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Boston Public

P.R.O.F.S (made in USA)

L'envers du décor...

Des séries sur l'univers scolaire voire, surtout, sur les élèves le composant nous en avons eues pour tous les goûts au fil des années (Beverly Hill, Clueless, Liz Mcguire, Sauvés par le gong, Hartley coeur à vif et j'en passe) et on aurait pu penser qu'on avait fait le tour de la question. Bien entendu ce n'est pas le cas, car les divers scénaristes de fiction télé n'ont pas abordé (plutôt pas voulu voir) l'angle, le point de vue de ceux qui font tourner cet univers : le corps enseignant. Et grâce à la présente série l'oubli est réparé.

En effet Boston Public, nom générique du lycée public nommé Winslow High, est une de ces rares vraies séries vraiment innovantes, et surtout récompensées, que l'on apprécie pour leur intelligence. Celle-ci nous offre une vision rapprochée, des coulisses même, de la vie de professeurs et d'administrateurs d'un lycée américain. Ici nous observons, vivons, leurs difficultés, leurs défaites et leurs victoires dans la transmission de leur savoir et l'aspect réaliste est surtout de mise. La série n'hésite pas, par exemple, à aborder tous les différents aspects de la vie d'un lycée américain (problèmes de drogue, de violence, de racisme, de sexualité précoce chez les jeunes et de l'inégalité sociale face à l'éducation) tout en évitant la facilité, se refusant par exemple à donner des réponses toutes prêtes. Plus encore, elle accentue parfois les polémiques, ainsi on voit parfois dans un même épisode plusieurs avis sur une problématique avec les arguments valables dans les diverses parties (par exemple l'épisode où le professeur Harry Senate refuse de dénoncer un de ses élèves à la police). Un plus qui montre la maturité de cette série.
Bien entendu ce n'est pas tout, car la série ne tiendrait pas toute seule sans l'apport...

Des personnages attachants...

En effet celle-ci aurait été commune sans la présence d'acteurs et d'actrices charismatiques, peu connus au début de la série, qui ont su apporter la note de légèreté et d'humanité dans cet univers sombre. Au fil des 3 saisons écoulées, certains personnages sont partis mais il y a un noyau dur représentatif de l'esprit de la série.

Steven Harper (Chi McBride), le proviseur du lycée Winslow High, un Noir robuste qui prend son métier vraiment à coeur, un vrai sacerdoce même, et qui doit tous les jours surveiller les débordements des professeurs (surtout d'Harry Senate) et gérer les mécontentements grandissants des parents d'élèves (cf. l'hilarant cas d'une mère de famille qui de façon récurrente vient, à chaque fois qu'elle a une critique à formuler, faire sentir une chaussure au proviseur !). En clair la vie de proviseur n'est pas des plus simples car, au fil des saisons, les problèmes du lycée s'enchaînant celui-ci n'aura que peu de répit. Mais cependant, et heureusement, il a le soutien du fidèle...

Scott Guber (Anthony Heald), le proviseur adjoint, un homme qui a pris sans broncher le rôle de l'autorité scolaire, de celui qui sanctionne. Très radical (toujours le règlement) et il est rare qu'il accepte les compromis aussi est-il autant craint que respecté par les élèves qui l'ont surnommé "Le Nazi". Au début de la première saison il était amoureux de Lauren Davis, une prof, mais voyant que cet amour n'est pas réciproque il finira par avoir une romance "masochiste" avec une femme (Kathy Bates) psycho-rigide ayant une main sectionnée ! Véritable tête de turc des professeurs Guber a, depuis le debut de la série, une certaine méfiance vis-à-vis d'un professeur qu'il considère comme étant un élément incontrôlable, le dénommé...

Harry Senate (Nicky Katt), le professeur très charismatique de géologie, qui est doté d'un sens de l'humour extraordinaire (il a porté la première saison à lui tout seul). Celui-ci sait motiver et donner envie à ses élèves d'étudier mais ses méthodes d'enseignement sont inhabituelles, voire extrêmes, et entraînent diverses plaintes des parents et la colère de l'administration. Il n'hésite pas, par exemple, à créer un Club de Suicide (en amenant ses élèves à la morgue) pour sensibiliser certains d'entre eux, suicidaires, à la mort ; ou encore à braquer une arme chargée à blanc sur ses élèves pour attirer leur attention. Sans cesse borderline, Senate n'hésite pas à s'impliquer plus qu'il n'en faut pour aider des élèves à la dérive, les protégeant même de la police, il finira malheureusement par être agressé par le frère d'un de ses protégés. Traumatisé par cette agression il deviendra par la suite moins intéressé par le professorat et tombera dans la déprime ; comme...

Marla Hendricks (Loretta Devine), une professeur d'histoire, noire et imposante, qui avait fait une dépression à cause des élèves au début de la première saison mais qui est revenue à Winslow High. Elle travaillera ainsi avec Harvey Lipshultz, un vieux professeur d'histoire aux méthodes dépassées. Leur collaboration ne sera pas des plus faciles au vu du caractère odieux de Lipshultz (souvent réactionnaire et raciste). Marla Hendricks, femme de caractère qui sait ce qu'elle veut, très passionnée par son métier, est une oratrice hors pair (sachant trouver les mots pour fédérer) mais cependant atteint d'une anxiété chronique elle est souvent obligée de prendre des médicaments pour éviter de retomber dans la dépression. Sa santé ira en s'améliorant au fil des saisons mais un autre problème va accaparer son attention, l'inénarrable...

Harvey Lipshultz (Fyvush Finkel) le vieux professeur juif d'histoire qui vit dans le passé et qui croit que les élèves vivent eux aussi dans le passé. Véritablement réactionnaire, parfois raciste, et surtout sans gêne. C'est un professeur loufoque qui passe pour un vieux fou pour les élèves qui le craignent autant pour son inflexibilité (celui-ci n'hésite pas à humilier des élèves en classe ou à les traiter de "sacs à merde"). Ses idées d'enseignement sont dépassées mais Harper ne peut pas le renvoyer car l'administration manque cruellement de professeurs. Cependant le comique décalé de ce professeur en tant que personnage vraiment à part est l'un des gros atouts de la série et l'on ne peut véritablement pas se passer de lui ; de même pour la présence de...

Marilyn Sudor (Sharon Leal), une professeur d'anglais et de chant, qui est active et qui s'investit dans beaucoup d'activités du lycée. Elle essaie de faire comprendre et aimer la littérature à ses élèves, cela n'est pas une tâche aisée. Elle est très appréciée pour sa disponibilité par les élèves, surtout les garçons (oh oui ! "Fracture des yeux" assurée mes amis, allez voir vous comprendrez mon émoi). Cependant elle reste très glaciale avec son entourage, tant privé que professionnel.

Viennent ensuite les autres professeurs plus en retrait (ainsi que ceux qui arrivent au cours des saisons) qui étoffent l'univers déjà si riche de la série, soit Lauren Davies, une professeur ayant la réputation d'être hautaine avec ses élèves et collègues ; Danny Hanson (Michael Rappaport), professeur qui a souvent de la bonne volonté mais qui a l'art de mettre les pieds dans le plat ; Louisa (Rashida Jones ), secrétaire du principal ; Ronny Cokes, une ex avocate d'affaires qui a décidé de changer de vie pour devenir prof à ses risques et périls...

Pourquoi la série est-elle donc cultissisme ?

Avant toute chose parce qu'elle sort de l'imagination géniale de David E. Kelley qui a déjà fait ses preuves dans d'autres séries célèbres, et célébrées. Ensuite parce cette série est l'aboutissement de ce qu'avait fait (et réussi) antérieurement Kelley. En effet toutes les thématiques qu'il a développées par bribes dans ses autres séries fétiches (Ally McBeal, High Secret City voire The Practice en tête) sont rassemblées ici dans un joli amalgame plein d'efficacité narrative et dramatique.

La série sait brillamment exploser d'un humour décalé très mcbealien allié à une loufoquerie tout droit sortie de HSC (il est à noter que deux acteurs fétiches de Kelley font partie de l'équipe et c'est pas pour rien. Soit : le tordant Fyvush Finkel et l'inquiétante Kathy Bates alias "la femme au crochet"). Tout cela emmené par la rigueur dramatique et quasi documentaire façon The Practice. Une série de grande qualité sans nulle doute, alors quand le prochain dimanche arrivera, courez vite (juste après la messe bien entendu) sans tarder chez vous et il vous suffira de quelques épisodes (voire un seul même) pour comprendre que la série sonne juste, et que vous en soyez mordus assurément.

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