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Creature comforts - L'avis des animaux

Il est une heure du matin. Vous êtes fatigué et décidez d'aller vous coucher. Sur le chemin qui va du bureau à la chambre, vous croisez le téléviseur. La flemme l'emporte sur la fatigue, vous décrétez que les marches de l'escalier sont finalement encore trop difficiles à monter et faites escale devant la tube cathodique. Zap, zap, zap, zap... Arte. Votre regard s'arrête sur une émission typique de la chaîne à cette heure de la nuit. Un documentaire silencieux se basant sur une série d'interviews sans rythme. Interrogés sur un thème banal, les interviewés se succèdent sur un ton monocorde, gais comme la mort, grommelant quelques bouts de phrases ponctués par de longs temps d'arrêt. L'esprit embrumé, vous suivez cette émission comme un véritable zombie du petit écran. Creature Comforts, c'est un peu ça... mais dans le bon sens !

Creature Comforts est une caricature, une pastiche de ces émissions documentaires d'interviews montées. A la différence près que les interviewés sont des animaux. Du plus microscopique microbe aux plus grands fauves. Sont interrogés : des pingouins sur leur sens de la famille, des pitbulls sur le sentiment de haine, un bulldog imitant Julia Roberts ou encore des moules qui se plaignent des gens faisant trop de bruit en mangeant. On retrouve deux grandes familles de comique : les comiques visuel et sonore. A l'origine du projet, le court métrage oscarisé de Nick Park, réalisé en 1989, qui a finalement été repris pour une adaptation en série. Nick Park, vous avez bien lu, le réalisateur des Wallace et Gromit.

Ce que l'on voit à l'écran donne beaucoup à rire. Les auteurs ont su ponctuer leurs interviews de gags à l'avant et à l'arrière plan. Un petit animal faisant du patin à glace sur la banquise, dans le dos de deux otaries interviewées, ou encore un excrément de mouette atterrissant sur l'objectif de la caméra... Creature Comforts joue intelligemment sur le décalage entre statisme et mouvement. Un interviewé plutot calme et passif, et un second personnage en mouvement derrière lui, par exemple. Des types de comique finalement très basiques mais toujours aussi efficaces, surtout exécutés avec autant de brio technique. Les auteurs de Creature Comforts ont fait des miracles dans l'animation de leur série. Comme on peut le voir dans les bonus, des acteurs ont d'abord joué les scènes, avant qu'elles soient adaptées à la pâte à modeler. Le travail sur la gestuelle et les expressions des animaux a été énorme, tant dans le fond (réflexion autour de quoi représenter) que sur la forme (vraisemblance visuelle). Les petites scènes s'enchaînent et déclanchent un autre type de comique ; celui de la transition, en passant d'un décor et de personnages à d'autres radicalement opposés.

On est stupéfait de constater à quel point les voix de Creature Comforts sont conformes à la réalité, d'une nature documentaire. Il y a un grand panel de types de voix, avec des débits, ambiances, accents et sonorités très variées. Et surtout un coté « so british » avec des façons de parler typiquement anglaise. L'ensemble donne réellement l'impression non pas d'avoir été joué par des acteurs, mais d'avoir été réellement prélevé par le micro-trottoir. Eh bien justement, on comprend en consultant le making of que c'est ce qui a été fait. Des intervieweurs ont été envoyés aux quatre coins de l'Angleterre. Le choix des animaux appropriés pour chaque voix a été un travail réalisé ensuite. Ainsi, Creature Comforts touche à une réalité de la vie. Les dialogues ont beau être humoristiques, il demeurent surtout authentiques. Les répliques ne sont pas huilées. Les interviewés balbutient, parlent mal, hésitent, s'interrompent, etc. Un grande partie du comique est bien sur basé sur cette donnée : les auteurs se sont amusé à faire correspondre la voix d'un homme à l'apparence physique d'un animal. La voix pataude et monocorde d'un vieux monsieur a été apposé au physique d'un chien coulant, le groupe de femmes commères a été transposé en rassemblement de moules sur un rocher...


Creature Comforts est un projet original et exécuté de manière brillante. A conseiller chaudement aux amateur d'humour anglais, de force tranquille « british ». Attention cependant à l'overdose. Les épisodes ne durent que 7 à 8 minutes mais, à trop les enchaîner, on se lasse rapidement du concept finalement assez redondant.

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1 commentaires

  • hiddenplace

    11/11/2006 à 19h10

    Répondre

    Ca a l'air chouette!

    Je jetterais bien un oeil dessus, tiens. (décidément je me lasse jamais des petites créatures de chez Aardman... je crois que je vais finir par aller voir le film avec les souris aussi^^)

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