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Bienvenue dans ma tribu

C'est la dernière petite gâterie de TF1. Tous les mardis à 22h30, trois familles françaises se plient aux us et coutumes de trois tribus locales pendant trois *longues* semaines. Un concept chaud tout juste sorti du four d'Alexia Laroche-Joubert.

C'est la dernière petite gâterie de TF1. Tous les mardis à 22h30, trois familles françaises se plient aux us et coutumes de trois tribus locales pendant trois *longues* semaines. Un concept chaud tout juste sorti du four d'Alexia Laroche-Joubert. Nous invitant à mordre généreusement dans sa madeleine de Proust, la pâtisserie laisse pourtant couler un arrière-goût de Rendez-vous en terre inconnue cuisiné par Frédéric Lopez. Mais rassurons les palais les plus avertis : même si les ingrédients basiques sont les mêmes, les produits à la carte ne proposent pas les mêmes saveurs.

L'ouverture d'esprit : une sauce maison qui peut tourner au vinaigre

Au-delà de cette curiosité candide assoiffée d'aventure, ALJ Production suggère un régime drastique à ses invités occidentaux qui ont accepté de se prêter à cette séance de dégustation. Au menu : huttes modestes et communes, insectes rampants, chasses infernales, coutumes ancestrales, combats "récréatifs", plats faits maison avec mise en bouche dans le sens propre du terme... Plus concrètement, des communautés survivent  grâce aux trésors capricieux de Dame Nature. Déterminées à vivre une expérience humaine hors-du-commun, les trois familles vont très rapidement être confrontées à la réalité du terrain, et parfois déchanter. Chacune d'entres elles s'immergent dans un environnement plus ou moins hospitalier, au cœur de tribus les mettant face à leur pire ennemi : eux-mêmes.

Les Zaparas et la famille de Marseille : une recette réussie

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Les Zaparas : une aventure familiale
Edgar, Valérie et leurs trois enfants illustrent aux yeux des téléspectateurs le meilleur exemple d'adaptation. Au cœur de l'Equateur, dans une forêt amazonienne à la végétation aussi abondante que les multiples dangers qu'elle dissimule, les Marseillais sont plongés dans les conditions environnementales les plus redoutables de l'émission.
Heureusement, la tribu Zaparas (ne comptant aujourd'hui plus que 300 individus dans la région) fonctionne grâce à une organisation communautaire familiale proche du modèle d'Egard et de Valérie. Ancien soldat heureux de renouer avec ses souvenirs militaires, Edgar se présente comme un chef de famille exemplaire. D'un ton ferme mais rassurant, l'homme impose à son fils et ses deux filles une discipline propice à l'ouverture d'esprit, pendant que sa femme reste déterminée à vouloir faire ses preuves. Entre les Zaparas et les Marseillais, le courant passe et les sarbacanes trépassent. Chacun apprend les rudiments de la langue à l'autre, s'accoutume des habits locaux, s'applique à chasser le singe qui constituera le repas de la journée, crache dans la chicha traditionnelle avec entrain pour dissimuler poliment leur dégoût.
Même si Anaé, la fille aînée, boude partiellement l'expérience, le bilan global de l'aventure est très positif. Sauf rebondissement exceptionnel, la famille de Marseille aura accompli haut la main le défi proposé par la production, et aura un autre regard sur le confort acquis des pays développés. Les Zaparas auront réussi à sensibiliser ces visages du peuple occidental aux difficultés de leurs vies quotidiennes, appris à faire respecter leurs coutumes et à sensibiliser l'opinion sur l'importance de les préserver.

Les Houlis et la famille de l'Eure : un plat trop salé par la ségrégation sociale

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Les Houlis : plus forts que le paintball
Dans les terres lointaines et montagneuses de la Papouasie-Nouvelle Guinée, les Houlis ont mis en place une hiérarchisation des tâches bien établie. Guerres et chasses pour les hommes polygames, corvées domestiques pour les femmes... et quelques rendez-vous discrets derrière un arbre quand la Nature vous appelle. Dans ce monde catégorisé où le genre féminin s'échange contre des porcs, le choc des cultures est de taille pour William, Gaëlle et leur deux filles. Famille résidant à Dreux, en Eure-et-Loir, le goût de cette aventure qu'ils espéraient familiale va vite s'individualiser.
Séparés dès leur arrivée dans une tribu appartenant à l'un des plus importants groupes ethniques du pays, les instincts mâles de William, lobotomisés par un an de chômage, vont connaître une cure de jouvence. Conscient de son rôle indispensable, William jubile quand il part chasser avec son camarade houli ou simplement inspecter le territoire. Des nécessités loin des règles préétablies et superficielles de la société occidentale dans lesquelles le père de famille se sent habituellement mis à l'écart. Cependant, la réalité est tout autre pour Gaëlle et ses filles. Perdues, elles découvrent ensemble la condition féminine, condamnées à exécuter les tâches ingrates allant du ramassage des pierres à la traditionnelle préparation culinaire. Un fossé se creuse entre William, farouche défenseur des traditions houlis et le reste de sa famille. Malgré des difficultés plus ou moins évidentes, chacun fait l'effort de participer aux activités du groupe qui lui est attribué et parvient à nouer une complicité authentique avec les protagonistes de la tribu. La menace de divorce planant lourdement pendant deux épisodes envolée, Gaëlle et William ont sauté l'obstacle des genres pour partager ensemble les derniers jours sur place. Il y a de fortes chances pour que les Houlis accomplissent dignement leur devoir d'hospitalité et conservent un bon souvenir de cette modeste famille. Subsistera seulement la question du devenir de cette tribu, déjà en proie aux évolutions d'une société mondialisée qui s'impatiente aux portes de son royaume.

Les Surmas et la famille de Paris : une ambiance indigeste

Emmanuel et Charlotte ont quatre enfants de 16 à 19 ans. Rêvant de changer d'air et d'effectuer un dernier voyage familial avant que les deux aînés prennent leur indépendance, la production leur a proposé de partir à la rencontre de la tribu des Surmas, vivant au pied des hauts plateaux au sud de l'Ethiopie. Peuplade dont on reconnait distinctivement les femmes grâce à leurs impressionnants ornements labiaux, les Surmas sont plus sédentarisés que les autres tribus. Ils protègent précieusement leurs bétails et leurs cultures, se rendant parfois vers le village le plus proche pour négocier des biens précieux. Ils continuent à célébrer leurs traditions guerrières et utilisent leur corps comme un objet d'art, jusqu'à pratiquer la scarification. Fait particulier : les adultes et les jeunes vivent séparément. Une goutte d'eau qui va rapidement faire déborder le vase déjà bien rempli d'à priori des parisiens.
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Les Surmas : l'enfer du devoir
Car si les deux aînés font des efforts pour découvrir au mieux la culture des Surmas, le reste de la famille semble presque étanche à tout échange constructif. Même s'il peut paraitre compréhensible d'être dispensé d'automutilation, de se retrouver dans un environnement socialement déroutant, ces invités refusent catégoriquement toute tentative pour vivre comme leurs hôtes. Pire, leurs regards est à la limite de la condescendance. Les phrases chocs sont monnaies courantes et renforcent le cliché du Tintin colonisateur au Congo. Du « on n'est pas venu ici pour devenir africain » au désir désabusé de chasser le lion en jeep, les parisiens ne souhaitent pas s'immerger dans le quotidien des Surmas mais les voir comme de simples figurants d'un circuit touristique. Une situation qui exaspère l'ensemble de la tribu : malgré les sacrifices considérables pour améliorer le confort des occidentaux, ces derniers sont toujours perçus sous un angle étranger dont les pratiques éveillent la peur et l'appréhension. En Ethiopie, chacun danse un pas en avant et deux en arrière.
Alors que la fin de l'échéance approche pour la famille parisienne, de nombreuses questions se posent quant au dénouement du prochain épisode. Tout d'abord, les tensions arriveront-elles à s'apaiser tandis qu'un des enfants refuse de se battre pour la traditionnelle cérémonie ? Surtout : quelle image vont garder les Surmas du peuple occidental à la fin de cette aventure ? Auront-ils encore l'envie d'inviter d'autres "blancs" à mieux connaître leur culture ou pouvons-nous redouter une rupture entre deux civilisations ? Si tel était le cas, une telle rupture justifierait-elle 20% de parts de marché ?

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Instant de communication
Le secret culinaire de Bienvenue dans ma tribu ne réside pas uniquement dans le montage de la production qui tient en haleine les téléspectateurs jusqu'à la prochaine page de pub. Mais tout le concept repose surtout sur les familles elles-mêmes qui portent une énorme responsabilité sur leurs épaules : l'image de notre société. 
A travers leurs expériences personnelles, ils sont devenus des interlocuteurs privilégiés pour ces tribus qui ramènent l'homme "civilisé" vers l'essentiel. Une mauvaise expérience peut-elle réduire en peau de chagrin le lien fragile qui nous lie encore à nos origines ? Peut-être aurait-il mieux fallu encadrer certaines personnes pour leur faire comprendre les vrais enjeux de cette émission. Ces occidentaux deviendront-ils au contraire des messagers appellant à plus de tolérance et de respect ? Seul l'avenir et les actions concrètes nous le dirons.
Au delà du contact privilégié avec chaque tribu, les familles reflètent le miroir de notre peuple occidentale. Paradoxalement, ce sont les familles les plus modestes qui se sont acclimatées les plus facilement aux traditions locales et aux conditions les plus rudes. Hasard ou coïncidence ? Il serait intéressant lors d'une prochaine saison, de renouveler l'expérience pour confirmer cette tendance. En attendant, même si Bienvenue dans ma tribu jongle habilement entre le documentaire et la Real TV made in ALJ Production, force est de reconnaître que le programme apporte un peu de fraîcheur dans le domaine. 
 

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