7/10

Abribus (L')

Drôle et énergique, la pièce offre une belle alchimie entre une Florence Foresti au tempérament comique avéré et un Philippe Elno peu connu mais parfaitement à la hauteur.

Depuis 2001, Florence Foresti est la comique chouchou des Français avec ses one-woman-shows et ses interventions dans l'émission de Laurent Ruquier On a tout essayé. Après s'être absentée de la scène et des écrans au cours de l'année 2007 pour cause de maternité, la maman trentenaire a fait son retour par le biais d'une pièce de théâtre écrite par son voisin et ami Philippe Elno. Elle partage à part égale avec lui la vedette de cette comédie romantique, bien que le public se déplace essentiellement pour elle, comme en témoigne l'affiche sur laquelle son visage et son nom apparaissent bien plus gros que ceux de son partenaire. Toute stratégie promotionnelle mise à part, L'Abribus est un spectacle énergique et drôle, créé à Lyon puis joué au théâtre de la Gaîté-Montparnasse de janvier à mai 2008.

Isabelle Etienne (Florence Foresti), star de cinéma vaniteuse et stressée, se paume en pleine campagne après une soirée bien arrosée. Elle rencontre Eric (Philippe Elno), apiculteur tranquillou qui savoure le passage du temps et semble
attendre l'arrivée d'un bus aléatoire. Isa va devoir accepter la cruelle réalité : elle est coincée au milieu de nulle part avec ce type, au lieu de nager dans son ébullition habituelle et vaine de Parisienne surexcitée.

Si la pièce use sans vergogne d'une formule éprouvée (la comédie romantique à l'américaine : first they meet, then they fight, then they f...), elle met judicieusement l'accent sur la partie la plus intéressante : la confrontation des caractères. Pas de sirop délayé dans l'eau de rose du flirt badin, les deux personnages sont aux antipodes l'un de l'autre et passent l'essentiel de leur temps à soupirer sur l'aspect désespérant de leur vis-à-vis. Foresti campe une célébrité dirigiste, prétentieuse, facilement agressive incapable de prendre du recul sur ses films (apparemment assez bas du front, pour la plupart), tandis que Philippe Elno joue la carte de la décontraction sereine, avec son apiculteur proche de la nature et allégé en stress (« à Paris vous avez la montre, nous on a le temps »). A partir de cette dichotomie apparemment simpliste, qui tendrait à donner le beau rôle au Monsieur et la drôlerie à la Madame (normal, il est l'auteur et elle est le comique), on évolue progressivement vers un équilibre des forces : Isa se révèle féminine et lézardée de quelques failles, tandis qu'Eric dispense occasionnellement un humour lourd et une maniaquerie de vieux garçon. Les répliques fusent, le rire est fréquent, et les 90 minutes de la pièce et de son unique acte passent à toute vitesse. La performance des acteurs, assez physique, et leur complicité évidente jusque dans les quelques fous rires qu'ils répriment, rendent le spectacle éminemment sympathique.

Le DVD

Chapitré en neuf parties pour le principe (on voit mal pour quelle raison on voudrait naviguer dans la pièce, qui se déroule d'une traite), L'Abribus est
"Moi aussi, je veux jouer à la Statue de la Liberté !"
complété de deux gros bonus bienvenus :

  • un documentaire de 50 min qui retrace toute les étapes de la mise en scène, depuis les premières lectures jusqu'aux premières représentations en passant par l'élaboration des décors. Bien que les dix dernières minutes s'avèrent un peu longuettes, on apprécie ce type de vidéo à sa juste valeur, là où le DVD de Fugueuses par exemple ne propose qu'une interview complaisante des deux actrices.
  • l'émission Troisième rappel, qui montre Florence Foresti interviewée juste après une représentation par un présentateur niais (« on va bien se marrer ») : cette petite heure de questions posées en partie par le public donne l'occasion à la comédienne (et à Philippe Elno, convié durant quelques minutes) de revenir sur son parcours et sa personnalité. Tout falot qu'il soit, l'animateur opère la judicieuse comparaison suivante : Foresti tient à la fois de Valérie Lemercier et de Louis de Funès ; l'influence du deuxième se fait particulièrement sentir au cours de la pièce. En revanche, on a plus de mal à s'accorder avec son choix de référent pour Elno : plutôt que Thierry Lhermitte ou Jacques Gamblin, on lui trouve une ressemblance physique avec Antoine de Caunes... bien que son jeu se situe finalement assez loin de ces trois acteurs !
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Fugueuses

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1 commentaires

  • Anonyme

    06/04/2009 à 13h21

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    je kiffe grave cette piece déja que florence foresti est géniale mais avec cette piece c l'extase (plaizir des yeux)

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