rentrée 2005, où il s'est rebaptisé Bulldozer. Une seconde vie qui n'a duré que le temps de six numéros. Dès les premiers moments d'existence de cette nouvelle mouture, des problèmes de droit se sont profilés à l'horizon. Informé de la décision prise par la rédaction de DBD de renommer leur magazine Bulldozer, les anciens propriétaires du nom se sont empressés de redéposer cette marque avant que ne paraisse la nouvelle formule en kiosques. Frédéric Bosser, pour éviter d'avoir affaire à la justice, a dû se résigner à changer une nouvelle fois le nom de son magazine. Finalement, quoi de mieux que le retour aux sources ? Il a choisi de reprendre l'ancien titre, en changeant juste le logo. DBD devient [dBD].


Une avalanche de rencontres

Ce petit historique dressé, passons rapidement au contenu. [dBD] se distingue-t-il des Bodoï et autres Bande Dessinée magazine qui ne brillent ni par leur esprit critique, ni par leurs choix éditoriaux ? Oui et non serait-on tenté de dire. Le très gros point fort de [dBD], ce sont les interviews, nombreuses et qui donnent un espace d'expression confortable aux auteurs. Ces « rencontres », comme on les appelle, ont une double utilité : elles permettent à celui qui ne connaît pas l'auteur en question de le découvrir et à celui qui a déjà parcouru l'album au centre de l'entretien de mûrir sa lecture, comme il le fait aussi en consultant les critiques. [dBD] n'alourdit pas ses pages de prépublications, souvent rencontrées dans les autres magazines et qui agacent par leur inutilité et leur coté publicitaire à peine dissimulé. Il n'y a que quelques planches présentées en prépublication dans [dBD] : une page par album, et c'est largement suffisant, surtout lorsque l'on connaît l'utilité d'Internet et des sites d'éditeur à ce niveau. Autre point positif, les enquêtes. Tout travail thématique est bon à prendre, quand on parle BD. Les ouvrages de théorisation autour du neuvième art ne pullulent pas et les auteurs et collection de référence manquent, ce qui n'est pas le cas pour le cinéma, par exemple.

Problème d'éthique critique

Le très gros point faible de [dBD], ce sont les critiques. Vous vous doutez bien qu'écrire pour Krinein, site spécialisé dans la critique culturelle, sous-entend forcément une prise de position presque militante sur le sujet. [dBD], comme Bodoï et comme la presse spécialisée BD en général, fait de la critique à base de slogans publicitaires. La rubrique « critiques » de [dBD] prend la forme d'une galerie marchande. Huit albums chroniqués par page et une photographie de la première de couverture qui prend autant de place que le contenu de l'article. Et quel contenu ! Invariablement, chaque article n'est constitué que d'un résumé. Un résumé incitatif, comme celui que l'on peut lire sur les communiqués de presse et autres fiches publicitaires. Un style dynamique, à base de pointillés, de points d'exclamation et d'interrogation, qui incite le lecteur à en savoir plus sur l'album et à se le procurer. Il y a là un problème déontologique fort que, vraisemblablement, l'équipe rédactionnelle de [dBD] ne s'est pas posé. Il est mensonger d'intituler une rubrique ne contenant que slogans publicitaires et résumés de routine « critiques ». Autre hypocrisie, le fait que seulement les albums les plus appréciés par la rédaction ont droit à un article digne de ce nom, s'étalant sur une demi page ou une page entière. Ainsi, on ne développe sa pensée que sur ce que tout le monde adore... Facile, beaucoup trop facile.

D'autres reproches ?

Comme nombre de ses confrères, [dBD] verse trop peu dans l'analyse critique. On citera, en vrac, d'autres carences. Le système de notation se base sur un cumul d'étoiles plutôt bancal. Plus important, et pourtant tout aussi répandu dans la presse spécialisé BD, le peu de place réservé à l'édition indépendante. Sont mis en valeur toujours les grosses écuries de la bande dessinée franco-belge. De même, on parle très peu de bande dessinée américaine ou asiatique.

[dBD] donne très largement la parole aux auteurs. Il ne lui reste plus qu'à trouver la sienne.

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Albert

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1 commentaires

  • naweug

    19/04/2006 à 09h48

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    Le lien n'est pas bon

    et sinon

    Comme nombre de ses confrères, verse trop peu dans l'analyse critique. On citera, en vrac, d'autres carences. Le système de notation se base sur un cumul d'étoiles plutôt bancal. Plus important, et pourtant tout aussi répandu dans la presse spécialisé BD, le peu de place réservé à l'édition indépendante. Sont mis en valeur toujours les grosses écuries de la bande dessinée franco-belge. De même, on parle très peu de bande dessinée américaine ou asiatique.


    Je pense que tout système de notation est bancal. Une critique se doit de mettre en avant l'état d'esprit du chroniqueur, doit donner envie de se pencher sur chacun des bouquins "critiqués" (qu'il soit donné bon ou mauvais).
    Les magazines BD à l'heure actuelle suivent la mouvance du marché.. on ne se mouille pas trop, mais suffisamment un peu pour faire parler de soi, tout en flattant les auteurs main-stream qui se veulent dans la mouvance un peu alternative. Il faut attirer le gros du lectorat vers les choses qui marchent, ainsi que vers d'autres choses un poil plus "radical", pour donner l'illusion que le marché ne tourne pas trop en rond.

    Je m'éloigne de ta critique pardon. Je suis plutôt d'accord avec toi, encore un énième mag' sans réelle saveur. Ceci dit, dBD reste mieux que Bodoï et son rédac en chef connaît bien la BD et son marché.
    Tu n'as pas parlé de la maquette que je trouve fonctionnelle mais affreuse

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