9/10

En analyse - Saison 1 - Semaines 1 à 5

Délicieuse édition pour une série très juste et à la tension dramatique grandissante magnifiquement orchestrée. Ici il ne s'agit pas de voyeurisme mais bien d'un sujet d'étude passionnant.

Les semaines 1 à 5 - 9/10 ... pour ceux que le sujet intéresse...
Les DVDs - 7.5 Une technique irréprochable mais aucun bonus

Les séries sur le monde psychiatrique et les coussins moelleux de ces chers shrinks américains sont nombreuses. Que ce soit sur le ton décalé et humoristique de Monk, ou sur le ton psychodramatique de Mental (nouvelle série 2009-2010), les psys sont bien représentés dans le paysage médiatique de nos télévisions. En analyse surfe quant à lui sur la vague du réalisme, tout en étant clairement une fiction. Elle raconte l'histoire de Paul, un thérapeute réputé, dont la base de patients est mise sous le microscope d'une caméra lors de sessions d'analyse. En parallèle, on nous laisse deviner et on nous montre les démons de Paul dont la vie est en train de s'émietter et pour qui la crise existentielle est synonyme de mauvais travail. Il se met alors à consulter.

A la base de cette série TV estampillée HBO se trouve une autre série à succès, israélienne et créée par Hagai Levi.  En analyse en est donc la version US, et dispose d'un mode de fonctionnement un peu particulier hérité directement de sa version originale. Tout commence le lundi avec Laura et se poursuit gentiment le mardi
avec Alex, puis le mercredi avec Sophie suivi du jeudi avec Jake et Kate et enfin du vendredi où Paul s'allonge sur le divan et parle de ses patients et de sa vie personnelle qui lui échappent lentement sans qu'il puisse rien y faire. Tout au long de la semaine, tel un documentaire astucieux, on suit donc ces différents personnages dans les environs du cabinet de Paul qui se trouve être également sa maison. Et lorsque certaines sphères se rencontrent, alors l'analyse devient celle d'un microcosme nécessitant son propre psychologue. Le spectateur est pris à parti à chaque minute de ces aventures et regarde le temps restant de l'épisode tel le professionnel assis dans son fauteuil qui vérifie que le timing est respecté. Et si tout est calme en apparence, comme dans une zone de sûreté crée par l'analyste, tous les bouleversements de la planète y rentrent, balayant son travail, exacerbant les réactions humaines de ces quelques cas triés sur le volet, repoussant les limites de la patience.

Il serait dommage de vous gâcher le programme en vous en laissant entrevoir une seule miette de scénario, car la série se compose de tellement de petites subtilités et de rebondissement qu'il est presque difficile de la regarder sans faire de pause. Et pourtant la curiosité piquée au vif de l'amateur de psychanalyse est maintenue éveillée par un travail scénaristique d'une très grande qualité qui met en place des
rebondissements orchestrés avec un grand naturel. Le jeu des acteurs est à ce point d'une exceptionnelle neutralité. Ils se comportent comme des êtres humains embrassant des personnages problématiques dans des situations tordues, créant des opportunités pour se cacher derrière des mots qui les révèlent dans un ping pong verbal très bien écrit mais aussi très bien joué. Ce petit théâtre de la misère est humaniste et aseptisé ce qui le rend poignant et délicieux. On ne tombe pas pour autant dans le piège que pourrait être un tel sujet. Ici pas de mise en situation personnelle, juste un très grand moment de cinéma télévisuel filmé en quasi huis-clos version théâtral, un grand procès d'intentions ou les échanges dépassent le bon ton et la belle gueule des acteurs et des actrices. On retrouvera entre autres avec plaisir Josh Charles, cet ancien disparu du cercle des poètes qui portait le nom de Knox Overstreet et une frange insupportable, et bien sûr Gabriel Byrne et Dianne Wiest qui sont tout simplement magistraux dans la technique de leur cours de drame. Ils mènent une danse des plus fabuleuses à regarder.

Et lorsque la cinquième semaine du cinquième DVD nous laisse sur sa fin hypothétique, on ne peut que se demander quand sortira la suite de cette collection à la fois intéressante et subtile et d'une brutalité intimiste très bien dosée. Un grand moment très bien filmé, à l'intensité dramatique sinueuse et juste dans ses rebondissements et ses remords. Un beau travail plastique vient par dessus tout cela porter la série dans de très bons critères techniques. L'image est sobre et le rendu quasi sans faille. La musique qui s'introduit parfois doucement pour clôturer un mouvement de cette symphonie de sentiments est particulièrement bien rendue et coïncide à la perfection avec la voie monotone et claire de Paul. Une série bien finie jusqu'à cette interruption brutale et bien empaquetée. On regrette l'absence totale de bonus mais peut-être que les semaines six à neuf comporteront cette partie manquante à l'appel et qui fait passer l'édition en question à trois doigts de la perfection. Pour la suite du programme, il faudra attendre mais pas longtemps : rendez-vous le 14 octobre.

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