7/10

90210 : Beverly Hills nouvelle génération

Une jolie série pleine de rebondissements dramatiques, dont la sauce ne prend jamais vraiment en dehors de son effet paillette. Mais c'est l'occasion de bien rigoler car certains personnages valent le détour, et on apprend ce qu'il advient de Brenda, Kelly et Dylaaan.

Rappelez-vous de ce riff endiablé qui a atterri dans vos salons un beau mercredi dans les années 90. Il faisait beau dehors (en tout cas dans ma région, mais si vous habitez sur la côte d'opale peut-être pas), les oiseaux chantaient et les femmes commençaient à avoir autant de secrets que nos problèmes de peaux pouvaient supporter par leur seule présence, repoussant ainsi les échéances de notre développement hormonal à tout de suite maintenant tout de suite. Et découvrant Beverly Hills grâce au créateur Darren Star et au producteur Aaron Spelling, ce processus d'auto-destruction déjà bien avancé se mit à s'enflammer en ce jour de février de l'année 93 (le 10 pour être précis). Les nice people venaient d'intégrer notre univers d'insouciance, laissant la route grande ouverte à toute une tripotée de séries que l'on ne pourrait plus jamais virer des ondes. C'était le début d'une nouvelle ère pour les teenagers et leurs parents puritains, un espace d'échange en prise directe avec les réalités d'une vie qui pouvait sembler compliquée même sous le soleil de Californie.

Alors que la famille recomposée et décomposée passait sous le crible de la gentille famille Walsh du Minnesota, nous découvrions les paillettes façon 90's avec des
morceaux endiablés de Colour me Badd (ouh ouh ouh ouh ouh ouh ouh ouh ouh I wanna sex you up... te adore mi amore... Oh Bladi Oh Blada). C'est ainsi que cette nouvelle version de Beverly Hills 90210 signée 2009 et intitulée 90210 (tout court) commence dans un registre musical actuel des plus en phase avec le concept de la série. Et qu'est-ce qui sort en ce moment dans les bacs ? C'est donc à Coldplay d'ouvrir le bal des adolescents de moins de seize ans avec un Viva la Vida très approprié, qui se balade gentiment sur Rodeo drive en réutilisant les premières images de 90 dépoussiérées de leur grain d'époque. Une image lisse pour des gens très lisses et dont les failles n'apparaissent que sous le microscope de la sociologie médiatique.

C'est grosso modo la même tambouille féerique, à savoir une équipée qui déménage dans la belle ville depuis un coin reclus des États-Unis où il faisait bon vivre les pieds bien sur terre, et à qui il arrive de nombreuses aventures. Ici, on jouera toutefois la carte du Kansas histoire de ne pas trop faire rengaine. On s'arrangera pour introduire
des personnages avec une histoire liée à la série originale, sans faire dans le déjà-vu complet histoire de laisser la place à de nouvelles intrigues. Mais on garde tout de même une ligne de conduite bien pensante pour ne pas bouleverser la conception générale de la série. Pour donner un exemple, les deux principaux teenagers de l'histoire sont frère et soeur comme Brendon et Brenda, mais au lieu d'être jumeaux l'un d'entre eux a été adopté. Et si on effleure du bout du doigt la notion d'un fils black dans une famille WASP au Texas, cela devient un élement de réflexion ethnique encore plus frappant lorsque la petite famille s'installe dans les beaux quartiers à la recherche d'une identité familiale qui semble bien perdue au milieu de ce florilège de divorces que représente la faune locale. Puis viennent les complications sociales et les nombreuses expériences de la vie dont le spectateur peut tirer les leçons morales... ou pas.

Les architectes de cette épisodite télévisée (qui se cantonne à un format plus standard qu'en 90 puisqu'ici c'est 24 épisodes au lieu des 30-34 par saison que nous avons pu connaître) ont d'ailleurs eu le bon goût de nous offrir Rob Estes, ancien
acteur principal de Melrose Place (Kyle dans la série) dans le rôle du principal Wilson (Harry pour les membres de sa famille du Texas) à la fois strict et un peu débile. Tandis qu'il officie à la maison avec ses deux enfants Annie et Dixon et au lycée de Beverly High en tant que proviseur engagé il provoque souvent les situations comiques qui rythment les épisodes. A ses côtés, une ravissante femme jouée par l'éternelle Tante Becky des jumelles Olsen dans la fabuleuse série La fête à la maison. Cela ne s'arrête pas là puisque la belle-mère est jouée par une pointure du nom de Jessica Walter, une célébrité éternelle de Brodway qui semble trouver sa place comme un gant au milieu de ce casting où elle incarne probablement un mix entre sa propre vie et celle de son dernier personnage à l'écran sous les traits de Lucille Bluth dans Arrested development. Viennent alors se rajouter les éléments de la famille élargie avec Kelly Taylor (Jennie Garth) qui en est devenue la conseillère d'orientation ce Beverly High, Brenda (Shannen Doherty), Donna (Tori Spelling) et même Nat (Joe E. Tata ) qui rejoignent l'aventure au fur et à mesure que l'intrigue avance. Vous saurez ainsi ce qu'il arrive au trio amoureux le plus connu de la télé américaine malgré l'absence de Luke Perry à l'écran pour cette première saison. Mais on croise les doigts pour le retour de Dylan. Aaron si tu nous entends... Le dénouement de ces histoires peut vous donner de nombreuses sueurs froides si vous êtes des fidèles de la première heure. Je dois avouer avoir versé une larme à certains moments stratégiques. A noter que Jason Priestley (Brandon) est aussi de la partie mais côté réalisation.

Si la série d'origine abordait des thèmes qui à l'époque pouvaient sembler un peu novateurs et légèrement tabous, ici la sauce ne prend pas dans ce domaine. Car après un nombre incalculable de teen movies ces dix dernières années, il ne reste
plus grand chose pour nous surprendre. Et si Beverly Hills avait relancé une mode, nous n'assistons ici qu'à un regain de confettis et de paillettes. Les images sont belles, il arrive souvent que les histoires soient aussi insensées et tordues que l'esprit d'un adolescent en formation, et il est vrai que certains scénarios sont idéalement amenés et s'entremêlent avec un brio tout particulier, mais cette nouvelle version souffre de l'effet star-system plus qu'elle n'en profite. Et même si on regarde la série d'un oeil amusé, notre patience reste intemporelle, nous autres qui en avons connu les origines. Il en reste pour autant une très bonne trame scénaristique qui plaira probablement aux nouveaux adolescents de cette nouvelle génération qui rêve probablement de ces miroirs amincissant le corps et grossisant les traits de caractère et dont nous avons été les victimes nous aussi. La réalisation est bonne et les thèmes restent bien pensants malgré une tendance naturelle a l'exagération. On ne peut toutefois s'empêcher de penser que la version east coast intitulée Gossip Girl est diablement plus fun à regarder dans le genre probablement grâce à ce petit côté immoral qui la rend si savoureuse.  Mais le principe est le même quoi qu'il en soit et puis la recette fonctionne donc... on ne peut que s'incliner sans se résigner et profiter de ces instants Kodak tels qu'ils arrivent : beaux et ensoleillés. Cette édition propose d'ailleurs une très belle image qu'il vous sera difficile d'égaler en terme de qualité. La partie animée du menu reste certes une peu légère en comparatif mais rien de bien chocant pour autant.

Pour vous donner un bon comparatif, 90210 reste largement au-dessus de cette série caricaturale qu'est The Secret Life of the American Teenager. A noter  également une certaine dose d'humour dont la série d'origine manquait et qui certes ne va pas juqu'à égaler celui de la série 10 bonnes raisons de te larguer mais apporte un soupcon de réelle satisfaction à l'ensemble. Côté bonus toutefois on retrouve un certain nombre de documentaires qui couvrent une bonne partie des questions qu'on pourrait se poser sur la série. Chaque petite featurette est présentée par un ou deux des acteurs de la série ce qui donne une proportion bien sympathique à ces moments privilégiés. Le passage en revue de la garde-robe par Silver dans les loges ou le duo comique Navid-Ethan qui se baladent en skateboard dans le lycée en lancant des blagues aux producteurs tout en racontant les pires bêtises sur les épisodes à venir sont de grands moments de making of. On apprécie d'autant plus cette démarche qui nous fait ressentir une vraie fraîcheur et un sacré bon état d'esprit quant à la réalisation de cette séquelle. Cette même émotion nous prend d'ailleurs par les sentiments une fois calés dans notre canapé lorsque les épisodes s'enchaînent.

 

Et au final, malgré ces doutes et ces incertitudes en tant que lien moral de l'Amérique actuelle, ce que 90210 vient d'accomplir n'en est pas moins fabuleux car c'est la
première série à faire un tel retour en arrière en essayant de ne pas changer d'une miette mis à part les couleurs des fringues. Elle ouvre d'ailleurs une belle route aujourd'hui à toutes ses copines rétros et c'est ainsi que nous avons le droit à un Melrose place 2009, une reprise du fameux spin-off originel de Beverly Hills, mais pas seulement car si l'on y réfléchit, même ce qui ne se ressemble pas se suit et d'autres séries empruntent le sillon de la gloire passée. On est quand même plus intéressés par le retour du Prisonnier mais on s'éloigne franchement du sujet. A voir si vous aimez les djeuns et leurs histoires dans des atmosphères dramatiques et comiques bien léchées. C'est un peu comme aller à la plage pour prendre un peu d'air frais. Parfois on se prend du sable en pleine mouille et ça fait pleurer mais la plupart du temps ça détend.


7/10 pour la série
9/10 pour l'édition technique et le contenu

(PS : même le doublage français est bien orchestré mais on vous conseille de savourer tout ça en anglais car le mièvre traverse moins bien les frontières)

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A propos de l'auteur

2 commentaires

  • Guillaume

    14/03/2008 à 08h22

    Répondre

    Ils sont trop vieux maintenant les anciens fans de Beverly Hills (si si, la rumeur indique qu'il en existe, même chez des gens très bien), ça m'étonnerait qu'ils se mettent à regarder le spin off ^^

  • Lestat

    14/03/2008 à 12h39

    Répondre

    A noter que Ian Ziering et Brian Austin ont joué leur propre rôle dans Domino.


    "- Oh Steve, ma copine te croyais mort !

    - ah oui ? Et bien tu diras à ta copine que c'est une grosse conne !"


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